Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Qui se charge de déjouer la désinformation en ligne en bambara ?

Si ni kɛnɛya (« Longévité et santé »), une inscription en bambara/dioula sur un taxi brousse au Burkina Faso. Photo/traduction de Coleman Donaldson pour An ka taa, utilisée avec autorisation.

Note de la rédaction : Ce récit personnel a été écrit à la suite d’une campagne Twitter organisée par Rising Voices et par la rédaction régionale de Global Voices couvrant l'Afrique subsaharienne. Chaque semaine, un·e activiste linguistique différent·e partage son point de vue sur l’intersection des droits numériques et des langues africaines dans le cadre du projet « Matrice d’identité : Contrôle par les plateformes des menaces pesant sur la liberté d'expression en Afrique ».

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message WhatsApp composé d’un message vocal et d’une vidéo en bambara sur la COVID-19. L'enregistrement audio de 26 secondes prétendait que le virus avait été créé par des Blancs dans un laboratoire.

La vidéo est datée du 09 mai 2020. L'homme montre deux bouteilles en plastique contenant un liquide transparent.

Capture d’écran d’une vidéo en bambara reçue sur WhatsApp, d’un homme montrant un liquide dont il affirme qu’il peut guérir le coronavirus.

Le deuxième fichier, cette vidéo [bm], portait sur le traitement à base d’herbes supposé guérir le coronavirus. Pendant près de deux minutes, un homme montre une bouteille remplie d’un liquide incolore, assurant qu’il guérit de la COVID-19.

Ce type de désinformation est courant parmi la communauté mandingo [en] et, tristement, les gens y croient.

Avec une population [en] de 11 millions de personnes, le groupe ethnique mandingue est présent à travers l’Afrique de l’Ouest : en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau.

Le mandingue (aussi appelé mandenka, maninka, mandingo, ou manding) est une langue tonale mais avec différentes variantes parlées dans différents pays d’Afrique de l’Ouest. Au Mali, on l’appelle le bambara/bamanankan. En Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, il est connu sous le nom de dioula. En Guinée, on l’appelle le malinké, alors qu’au Sénégal et en Gambie, cette langue est connue sous le nom de mandingo.

Aucun mécanisme de contrôle des infox en bambara

Il y a eu une pléthore de discours publics sur les fausses informations diffusées dans les médias, notamment dans les langues internationales comme le français ou l’anglais, et dans les langues africaines de grande diffusion.

Cela est dû au fait que la désinformation a un impact considérable sur la vie publique des gens : l’incapacité à distinguer les faits des informations fallacieuses est un défi de notre temps. Dans le cas de la COVID-19, la désinformation et la propagande sont des obstacles majeurs dans la lutte contre le virus, en particulier en Afrique.

Mais qui se préoccupe de la désinformation dans une langue minoritaire comme le bambara ?

Il n’y a actuellement aucun mécanisme de contrôle pour suivre les infox en bambara. Les communautés n’ont pas été instruites du fait que les plateformes numériques telles que WhatsApp et Facebook sont également des vecteurs potentiels d’infox.

Les informations fallacieuses sont un énorme défi pour la plupart des langues africaines comme le bambara. Les gens répandent les fausses nouvelles sans le vouloir car ils ne se rendent pas compte du danger. Il ne leur vient pas à l'esprit que quelqu’un puisse écrire ou enregistrer quelque chose qui serait faux.

La désinformation en bambara se répand sur plusieurs plateformes numériques comme Facebook et WhatsApp et cela s’est accentué avec la pandémie de COVID-19. Quelques exemples voudraient que les Africain·e·s soient immunisé·e·s contre le coronavirus ou que la maladie atteigne surtout les riches. D’autres affirment que le virus n’existe pas. Ces mensonges freinent la mise en œuvre de mesures de protection contre le nouveau coronavirus.

La désinformation sur la COVID-19 s’était déjà ancrée dans certains pays parmi les personnes bambaraphones avant que les autorités ne démarrent des campagnes de sensibilisation comme la distanciation sociale et physique dans les espaces publics. En l’occurrence, Rémi Djandjinou, ministre de la Communication du Burkina Faso, explique en dioula/bambara (dans la vidéo du tweet ci-dessous) les mesures d’hygiène pour lutter contre le coronavirus.

