- Global Voices en Français - https://fr.globalvoices.org -

L'accès des femmes aux informations sur les soins de santé pendant la pandémie de COVID-19 en Afrique de l'Est 1/2

Catégories: Afrique Sub-Saharienne, Kenya, Développement, Droits humains, Education, Femmes et genre, Gouvernance, Idées, Jeunesse, Médias citoyens, Santé, Sciences, COVID-19
Le mur de la clinique est couvert d'annonces de services médicaux peints dans différentes couleurs et différentes polices de caractères.

Une femme se tient devant une clinique médicale faisant la promotion de diverses options et services d'assurance, le 19 mars, 2018, à Nairobi, Kenya. Photo d’ International Telecommunications Union [1] via Flickr, sous licence CC BY 2.0. [2]

Note de la rédaction : cet article fait partie d'une série en deux parties sur les femmes et les soins de santé pendant la pandémie de COVID-19 en Afrique de l'Est. La deuxième partie [3] traite de l'impact des restrictions à la mobilité sur l'accès aux services de santé pour les femmes enceintes. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

La santé maternelle [4] [fr] est un élément fondamental de la santé sexuelle et reproductive et une composante indivisible des droits aux soins de santé. Cependant, la mortalité maternelle [5] [fr] continue de menacer la santé des femmes et des filles dans le monde entier, en particulier en Afrique subsaharienne.

Ces dernières années, les États ont mis en place des mesures prioritaires pour réduire le nombre de grossesses non désirées et d'avortements à risque, et pour améliorer l'accès à des prestataires de soins de santé qualifiés — conformément aux objectifs de développement durable des Nations unies [6] [fr].

Mais pour assurer l'efficacité de ces mesures, il est essentiel de garantir l'accès des filles et des femmes à l'information.

La pandémie de COVID-19 met en évidence l'obligation essentielle des États de garantir la transmission d'informations exactes comme élément fondamental du droit à la santé [7] [fr]. Cela requiert de leur part une communication proactive, effectuée de façon opportune et efficace.

Pendant la pandémie, certains gouvernements ont peiné [8] pour garantir aux femmes et aux jeunes filles un accès ininterrompu à l'information et à l'éducation en matière de santé sexuelle et génésique, en ligne et dans la vie réelle.

Au Kenya, la population n'a pas toujours reçu des informations régulières, claires et accessibles [9] concernant les dérogations aux restrictions en matière de couvre-feu et de confinement. Si les exemptions permettent sans réserve aux femmes enceintes confrontées à des urgences obstétricales de quitter leur domicile pour se rendre [10] dans des centres de soins, l'absence d'informations claires sur ces dernières et sur la manière dont elles sont mises en œuvre peut être source de stress et de confusion inutiles [11].

Les Kenyan·e·s n'étaient pas non plus pleinement conscient·e·s du devoir et du rôle des agents de sûreté [12] et des entreprises de transports publics pour faciliter et garantir le passage en toute sécurité des femmes et des jeunes filles enceintes vers les établissements de soins. L'accès à ces informations leur permet de faire valoir leurs droits.

Un jeune couple avec un bébé consultent les bulletins d'information affichés sur les murs d'une clinique à Nairobi, au Kenya.

Une jeune famille se rend dans une clinique avec son bébé, le 19 mars 2018, à Nairobi, Kenya. Photo d’International Telecommunications Union [1] via Flickr, sous licence CC BY 2.0 [2].

Exclues des ressources en ligne

Diffuser les informations principalement en ligne – notamment par le biais des médias sociaux – est potentiellement dangereux car cela exclut et discrimine de nombreuses femmes et jeunes filles qui ont un accès limité ou inexistant aux smartphones, aux services internet ou aux compétences numériques nécessaires pour accéder à ces informations. Certaines ont des moyens économiques limités, voire inexistants, pour faire face aux coûts des données pour l'accès à internet.

Selon la World Wide Web Foundation [13], malgré la croissance mondiale massive de l'utilisation d'internet, il y a toujours plus d'hommes que de femmes en ligne en raison des disparités entre les sexes. En Afrique subsaharienne, seulement 28 % des femmes ont accès à internet. Cela signifie que le partage d'informations en ligne ou le fait d'obliger les consommateurs à se connecter à Internet pour avoir accès aux services de soins de santé exclut souvent les femmes.

