Après le crash d'un avion de la Pakistan International Airlines, les familles peinent à retrouver les corps des victimes

Un avion de la compagnie aérienne pakistanaise, Pakistan International Airline, à l'arrêt sur le tarmac. Sur la queue et sur le réacteur, le croissant et l'étoile. Un homme marche près de l'avion, un casque anti-bruit dans les mains.

Vol PK-8303 de Pakistan International Airlines – Enregistrement actif : AP-BLD, l'avion impliqué dans l'accident en 2015. Image de Aasif Azaan, sous licence CC BY-SA 4.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Un vol intérieur de la Pakistan International Airline (PIA), en provenance de Lahore [fr], dans la province du Pendjab, et à destination de Karachi [fr], dans la province du Sind, s'est écrasé le 22 mai quelques minutes avant l'atterrissage, entraînant la mort de la quasi totalité des passagers, épargnant deux vies sur les 99 personnes à bord. Neuf des passagers, qui prenaient l'avion pour célébrer l’Aïd avec leurs proches, étaient des enfants. L'avion s'est abîmé dans une zone résidentielle, occasionnant 11 blessé·e·s et un mort au sol et endommageant également plusieurs maisons.

Tandis que les familles en deuil tentaient d'identifier leurs proches, nombreuses étaient celles qui déploraient l'incompétence des autorités locales voisines et du transporteur aérien. On a également critiqué le rôle des médias et la diffusion à tort et à travers d'informations erronées sur le crash.

Une absence de coordination freine les opérations d'identification

Devant la gravité des dommages physiques subis par les victimes, une identification efficace ne pouvait se faire que par le biais d'une comparaison d'ADN. Les familles des victimes ont été sollicitées pour fournir des échantillons d'ADN, cependant, le processus a très rapidement été entravé en raison de divergences entre les autorités du Pendjab et du Sind. Le Dr Azra Fazal Pechuho, ministre de la Santé et du Bien-être de la population de la province du Sind, a refusé que l’Agence des sciences médico-légales du Pendjab (PFSA) rapporte les échantillons d'ADN à Lahore (à 1 200 km de là), dans la province du Pendjab. Au lieu de cela, elle a déclaré que le prélèvement d'ADN se ferait au laboratoire médico-légal/génomique de l'université de Karachi, toute proche, dans la province du Sind.

En outre, une semaine après l'accident, de nombreuses familles se plaignaient du fait qu'elles attendaient toujours des autorités des informations sur l'identité [des victimes] et le processus de restitution des êtres chers. Certaines ont aussi déclaré que la province du Pendjab était dotée d'un meilleur laboratoire médico-légal, en mesure de fournir les résultats dans la journée.

Après une semaine, une mère ayant perdu deux enfants dans l'accident du PIA continue de chercher leur dépouille.
Des prélèvements d'ADN défectueux et des retards dans les résultats ajoutent à la douleur des victimes.
Je souhaite que le gouvernement du Pakistan, au lieu de sauver la tête du PIA, veille à ce que le processus d'identification soit rapide.

Les corps ont été transférés dans deux hôpitaux différents de Karachi où quelques familles ont tenté de localiser leurs proches en identifiant leurs effets personnels. Faisal Edhi, chef de l'organisation d'aide sociale Edhi Foundation, a exprimé ses inquiétudes concernant les 19 corps enlevés de force par les familles sans test ADN :

…since the bodies were badly burnt, there are high chances that they were wrongly identified, considering that there are possibilities of deceased belongings getting exchanged.

… comme les corps ont été sévèrement brûlés, il est fort probable qu'ils aient été incorrectement identifiés, compte tenu des échanges possibles d'effets personnels des victimes.

Ceci a conduit à un nouveau délai dans le processus d'identification des autres corps.

Parmi les passagers se trouvaient la femme et les trois enfants d'Arif Iqbal Faruqui. Alors que sa femme et l'un de ses enfants ont été identifiés dès le début des opérations, les deux autres ne l'étaient pas encore. Sur une vidéo Facebook, il a demandé l'aide du Premier ministre Imran Khan [fr].

Grâce à l'aide de son beau-frère, Faizullah Jawad, et du Dr Khurram, chef du laboratoire médico-légal et génétique du Pendjab, Arif Iqbal Faruqui a pu retrouver ses deux enfants après près d'une semaine. Il a indiqué que le dispositif nécessitait des améliorations rapides afin d'être en mesure de faire face à ce genre de catastrophe.

Rôle de la compagnie aérienne Pakistan International Airlines

Les familles ont exprimé leurs préoccupations quant à l'attitude désinvolte de la compagnie aérienne PIA, au manque de coordination et à la gestion de la situation par les départements concernés. Les proches ont dénoncé les agissements irresponsables et indélicats des personnels de la compagnie aérienne en matière de communication et de réponses apportées aux interrogations.

En effet, Adil Rahman, dont les deux parents ont perdu la vie dans l'accident, a tweeté sur le comportement « impitoyable, insensible et incompétent » de la PIA et a également décrit son calvaire dans une série de tweets.

J'ai perdu mes deux parents dans ce crash tragique et horrible. Je me soumets à la volonté d'Allah. Cependant, les souffrances que nous subissons de la part de PIA sont impardonnables. Impitoyable, insensible, incompétent… #CrashPIA

@Official_PIA Cela fait 4 jours, est-il si difficile d'organiser un protocole de communication à la fois précis et compatissant ? À chaque changement d'équipe, pourquoi reçoit-on de multiples appels téléphoniques nous demandant très crûment : “Avez-vous récupéré les corps ?”

Adil Rahman a lui aussi été en mesure d’identifier ses parents seulement après une semaine.

Asif Khan, beau-frère de l'hôtesse de l'air Amna Irfan de la PIA, a déclaré dans une interview téléphonique :

My brother and her father went to Karachi to give DNA samples. PIA had assured us that they will help us find her and on 30 May her body reached Lahore. Funeral prayers were offered at the airport first and then at our house.

Mon frère et [le] père [d'Amna Irfan] se sont rendus à Karachi pour fournir des échantillons d'ADN. La PIA nous avait assurés de son aide pour la retrouver et le 30 mai, sa dépouille est arrivée à Lahore. Des prières funéraires ont été récitées à l'aéroport d'abord, puis à notre domicile.

Enfin, le 4 juin, le ministre en chef du Sind, Syed Murad Ali Shah, a communiqué que 94 corps avaient été remis à leurs familles après identification.

#Mise à jour sur l'accident d'avion : à ce jour, on a identifié au total 94 corps et tous ont été remis à leurs familles. 3 corps restent à identifier.
– Département de la santé et du bien-être de la population, Sind.

Par ailleurs, le Dr Arif Alvi, président du Pakistan, a demandé au directeur général de la PIA, le maréchal de l'air Arshad Malik, de garantir l'indemnisation des familles des victimes de ce crash aérien.

Ce fut le 18ème accident d'avion de la PIA depuis 1965. Le gouvernement a annoncé que les conclusions de son rapport sur le crash de l'avion seraient examinées par le Parlement le 22 juin.

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