Hong Kong : disqualification par le gouvernement des 12 candidat·e·s pro-démocratie en lice pour la législature locale

12 photographies des visages des candidat·e·s pro-indépendance. Il y a 3 femmes et 9 hommes.

Les 12 candidat·e·s pro-démocratie ont été exclu·e·s de l'élection du LegCo. Image tirée de Stand News, reproduite avec autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Les douze candidat·e·s pro-démocratie en lice pour l'élection du Conseil législatif de Hong Kong [fr] (LegCo) ont été disqualifié·e·s, en date du 30 juillet, par les assesseurs, qui sont chargé·e·s d'examiner les informations de base des candidat·e·s briguant des fonctions publiques.

L'éventail politique représenté par ces 12 candidat·e·s va des localistes, tels que Joshua Wong et Lester Shum, partisans de l'autonomie politique, aux personnalités modérées et pro-démocratiques, telles qu'Alvin Yeung et Kenneth Leung, membres du Civil Party prônant les droits humains et l'État de droit.

Dans un communiqué de presse, le gouvernement de Hong Kong a déclaré [zh] son plein soutien à la décision de disqualification prise par les assesseurs. Il a indiqué que les candidat·e·s qui prônent l'autodétermination, soutiennent l'intervention étrangère, s'opposent en principe à la mise en place de la loi de sécurité nationale [fr] à Hong Kong « ne pourraient pas véritablement » faire respecter la Loi fondamentale [fr], qui sert en pratique de mini-constitution à la ville.

Conformément à l'article 104 de ce document juridique, les membres du Conseil législatif sont tenu·e·s de veiller au respect de la Loi fondamentale et de prêter serment d'allégeance à la Région administrative spéciale de Hong Kong. Depuis 2016, le gouvernement de Hong Kong se fonde sur cet article pour disqualifier les législateur·ice·s élu·e·s qui ont prêté un serment « fallacieux ». Depuis, les assesseurs sont habilités à filtrer les candidat·e·s par l'examen de leur discours public.

Le gouvernement a souligné qu'il ne pouvait pas « exclure la possibilité que d'autres nominations soient invalidées » dans les prochains jours.

Par ailleurs, le Bureau de liaison de Pékin, représentant le gouvernement de la République populaire de Chine dans la région administrative spéciale de Hong Kong, a fait une déclaration similaire, tout en ajoutant que les candidat·e·s qui ont déclaré leur intention d'opposer un veto systématique au budget et aux projets de loi du gouvernement seraient également disqualifié·e·s.

Plus de 610 000 Hongkongais·es ont pris part, il y a deux semaines, aux élections primaires du camp pro-démocratie pour établir une liste de 30 candidat·e·s aux prochaines élections du Conseil législatif. L'objectif est de remporter une majorité de sièges au sein du corps législatif.

Chris Patten, dernier gouverneur de Hong Kong sous le régime colonial britannique, a qualifié cette disqualification de « purge politique scandaleuse » :

The National Security law is being used to disenfranchise the majority of Hong Kong’s citizens […]It is obviously now illegal to believe in democracy… This is the sort of behaviour that you would expect in a police state.

La loi sur la sécurité nationale permet de confisquer les droits de la majorité des citoyen·ne·s de Hong Kong […] Il est évidemment illégal aujourd'hui de croire en la démocratie… Voilà le genre de comportement auquel on peut s'attendre dans un État policier.

Cette décision de disqualification, en particulier celle des modérés politiques du Civic Party, démontre que Pékin ne tolérera plus aucune voix d'opposition politique au sein du Conseil législatif.

À ce jour, quatre des candidat·e·s du Civic Party ont reçu un avis de disqualification. Alan Leong, le président du parti, a pressenti la disqualification des six candidats de son parti, dans la mesure où les lettres des assesseurs étaient quasiment identiques et ne sauraient donc être le résultat d'un processus d'examen indépendant [zh].

