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Le slogan de la propagande chinoise “rattacher Taïwan par la force” de moins en moins menaçant

Capture d'écran d'un compte à rebours pour les élections taïwanaises de 2020.

L’appel public de la Chine continentale à « rattacher Taïwan par la force » a été lancé après que Tsai Ing-wen, du parti démocratique progressiste favorable à l’indépendance de Taïwan, a remporté les élections présidentielles de l’île en 2016 (note de l’éditeur : lors des élections de 2020, la présidente Tsai Ing-wen a été réélue avec 57 % des voix, selon des données préliminaires).

Le rattachement avec Taïwan est un objectif significatif du projet de renaissance nationale du président chinois Xi Jinping, défini dans son rapport au 19e Congrès du Parti communiste en 2018. Dans son discours du Nouvel An sur les relations entre les deux pays en 2019, Xi a de nouveau souligné que le rattachement avec Taïwan serait fondé sur le modèle « un pays, deux systèmes » appliqué à Hong-Kong, avec la possibilité d’un « rattachement par la force ».
Cependant, au grand dam des patriotes en ligne de la Chine continentale, les préoccupations au sujet du soutien populaire croissant pour le Parti démocratique progressiste, pro-indépendance, ont conduit la propagande communiste chinoise à minimiser ce récit extrémiste, à l’approche des élections présidentielles de Taïwan de 2020.

Un candidat du KMT pour la Chine en 2020 ou le rattachement par la force

L’idée de « rattacher Taïwan par la force » existe depuis de nombreuses années et a obtenu le soutien public des nationalistes de Chine continentale. En avril 2016, Global Times, un média affilié au Parti communiste chinois, a réalisé un sondage en ligne selon lequel 85,1 % des personnes interrogées soutiennent le « rattachement de Taïwan par la force ». Cette même année, Global Times a invité Wang Hongguang, général retraité de l’Armée populaire de libération, à sa conférence annuelle. Wang y a préconisé des tactiques militaires pour unifier la Chine et Taïwan, et affirmé que l’Armée populaire de libération était prête à prendre le contrôle de l’île en 2020.

Plus récemment, en avril 2019, le Parti taïwanais de promotion de l’unité chinoise a invité Li Yi, intellectuel de Chine continentale, dans la ville de Taichung pour parler du rattachement entre les deux côtés du détroit. Après son arrivée à Taïwan, il a commencé à révéler sur le Web ses opinions sur le rattachement militaire. Si le Kuomintang et le Parti démocratique progressiste de Taïwan n’acceptent pas le modèle », un pays, deux systèmes », la seule réponse sera « le rattachement par la force ». Li Yi a aussi laissé entendre que si le candidat du Kuomintang, Han Guo-yu, devenait président, le processus de rattachement durerait une dizaine d’années au moyen d’une négociation pacifique. Cependant, si le Parti démocratique progressiste gagne à nouveau, le rattachement sera beaucoup plus rapide que prévu, avec un déploiement des forces armées chinoises. Il a déclaré :

總之我們先起草一個《和平協議》,然後大軍壓境,給台灣20小時簽字,不簽就攻過去,那他們(台灣)就簽了嘛,這很簡單的事。

Tout ce que nous devons faire, c’est rédiger un « accord de rattachement pacifique » et déployer nos troupes. Donnez à Taïwan 20 heures pour accepter cet accord. Faute de quoi, nous attaquerons. Vous n’avez pas d’autre choix que de le signer, c’est très simple.

La position du Kuomintang en faveur de la Chine est attirante pour les Taïwanais favorables à la prospérité économique et à la stabilité politique. La menace de rattachement militaire formulée par Li Yi est considérée comme une stratégie pour consolider la base de soutien du Kuomintang. Un discours extrémiste sur « le rattachement par la force » a été diffusé sur les réseaux sociaux. Certains ont même utilisé le slogan « garder l’île, mais pas la population » (留島不留) pour menacer les Taïwanais qui soutiennent la solution de « rattachement pacifique » prônée par le Kuomintang.

Un rattachement selon le modèle « un pays, deux systèmes » est une impasse

Les longues manifestations qui ont eu lieu à Hong-Kong ont montré au peuple taïwanais que le modèle « un pays, deux systèmes » était une impasse. Depuis juin 2019, la menace de Pékin d’envoyer l’Armée populaire de libération à Hong Kong, avec de nombreux défilés militaires dans la zone frontalière, n’a pas réussi à empêcher les manifestations. La lutte intrépide de la ville contre le contrôle politique de la Chine a encouragé les jeunes Taïwanais à résister à l’influence de Pékin sur leur pays.

Ces événements ont aussi influencé les élections taïwanaises. D’après une enquête mesurant la popularité de Han Kuo-yu, le candidat du parti Kuomintang, et de Tsai Ing-wen, la candidate du Parti démocratique progressiste, après les manifestations anti-extradition à Hong Kong en juin, le taux de popularité de Tsai a dépassé celui de Han de 1,8 %. En août, le taux de popularité de Han est descendu à 38,7 %, contre 46,2 % en mai.

Han Kuo-yu a fait face à de fortes critiques pour sa position en faveur de la Chine et du rattachement. Pour sauver sa campagne électorale, il a été obligé de critiquer le modèle « un pays, deux systèmes » appliqué à Hong Kong en affirmant qu’il faudrait « passer sur son cadavre » pour l’appliquer à Taïwan.

