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Des manifestations de Black Lives Matter à Trinité-et-Tobago suscitent des discussions sur la race

Les manifestant·e·s brandissent des pancartes "Black Lives Matter" et le drapeau de Trinité-et-Tobago.

Manifestant·e·s de Black Lives Matter à Port-d'Espagne, Trinité, 8 juin 2020. Photo de Jada Steuart, utilisée avec sa permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

L'horrible assassinat de George Floyd, un homme afro-américain qui est mort d'asphyxie après qu'un officier de police blanc a maintenu une pression sur son cou à Minneapolis, au Minnesota, le 25 mai, a été le catalyseur pour remettre les préoccupations du mouvement Black Lives Matter (BLM) sur le devant de la scène.

Manifestant·e·s à la deuxième manifestation de Black Lives Matter au Queen's Park Savannah à Port-d'Espagne, Trinité. Photo de Ashley Thompson, utilisée avec sa permission.

La mission de BLM de lutter contre la violence et le racisme systématique anti-noir qui se manifeste dangereusement en actes de brutalité policière ont inspiré des protestations similaires dans le monde entier.

Le 8 juin, plus de 500 personnes se sont rassemblées par solidarité avec #BlackLivesMatter en manifestant en face de l'ambassade des Nations Unies à Port-d'Espagne. C'était la deuxième manifestation publique sur le sujet en quatre jours, celle-ci étant apparemment plus animée que les précédentes, bien que certains segments de la société restent hostiles à la cause.

« Pas de justice, pas de paix », tels étaient les échos des manifestant·e·s rassemblées au Queen's Park Savannah. Les conducteur·rice·s passant le long du périmètre du principal espace vert de la ville levaient le poing à travers les fenêtres de leurs voitures, klaxonnaient, et criaient le slogan « Black Lives Matter » (« Les vies noires comptent ») en solidarité non seulement avec les Afro-Américain·e·s, mais aussi en reconnaissance du racisme profondément enraciné et persistant sous la surface de la société multiculturelle de Trinité-et-Tobago.

Bien qu'il y ait eu des altercations avec la police, principalement en raison de l'absence de consentement concernant un officier filmant des manifestant·e·s, la manifestation a été pacifique et harmonieuse dans l'ensemble. Pour la plupart, les manifestant·e·s ont appliqué des protocoles de distanciation sociale appropriés, qui ont été renforcés par la police présente.

En effet, l'ambassadeur des États-Unis Joseph Mondello a passé quelque temps à discuter avec les manifestant·e·s. Il a salué toutes les personnes venues porter le message — et les a félicité·e·s de porter des masques et de pratiquer une distanciation sociale sûre.

Quatre manifestant·e·s tiennent des pancartes faites maison portant des slogans en solidarité avec BLM. Chacun·e porte un masque.

Manifestant·e·s à la manifestation de Black Lives Matter à Port-d'Espagne, Trinité, 8 juin 2020. Slogans : « Christophe Colomb est un (fichu) menteur. – Lance enflammée » ; « Nous sommes avec vous BLM » ; « L'ignorance ne fait pas le bonheur, elle fait du mal. » Photo de Jada Steuart, utilisée avec sa permission.

Dans le sillage de la mort de George Floyd, des discussions sur la race ont dominé les réseaux sociaux à Trinité-et-Tobago, alimentées par des remarques insensibles faites par des propriétaires d'entreprise comme Gerald Aboud, dont les commentaires Facebook disant aux personnes noires de changer leur état d'esprit ont été largement considérés comme racistes. L’attitude obtuse constamment affichée par Gerald Aboud et plusieurs autres a déclenché des appels au boycott de leurs entreprises, la décision d'entrepreneur·e·s noir·e·s de retirer leurs produits de ces magasins et la création de listes d'entreprises appartenant à des Noir·e·s partagées sur les réseaux sociaux.

