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Après 30 ans d'interdiction, l'unique film d'arts martiaux de Singapour apparaît sur YouTube

Une scène du film Ring of Fury. Le héros s'entraîne au kung-fu au bord d'une rivière.

Une scène du film Ring of Fury. Capture d'écran de YouTube.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndt.

Le premier et unique film d'arts martiaux de Singapour, Ring of Fury, est désormais disponible [zh] sur YouTube (vidéo en chinois, avec sous-titrage en chinois et en anglais).

Tourné en 1973, le film avait été interdit de toute diffusion publique. Selon l'Asian Film Archive (AFA), il « représentait le banditisme et l'autodéfense, à une période où Singapour “nettoyait” son profil public de manière agressive ».

Ce n'est qu'en 2005 qu'il fut finalement diffusé lors d'un festival local, puis restauré en 2017 par l'AFA.

Malgré une distribution restreinte, il est considéré comme « un bijou du cinéma de genre singapourien ».

Le film s'inspire de La fureur de vaincre (en anglais : Fist of Fury, ndt) réalisé en 1972 et interprété par Bruce Lee. Il raconte l'histoire d'un marchand de nouilles qui apprend le kung-fu pour venger sa famille et combattre un gang de criminels.

C'est un jalon important dans l'histoire cinématographique de Singapour, *et* un film absolument jouissif. Des combats super violents, des masques qui en dévoilent d'autres, des chiens qui regardent la caméra, le Satay Club en couleurs, le parc aux oiseaux de Jurong (Jurong Bird Park), des fêtes sordides de gangsters – tout y est ! Merci @AFA_archive !!!

[image] Le personnage principal s'entraîne au combat en essayant de briser une branche d'arbre avec sa main. Ses traits sont crispés par l'effort.

Le rôle principal est joué par Peter Chong, un authentique maître de karaté, qui avait conservé la seule copie du film dans son réfrigérateur jusqu'à sa restauration.

Chew Tee Pao, l'archiviste de l'Asian Film Archive, s'est entretenu en 2019 avec le coréalisateur du film James Sebastian. Ils ont abordé les défis rencontrés lors de la réalisation de Ring of Fury. Il a écrit :

As a film that portrayed gangsterism in 1970s Singapore, the filmmakers encountered real gangsters just like those who intimidated the local hawkers on set and had to tread carefully not to overstep certain boundaries. Filmed in a guerilla manner, the filmmakers did not obtain official permits to shoot at all the locations.

Le film dépeignait le banditisme du Singapour des années 1970. Les cinéastes ont donc dû rencontrer de vrais gangsters, comme ceux qui terrifiaient les colporteurs sur le tournage ; ils devaient être extrêmement prudents pour ne pas dépasser certaines limites. Le film ayant été réalisé en douce, les cinéastes n'ont pas obtenu d'autorisations officielles pour tous les lieux de tournage.

En 2017, l'acteur Peter Chong a expliqué dans une interview pour les médias, pourquoi le film avait été censuré en 1973 :

It's a real story of Singapore in the late 1960s when we still had gangs around collecting protection money. (But the censors) said that you can't take the law into your hands.

C'est une histoire vraie du Singapour de la fin des années 1960, quand il y avait encore des gangs qui collectaient l'argent de la protection. [Mais la censure] a dit qu'on ne pouvait pas se faire justice soi-même.

Singapour a obtenu son indépendance [fr] de la Malaisie en 1965. Le People's Action Party (PAP) est au pouvoir depuis la fondation de l’État. On attribue au PAP le fait d'avoir hissé Singapour parmi les pays les plus riches du monde, mais le parti est aussi accusé d'utiliser des méthodes de contrôle social coercitives qui portent atteinte à la liberté d'expression et à la démocratie.

Certains, en regardant la version restaurée du film en 2017, ont immédiatement reconnu l'importance culturelle de Ring of Fury.

Dans un commentaire posté sur Letterboxd, un réseau social dédié aux discussions autour des films populaires et à leur découverte, l'utilisateur « celeste » trouvait que le film montrait une version surréaliste de Singapour, très éloignée de son présent.

some really incredible cinematography and surreal shots of 60s/70s singapore, a place that is almost another country to me.

this had the makings of a classic… it's such a huge piece of sg chinese cinema history

a real tragedy that it was banned on release until 2005, can you imagine the iconic status this film would have now.

Une cinématographie vraiment incroyable, et des plans surréalistes de Singapour dans les années 60/70, un pays qui m'est presque étranger.

Il avait les ingrédients d'un classique… C'est vraiment un monument de l'histoire du cinéma chinois singapourien.

Sa censure à sa sortie et jusqu'en 2005, a été une vraie tragédie. Essayez d'imaginer le statut d'icône que ce film aurait aujourd'hui, sinon.

L'écrivain Ben Slater a expliqué comment le film aurait pu influencer l'industrie du cinéma de Singapour, s'il n'avait pas été censuré :

…it's an attempt in the early seventies to make a commercial genre film. It was kind of like other things happening in Hong Kong. And it didn’t work because it was banned, obviously didn't get a chance in Singapore. And I think, if let’s say in a parallel universe, the film had been released and it had been a huge commercial hit, there could have been 20 or 30 martial arts films that came out of Singapore. It could have, who knows, kickstarted a new studio or whole proliferation of other filmmaking that could have happened at that time. It's very very sad, in fact, in some ways a great tragedy that it didn’t.

[…] C'est une tentative au début des années 1970 de faire un film de genre commercial. C'était un peu comme ce qui se faisait alors à Hong Kong. Et ça n'a pas marché car il a été interdit, de toute évidence il n'a pas eu sa chance à Singapour. Je pense que si, dans un univers parallèle, le film avait été diffusé et s'il avait connu un grand succès commercial, on aurait pu avoir 20 ou 30 films d'arts martiaux réalisés à Singapour. Ça aurait pu, sait-on jamais, lancer un nouveau studio, ou même toute une série d'autres films qui auraient pu être produits à l'époque. C'est très très triste, en fait, et d'une certaine manière c'est une immense tragédie qu'il ait été censuré.

Une critique publiée sur le magazine en ligne The Last Word a décrit le film comme amusant dans son absurdité :

As a film “Ring Of Fury” is terrible but as something that you can sit back and laugh at the pure absurdity that is being displayed on screen, the film is great. Everything about the film was outdated and over the top, from the training montage to the villain, but to be honest I had a blast watching it.

En tant que film, Ring of Fury est très mauvais. Mais si vous arrivez à prendre du recul et à rire de l'absurdité totale de ce qui est dépeint à l'écran, alors il devient génial. Dans le film tout était dépassé et exagéré, depuis le montage-séquence de l'entraînement jusqu'au méchant, mais honnêtement, je me suis éclaté à le regarder.

Et la critique s'achève sur une question importante :

…the film shows the viewer a completely different side of Singapore. It’s almost as if the film is a time capsule into Singapore’s past. After watching the film one question still remained. Why was the film only being shown to us now?

[…] Le film montre au spectateur une facette complètement différente de Singapour. C'est un peu comme si le film était une fenêtre sur le passé de Singapour. Après l'avoir vu, une question persiste. Pourquoi ne nous a-t-il été montré que maintenant ?

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