Suite aux manifestations de Hong Kong, Pékin a également changé sa rhétorique politique concernant Taïwan. En contraste avec sa position en faveur du rattachement militaire en 2016, Global Times a invité l’universitaire Chang Ya-chung, favorable au rattachement pacifique, à s’exprimer lors de sa conférence de 2019. Il y a précisé que « le rattachement par la force » était inutile, puisque les États-Unis voient seulement Taïwan comme une monnaie d’échange, et qu’il ne se souciait pas de voir Taïwan devenir le nouvel Afghanistan. Le thème de son discours était pourtant d’argumenter contre le modèle « un pays, deux systèmes » : selon lui, ce modèle est celui d’une relation « père-fils », alors que la Chine et Taïwan sont des « frères ». Cependant, Global Times a changé le titre de la transcription du discours de Chang Ya-Chung, qui s’intitule désormais : « Amis de la chine continentale, ne parlez pas à la légère de rattachement par la force » (« 大陆朋友,可否不要动辄就对台湾谈'武统'? »).

Un grand nombre de médias affiliés à l’État et de médias sociaux ont diffusé le discours de Chang. Cependant, les patriotes en ligne n’ont pas cru en cette posture de soutien au rattachement pacifique. De nombreux commentaires furieux ont été adressés à Chang :

九又七分之六: 张亚中我们不是你兄弟,我们是你爸爸,关系要摆正,台湾永远是儿子。

九又七分之六: Chang Yachung : Nous ne sommes pas frères, la Chine est le père. La relation devrait être claire, Taïwan est toujours le fils.

竹旸Du: 集体怼张亚中。。“一国两制”你不要,“一国一制”你要不要?

竹旸Du: Une réprimande pour Chang Yachung… Si vous ne voulez pas du modèle « un pays, deux systèmes », pourquoi ne pas choisir « un pays, un système » ?

Le premier janvier, pour commémorer les 41 ans du Message aux compatriotes de Taïwan, la chaîne de télévision chinoise Centra a diffusé une vidéo sur l’initiative de Deng Xiaoping visant à ouvrir la voie au rattachement avec Taïwan.

Bien que la propagande officielle minimise le discours d’« rattachement par la force », l’opinion publique en ligne est plus extrême et militante :

晶晶-kkw: #告台湾同胞书41周年#梧桐之后,留岛不留人

晶晶-kkw: Cela fait 41 ans que le message a été envoyé aux compatriotes de Taïwan. Quand vous aurez rattaché Taïwan par la force, gardez l’île, mais pas sa population.

卢晓周: #告台湾同胞书41周年#统一台湾的条件已经成熟,我们的武力足以在完成台湾顺利统一的情况下,还能够阻止美国进行武装干涉,这是其一。
其二,台湾的内部状况不允许我们继续拖下去,寄希望于台湾人投诚来归是不现实的,会犯机会主义的错误,趁着现在岛内还有一部分人对大陆,对中国还有认知,抓紧时间统一,不要等到岛内没有一个朋友才去动手,将坐失大好时机。
其三,现在动手,可以顺利推进东亚一体化建设,就可以把美国力量彻底挤出东亚,解除我们的心腹大患,这样一来,我们就可以把东亚、中亚、俄罗斯连成一片,欧亚大陆彻底打通,这样中国就有了与美国最后争雄的本钱。
其四,顺便就解决了香港问题,台湾统一,东亚一体化,美国退出东亚,就可以顺利对香港进行彻底改造。

卢晓周:
Les 41 ans du message aux compatriotes de Taïwan. L’heure est venue de s’unifier avec Taïwan. Premièrement, notre force militaire peut empêcher les États-Unis d’intervenir.
Deuxièmement, il n’est pas réaliste d’attendre que les Taïwanais choisissent librement le rattachement. Une part considérable de la population taïwanaise a encore quelques connaissances sur la Chine, nous devons donc agir maintenant. Si nous attendons qu’il n’y ait plus d’amis de la Chine sur l’île, nous perdrons cette occasion.
Troisièmement, si nous prenons des mesures dès maintenant, nous pourrons forcer les États-Unis à quitter l’Asie de l’Est et l’allier au Moyen-Orient et à la Russie. Nous pourrons donc rivaliser avec les États-Unis.
Quatrièmement, rattacher Taïwan par la force peut résoudre le problème de Hong-Kong. Quand les États-Unis quitteront l’Asie orientale, nous pourrons complètement transformer Hong-Kong.

Cependant, le récit sur « le rattachement par la force » est en train de perdre son effet menaçant sur les médias sociaux. À Taïwan, les militants indépendantistes ont mis en exergue des commentaires extrémistes émis par des Chinois continentaux, comme « garder l’île, mais pas sa population » pour consolider la croyance selon laquelle Taïwan devrait couper les ponts avec la Chine avant qu’il ne soit trop tard. Chang Yachung a aussi affirmé aux lecteurs de Global Times que la popularité de Tsai avait augmenté de quelques points lorsque les fonctionnaires de la Chine continentale ont affirmé leur volonté d’unifier Taïwan par la force.

Du côté de Hong-Kong, après plus de seize mois de manifestations contre l’invasion politique de Pékin, les internautes ont tourné en dérision le récit du « rattachement par la force ».
Le dernier jour de 2019, les membres de la communauté du forum populaire Hong Kong Golden Forum se sont moqués de la menace militaire chinoise avec un compte à rebours automatique destiné à l’Armée populaire de libération pour 2020. Les médias de Taïwan ont largement diffusé cette création humoristique.

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