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« L’Indonésie s'en moque » : les personnels de santé expriment leur colère sur la gestion du COVID-19

Catégories: Asie de l'Est, Indonésie, Droits humains, Médias citoyens, Politique, Santé, COVID-19
Une personne à l'allure de super-hero combat des virus. [1]

Les super-héros ne portent pas tous des capes. Image de Komik Faktap [2], utilisée avec son autorisation

L’article d'origine [3] a été publié le 29 mai 2020. Certaines mises à jour sont fournies entre crochets pour refléter l'évolution de la situation. Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en indonésien. 

Le hashtag #IndonesiaTerserah (L'Indonésie s'en moque) a pris de l'ampleur en Indonésie après que les personnels de santé ont exprimé leur frustration face aux décisions des autorités d'assouplir les restrictions, et au non-respect des mesures de distanciation sociale par de nombreuses personnes.

Tirta Mandira Hudhi, médecin et influenceur sur les réseaux sociaux, a popularisé le hashtag en réaction à des scènes de foule dans certains aéroports. Des utilisateurs ont repris le hashtag sur Twitter en soutien aux personnels de santé.

Tirta Mandira Hudhi, médecin et célébrité des réseaux sociaux, tient une affiche sur laquelle on peut lire « En Indonésie ??? On s'en moque !!! Faites ce que vous voulez. »

Les professionnel·le·s de santé ont par la suite précisé leur intention de poursuivre leurs activités et de rester au service de la population, malgré le fait que certains ne respectent pas les directives sanitaires.

Le regroupement [7] [en] d'une foule autour d'un McDonald's prisé qui ferme définitivement ses portes à Jakarta, la capitale, est un exemple notoire de ces transgressions.

L’Indonésie peine à endiguer [8] l'apparition de nouveaux foyers épidémiques de COVID-19. Selon des données gouvernementales, le pays compte 24 538 cas confirmés et 1 496 décès liés au COVID-19. [Mise à jour : 75 699 cas confirmés et 3 606 décès au 12 juillet 2020 [9] [fr], ndlt.]

Des cas de COVID-19 ont été rapportés dans les 34 provinces du pays.

L'association des pédiatres d’Indonésie a déclaré [10] que le nombre d'enfants qui succombent au COVID-19 y est le plus élevé d'Asie.

Le gouvernement indonésien avait imposé des restrictions à partir du 10 avril seulement, ce qui a été jugé trop tardif [11] [en] pour prévenir la propagation du virus. Joko Widodo, le président, avait averti au préalable qu'un confinement total nuirait grandement à l’économie et entraînerait le déplacement de millions de travailleurs non déclarés.

L’Indonésie est soupçonnée d'expérimenter l'approche controversée consistant à atteindre l’immunité collective [12], bien que cela ait déjà été démenti par un représentant du gouvernement.

L'approche du gouvernement a malgré tout été critiquée par plusieurs scientifiques, dont le biostatisticien Dr Pandu Priono :

Que voulez-vous, peut-être qu'il n'y a pas de réelle volonté de contrôler la pandémie en Indonésie. N'oubliez pas que le gouvernement indonésien a une obligation de protection du peuple et de la patrie, comme le prévoit la constitution.

Au même moment, le chercheur en sciences médicales Dr Indra Kusuma a alerté sur le fait que la stratégie de l'immunité collective sans vaccin disponible mènerait à une catastrophe :

Permettez-moi de le répéter : L’immunité collective sans vaccination de masse, cela relève du génocide.

Le retard du gouvernement central pour déployer des mesures en réponse au COVID-19 a forcé les administrations provinciales de l'archipel à mettre en place dans la confusion des solutions pour leurs circonscriptions.

Le manque de coordination entre le gouvernement central et les administrations locales a mis d'autant plus sous tension les soignant·es de première ligne, qui sont pour la plupart exposé·es à des conditions de travail dangereuses et reçoivent des rémunérations insuffisantes.

« Nous risquons nos vies, mais notre rémunération n'est pas à la hauteur. » Des centaines d'infirmiers et infirmières ont subi des coupes salariales et leur treizième mois a été suspendu. Il en est de même pour beaucoup d'autres exerçant en libéral.

Le gouvernement a investi massivement pour acheter des respirateurs, qui sont fabriqués localement. Un site internet pour mesurer les chiffres liés au COVID-19 et la propagation de la maladie a également été mis en place.

Beaucoup considèrent cependant que c'est trop peu, trop tard. Un expert en santé publique cité dans le New York Times a affirmé que la transmission de masse est déjà engagée [19] [en].

Dans les semaines à venir, on pourrait voir apparaître de nouveaux foyers épidémiques en raison du Mudik, une tradition qui amène chaque année les citadins à rejoindre leurs familles dans les villages pour célébrer l'Aïd. Fidèles à cette coutume, nombreux sont ceux qui sont retournés célébrer l'Aïd dans leurs familles, faisant fi des risques associés.

Au même moment, le président Jokowi annonçait [20] sur Instagram que son gouvernement allait déployer l’armée afin de faire respecter les mesures pour la santé et la sécurité dans les lieux publics, une fois que les directives liées à la quarantaine seront assouplies.