Joshua Wong a publié la lettre de son assesseur sur Twitter, et a déclaré dans le fil de discussion :

Beijing shows a total disregard for the will of Hongkongers, tramples upon the city’s last pillar of vanishing autonomy and attempts to keep HK’s legislature under its firm grip.

Pékin affiche un mépris total vis-à-vis de la volonté des Hongkongais·es, piétine le dernier pilier de l'autonomie chancelante de la ville, et tente de contrôler fermement la législature de Hongkong.

Tiffany Yuen, autre candidate disqualifiée, de tendance « localiste », a déclaré sur Twitter :

Je suis seule, mais pas isolée.
Vous pouvez m'exclure, moi, les douze [candidat·e·s pro-démocratie], ou bien d'autres encore demain, mais vous ne pouvez pas stopper le Mouvement.
— Tiffany Yuen (@tiffanyykw) July 31, 2020

[image]
L'image représente une jeune femme au milieu d'un groupe de jeunes gens. Il se tiennent debout face à l'objectif et regardent droit devant, le regard déterminé. Elle porte une chemise blanche mais pas de masque facial. Tout autour d'elle, les autres personnes portent un masque facial et sont vêtus tout en noir.

Nathan Law, militant en exil, a souligné que Pékin a transformé le Conseil législatif de Hong Kong en un organe politique, similaire au Parti communiste chinois (PCC), qui a instrumentalisé l’Assemblée populaire nationale [fr], l'équivalent chinois d'un parlement :

Aujourd'hui, 12 candidat·e·s pro-démocratie qui [briguaient un siège] au Conseil législatif sont disqualifiés. ENCORE plus à venir demain. On s'attend à ce que la plupart des candidat·e·s de ce bord soient exclu·e·s. Le gouvernement met en place une assemblée du PCC au Legco afin de faire taire la plupart des voix de l'opposition. C'est scandaleux.
— Nathan Law 羅冠聰 😷 (@nathanlawkc) July 30, 2020

La disqualification massive des candidat·e·s au Conseil législatif a scandalisé la communauté internationale. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a dénoncé cette décision :

It is clear they have been disqualified because of their political views, undermining the integrity of One Country, Two Systems and the rights and freedoms guaranteed in the Joint Declaration and Hong Kong’s Basic Law.

De toute évidence, [ces candidat·e·s] ont été disqualifié·e·s en raison de leurs opinions politiques, compromettant ainsi l'intégrité du principe “un pays, deux systèmes” et les droits et libertés garantis dans la Déclaration commune et la Loi fondamentale de Hong Kong.

Marco Rubio, président de la sous-commission des relations étrangères du Sénat américain, a indiqué :

The actions of the Hong Kong government to disqualify 12 pro-democracy candidates from running in the Legislative Council election, including Joshua Wong and Lester Shum, strips the Hong Kong people of their voice and secures Beijing’s control of the city. The Chinese Communist Party’s determination to remake the city in its image is an outrage and a tragedy for those who support the cause of freedom. The U.S. and the international community must respond to these assaults by the CCP and assist Hong Kongers who will need protection from political persecution.

Les mesures prises par le gouvernement de Hong Kong consistant à disqualifier 12 candidat·e·s pro-démocratie pour l'élection du Conseil législatif, parmi lesquels Joshua Wong et Lester Shum, dépossèdent la population de Hong Kong de sa voix et sécurisent ainsi le contrôle de la ville par Pékin. La détermination du Parti communiste chinois à remodeler la ville à son image est une honte et une tragédie pour les défenseurs de la cause de la liberté. Les États-Unis et la communauté internationale se doivent de répondre à ces agressions perpétrées par le PCC et de prêter main forte aux Hongkongais·es qui sont auront besoin d'être protégé·e·s contre les persécutions politiques.

1 commentaire

  • Gérard Cardonne

    s’il y a de citoyens démocrates authentiques qui lisent l’article ci-dessus, ils ont une réponse tout aussi démocratique: boycotter tout produit venu de Chine pour faire comprendre aux importateurs qu’ils sont les complices du lao-gai de Hong Kong

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