Par exemple dans cette vidéo, le ministre de la Communication du Burkina Faso tente d’expliquer les gestes barrières contre le coronavirus en bambara / dioula. C’est bien mais ce n’est pas assez.

L’inclusion linguistique et la lutte contre les fausses nouvelles en ligne

Une rue encombrée de Bamako, vue depuis le pare-brise d'une voiture. Des piétons circulent entre les véhicules.

Mɔgɔ man ɲi (« Les gens sont mauvais »), une inscription en bambara sur un bus au beau milieu de la circulation dense de Bamako, Mali. Photo/traduction de Coleman Donaldson pour An ka taa, utilisée avec autorisation.

Il existe une similarité entre la diffusion de fausses informations et la transmission de la COVID-19.

Quelqu’un reçoit une fausse nouvelle d’une plateforme numérique, la consomme et ensuite la partage avec une douzaine de personnes. Les destinataires la partagent à leur tour, et bientôt, le message devient viral.

Dans le cas du coronavirus, une personne peut infecter plus de cinq personnes, selon une étude récente [en] de Steven Sache et cinq autres scientifiques du Laboratoire national de Los Alamos, aux États-Unis. Les personnes infectées vont également transmettre la maladie à d’autres.

En raison du partage massif de fausses informations, WhatsApp a récemment imposé une limite [en] aux transferts de messages afin de freiner la propagation de rumeurs et de messages viraux conduisant à la désinformation.

En août de l’année dernière, Facebook s’est associé à Africa Check, une organisation médiatique à but non lucratif, afin d’intégrer plus de langues africaines [en] dans la lutte contre les infox : yorùbá et igbo (Nigéria), swahili (Kenya/Tanzanie), wolof (Sénégal), afrikaans, zulu, setswana, sotho, sotho du Nord et ndebele du Transvaal (Afrique du Sud).

Tristement, aucun projet n’est prévu pour le bambara.

Il est temps pour les langues africaines locales comme le bambara d’avoir une présence sur internet. Les nombreuses langues manquantes sur internet [titre de l'article en lien, ndt.] #leslanguesafricainescomptent

J’ai récemment demandé à un journaliste d’Africa Check au Sénégal pourquoi le bambara n’était pas pris en compte dans la collaboration avec Facebook sur les langues africaines. Il a répondu que ses collègues et lui ne parlant pas le bambara, il leur était impossible de vérifier les faits et d'examiner les cas de désinformation dans cette langue.

Malheureusement, cela a été une occasion manquée de travailler sur un projet spécifique concernant la désinformation en bambara.

Le bambara n’est guère pris en compte dans de nombreuses interventions internationales, contrairement au yorùbá et à l’igbo (langues d’Afrique anglophone). Souvent, les langues africaines des pays francophones sont oubliées dans les projets de développement des langues locales.

Donner un nouveau souffle au bambara sur les plateformes numériques

À RFI (Radio France Internationale) où je travaille, les nouvelles sont diffusées en bambara [bm] sur internet. Mais c’est un projet de média public français et non une initiative des pays bambaraphones.

Les plateformes numériques peuvent donner un nouveau souffle au bambara en montrant que c’est une langue dynamique. Il y a quelques projets et initiatives pour promouvoir le bambara sur internet.

Coleman Donaldson, un chercheur en anthropologie linguistique de l’université de Hambourg est le fondateur d’An ka taa (« Allons-y ») un projet en ligne qui enseigne la langue bambara aux anglophones. An ka taa publie également sur son site des informations sur les villes comme Bamako ou Bobo Dioulasso, où le bambara est parlé. C’est un projet ambitieux, étant donné qu'il s'agit d'un organisme à but non lucratif sans soutien institutionnel.

Au Mali et au Burkina Faso par exemple, les médias locaux hors ligne font la promotion du bambara. Même s’ils souhaiteraient être visibles en ligne, ce n'est pas possible car ils n’ont pas accès à internet.

Un autre obstacle réside dans le fait que les technologies numériques ne sont pas conçues pour les langues africaines, même si « le choix de créer et de diffuser l’information au moyen d'internet » dans sa propre langue est un droit numérique énoncé dans la Déclaration africaine des droits et libertés de l'internet [pdf].

Le projet « matrice d'identité » est financé par le Fonds africain pour les droits numériques [en] de la Collaboration sur les politiques internationales des TIC pour l'Afrique orientale et australe (CIPESA [en]).

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français

Non merci, je veux accéder au site