Lors de la manifestation, le nom de Gerald Aboud était inscrit sur plusieurs écriteaux et pancartes :

La pancarte dit : « Cher Gerald Aboud, je n'ai pas volé mes baskets. Cordialement, “Les Noirs” ». Photo de Jada Steuart, utilisée avec sa permission.

Dans un pays qui se targue de l'égalité et de l'unité – l'hymne national proclame après tour : « Ici, chaque croyance et chaque race trouvent une place égale » -, l'ampleur de la réponse déclenchée par le mouvement #BlackLivesMatter est révélatrice.

Il est indéniable, cependant, que le racisme prospère à Trinité-et-Tobago, de multiples façons : tensions raciales subtiles ou parfois flagrantes entre différentes ethnies, racisme institutionnalisé qui a traditionnellement rendu plus difficile la prospérité économique des Noir·e·s et le fait que la majorité de la richesse du pays soit entre les mains des un pourcent.

Manifestants sur échasses, honorant le personnage du festival de Trinité-et-Tobago appelé Moko Jumbie (une tradition prend son origine en Afrique de l'Ouest), à la manifestation de Black Lives Matter à Port-d'Espagne, Trinité, 8 juin 2020. Photo de Jada Steuart, utilisée avec sa permission.

Dans la société postcoloniale de Trinité-et-Tobago, la question de la race fait partie intégrante de l'histoire ; les attitudes racistes peuvent être transgénérationnelles.

Le Carnaval de Trinité-et-Tobago, sans doute le plus grand festival national du pays, en est un exemple. Bien que son incarnation moderne puisse ressembler à une glorieuse fête de rue, certains groupes de carnaval restent séparés par classe sociale et couleur de peau. Les origines du festival étaient enracinées dans la rébellion contre les autorités coloniales.

Les systèmes inéquitables dont Trinité-et-Tobago a hérité de la Grande-Bretagne après l'indépendance n'ont pas été complètement démantelés. Beaucoup de ces structures jettent encore une ombre longue et imposante sur la vie des Noir·e·s ; mais si l'on en juge par la participation à la manifestation du 8 juin, les jeunes en particulier ne semblent plus prêt·e·s à détourner le regard.

Alors que la majorité des participant·e·s étaient des personnes d'ascendance africaine, d'autres Trinidadien·ne·s de couleur et Blanc·he·s étaient également présent·e·s, se rassemblant au travers d'un mouvement mondial visant à défier les systèmes qui entretiennent les rouages du racisme.

Ils·elles parlent avec leurs voix et leurs portefeuilles, et semblent prêt·e·s à avoir les discussions difficiles nécessaires à l'émergence d'une véritable égalité. Beaucoup partagent également des ressources, éduquant ainsi les autres sur l'histoire des Noir·e·s pour favoriser une meilleure compréhension :

Salut compatriotes caribéen·ne·s 👋🏽 Le mouvement Black Lives Matter est particulièrement important pour nous, et nous voulons expliquer pourquoi ! Veuillez prendre le temps de lire cet article et de vous engager avec les ressources que nous avons répertoriées. J'espère que vous êtes tous et toutes en sécurité et que vous vous portez bien. Amour universel ❤️

C'est une discussion qui n'a que trop tardé.

2 commentaires

  • Alexie

    Dès le titre, cela sent à plein nez le racisme, car les “races” n’existent pas et le concept de”race” est un concept d’extrême droite et raciste utilisé par les activistes suprémacistes (blancs ou noirs).

    • Sans utiliser le concept de race, comment parler de racisme ? Et qu’est-ce que le racisme alors ? Bien sûr, la race une construction sociale oppressive, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’existe pas et qu’on ne peut pas en parler.
      Les mots ne sont que des conventions qui nous servent à communiquer. Tout dépend de la façon dont on les utilise et la charge qu’on y met.
      Je ne pense pas que l’article porte des propos xénophobes. Rien dans le texte ne le suggère. Au contraire.

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