Au Kenya, 86 % des femmes disposent de téléphones portables [14] [pdf], mais seulement 32 % ont accès aux services internet et les utilisent. Dans ce dernier groupe, il n'est pas certain qu'elles bénéficient d'un accès régulier et ininterrompu aux services internet, ce qui nécessite des moyens économiques pour payer les forfaits internet et l'électricité pour charger les smartphones.

Télémédecine pour toustes?

Le ministère de la Santé du Kenya a publié des lignes directrices [15] [pdf] pour la pérennité des soins génésiques, maternels, néonatals et de planification familiale pendant la pandémie de COVID-19, notamment grâce au recours à la télémédecine [16] – un modèle novateur encouragé par de nombreux pays pour assurer la prestation de services de santé pendant la COVID-19.

La télémédecine est essentielle pour garantir l'accès aux informations relatives à la santé, dont la manière d'accéder aux services d'urgence pendant le travail, ainsi que pour faciliter le contact entre les prestataires de soins de santé et les patient·e·s.

Cependant, les directives en matière de télémédecine sont principalement diffusées en ligne – et tout le monde n'y a pas accès. Cela signifie que de nombreuses communautés peuvent ne pas connaître les numéros de téléphone à appeler pour bénéficier de ces services.

En outre, la télémédecine n'est accessible ni aux femmes sans téléphone portable, ni à celles qui disposent de moyens limités pour passer des appels, si les lignes d'assistance téléphonique ne sont pas gratuites.

Normes dans le cadre du droit à la santé

Les États sont liés par les traités et conventions relatifs aux droits humains qu'ils ont ratifiés [17] [fr]. Par conséquent, les organes de surveillance de ces traités au niveau régional [18] [fr] et au niveau mondial des Nations unies [19] [fr] ont établi des normes universellement acceptées par les États pour évaluer et faciliter la réalisation des droits [20] [fr] aux soins de santé – dont la santé maternelle.

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels [21] des Nations unies et le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes [22] [fr] ont élaboré respectivement les Commentaires généraux 14 [23] [pdf] et 22 [24] [pdf ; fr], ainsi que la Recommandation générale 24 [25] [pdf ; fr], qui décrivent les obligations des États et les normes à respecter pour la mise en œuvre des droits à la santé.

Au niveau régional, la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples [26] [fr] a élaboré en 2014 les Observations générales N°2 [27] [fr] sur le droit à la santé, notamment la santé génésique, prévue à l'article 14 du protocole révolutionnaire de 2003 attaché à la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples sur les droits des femmes en Afrique – communément appelé le protocole de Maputo [26] [fr].

Collectivement, ces instruments relatifs aux droits humains soulignent les obligations des États africains de veiller à ce que des soins de santé de qualité soient disponibles, acceptables et accessibles à tous, y compris l'accès à l'information et à l'éducation en matière de santé.

L'information doit être accessible à toustes, sur un pied d'égalité et sans discrimination, en particulier aux populations vulnérables et marginalisées telles que celles qui vivent dans la pauvreté, dans les zones rurales et reculées, et aux personnes handicapées.

Engagement direct et public

L'utilisation de diverses formes de diffusion et de communication de l'information garantit que toutes les femmes – jeunes et âgées, vivant dans des zones rurales, périurbaines ou urbaines, quels que soient leurs niveaux de revenus – ont accès à des informations pertinentes sur la santé.

Dans l'ensemble, les États pourraient faire davantage pour assurer que la population reçoive des informations précises, notamment en utilisant les médias traditionnels tels que la télévision, la radio et les journaux et en envoyant gratuitement des textos en masse par le biais des services de messagerie SMS et de messagerie instantanée USSD.

Échanger avec les dirigeant·e·s, les militant·e·s, les associations, les agents de santé locaux et les bénévoles, favorise également la circulation ouverte et transparente de l'information dans les communautés ayant un accès limité aux téléphones portables, aux télévisions, aux radios, aux journaux, etc.

Obtenir régulièrement des informations relatives à la santé – en particulier pour les femmes et les jeunes filles – améliorera sans aucun doute l'accès aux services de soins de santé maternelle. Cela permettra probablement d'atténuer l'augmentation prévue de la mortalité et de la morbidité maternelles et néonatales en Afrique pendant la pandémie COVID-19.

Lydia Muthiani et Nelly Warega sont des avocates spécialistes en droits humains, qui vivent et travaillent au Kenya. Elles se consacrent à la promotion des droits des femmes et des jeunes filles, et font partie d'Utu Wetu (Notre Humanité, en swahili), un collectif d'expert·e·s en droits humains travaillant en particulier sur les droits des femmes.