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Des ventilateurs en provenance des États-Unis privés d'entrée à la Barbade à cause de “restrictions des exportations”

Masques COVID-19. Image de Prachaita via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.

Alors que la pandémie du COVID-19 sévit à travers le monde, chaque pays fait face au besoin vital de s'approprier du matériel médical comme les kits de dépistage, les équipements de protection et les respirateurs. La majorité de ces marchandises doit être importée de l'étranger.

La course pour se procurer ces ressources a incité des gouvernements comme celui des États-Unis à engager certaines actions, alors que les restrictions imposées récemment continuent à faire couler beaucoup d’encre.

Lors d’une conférence de presse le 5 avril, le ministre barbadien de la Santé et du Bien-être, le lieutenant-colonel Jeffrey Bostic, a déclaré (à 33 minutes de la vidéo) que 20 respirateurs envoyés à destination de la Barbade avaient été « saisis par les États-Unis », sans toutefois fournir plus de détails.

Quelques doutes subsistaient cependant quant à l’origine exacte des respirateurs en question, pouvant s’agir de ceux offerts récemment en dons par la pop star barbadienne Rihanna [fr]. Des déclarations ultérieures [fr] ont confirmé qu’il s’agissait d’un lot différent.

Malgré ce revers, le ministre de la Santé a assuré que l’île disposait de respirateurs en quantité suffisante pour répondre à la demande actuelle (sans compter les 150 respirateurs provenant d’autres sources) et que le gouvernement avait mobilisé une enveloppe de fonds sans restriction pour l’acquisition de matériel de première nécessité.

L’île est actuellement équipée de près de 48 respirateurs ; au 5 avril, seuls trois patients du COVID-19 sur les 56 que compte le pays ont eu besoin de les utiliser.

Malgré cela, la décision d’interdire l’exportation des respirateurs n’a pas été vue d’un très bon œil par les internautes des Caraïbes :

Encore un acte de barbarisme des États-Unis

Révulsant #respirateurs #Barbade

La Loi de production pour la Défense des États-Unis

Bien que des actes de philanthropie aient été observés au cours de la pandémie du COVID-19 (la Chine a par exemple fait don de milliers de kits de dépistage à Trinité-et-Tobago), de tels gestes humanitaires contrastent fortement avec ce que certains décrivent comme des décisions égoïstes.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a par exemple menacé de lancer des représailles à l’encontre de l’administration Trump pour avoir ordonné au constructeur de matériel médical 3M de cesser l’exportation de ses masques de protection à destination du Canada et de l’Amérique latine le 2 avril 2020.

Le gouvernement américain a ainsi pu agir en recourant au Defense Production Act [fr] (loi de production pour la Défense), qui peut ordonner aux fabricants du secteur privé de donner préséance au gouvernement dans l’exécution des commandes, en plus de conférer au Département de la Sécurité intérieure des États-Unis et à la Federal Emergency Management Agency [fr] (FEMA, Agence fédérale de gestion des situations d'urgence) le droit de réserver tout matériel médical qu’ils estiment être indispensable.

Le fabricant 3M a fermement répliqué, avançant que brider les exportations allait à « l’inverse » de ce à quoi elles se destinent, et occasionnait de sérieuses répercussions humanitaires.

De nombreux autres pays ont eux aussi exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis de l’approche américaine pour l’acquisition et la répartition du matériel médical lié au COVID-19.

Plus préoccupant, les hôpitaux américains ont signalé la « saisie des commandes de matériel » par les agents fédéraux, tandis que le personnel médical se plaint du manque de transparence autour du processus.

Pour sa part, le gouvernement américain explique avoir recours à une approche fondée sur l’utilisation des données pour déterminer la destination prioritaire du matériel.

Devrait-on réellement parler de « saisie » ?

Peu de temps après la prise de parole du ministre de la Santé barbadien lors de la conférence de presse, il a laissé entendre publiquement que « le terme “saisie” n’était peut-être pas le plus adéquat », et que cet événement « s’expliquait par les restrictions imposées sur certaines marchandises destinées à l’exportation ».

Afin de faire la lumière sur le champ d'application de ces restrictions, Global Voices s'est adressé au service d’information du gouvernement de la Barbade qui a relayé nos interrogations à un représentant du ministre. Aucune réponse n’a encore été reçue à l’heure de cette publication.

Le gouvernement barbadien n’a pas encore communiqué de réponse officielle, mais des pourparlers seraient actuellement en cours entre le ministère des Affaires étrangères de la Barbade et l’ambassade des États-Unis.

Toutefois selon un article du Barbaros Today du 9 avril, le responsable des affaires publiques à l’ambassade des États-Unis, n’aurait « reçu aucune nouvelle information du gouvernement barbadien concernant l’incident présumé. »

L’ambassade a déclaré être en attente de ces informations pour la poursuite des efforts de coopération dans le cadre de la lutte contre le COVID-19.

Une aubaine pour les innovations caribéennes ?

Cet incident n’a pas empêché les internautes de qualifier les tactiques américaines d'opération de piratage moderne :

Pour dire les choses franchement, c’est du piratage pur et simple. Les temps du Far West sont de retour !!!

Radio Havana Cuba | Les États-Unis ont saisi des respirateurs destinés à la Barbade

Larry Socha, porte-parole de l’ambassade américaine, s’est en outre prononcé sur le caractère « regrettable » de ces faits, suggérant qu’ils auraient étaient « propagés par des personnes et des organisations ayant à dessein de diviser la communauté internationale » :

There is nothing more important right now than the international community coming together and those individuals and organisations that are promoting a narrative of division are doing the citizens of their own countries and other countries a disservice.

Rien n’est plus important à l’heure actuelle que de fédérer la communauté internationale. Les individus et organisations qui entretiennent un discours de division rendent un mauvais service à leur pays et autres nations.

L’utilisateur Facebook David Coulthrust y voit quant à lui une opportunité pour la région des Caraïbes :

Can a very brilliant engineer in Barbados make ventilators? I suggest we act now. Can the UWI [The University of the West Indies] accept this challenge?

Un·e ingénieur·e de talent peut-il·elle mettre au point des respirateurs pour la Barbade ? Je propose que nous agissions dès maintenant. L’UWI [Université des Indes occidentales] peut-elle relever le défi ?

De telles actions ne seraient pas sans précédent, comme un utilisateur Twitter a pris soin de rappeler :

En ces temps où les respirateurs sont une commodité rare, prenons le temps de revenir sur le premier appareil mis au point par Henry Edmund Gaskin Boyle, originaire de la Barbade  #coronavirus #COVID19

Un scientifique jamaïcain serait par exemple dans l’attente de la validation d’un brevet pour l’utilisation d’un médicament à base de cannabis visant à traiter les symptômes du COVID-19.

En ces temps troublés, de nombreux gouvernements régionaux espèrent en revanche que la morale du COVID-19 ne sera pas dictée par la loi du plus fort.

Le ministre de la Santé de la Barbade vient de déclarer lors d’une conférence de presse que les respirateurs destinés à l’île avaient été « payés mais saisis par les États-Unis ». Chaque pays essaye de se tailler la part du lion, et les plus petits d’entre eux seront les plus grands perdants.

Pour plus d'informations sur l'impact mondial du COVID-19, vous pouvez consulter le dossier spécial réalisé par Global Voices.

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