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Macédoine du Nord : les mesures anti-covid dissuadent les touristes

Catégories: Europe Centrale et de l'Est, Macédoine, Economie et entreprises, Médias citoyens, Santé, Voyages, COVID-19
Des parasols et des transats sur une plage fréquentée au bord du lac d'Ohrid, en Macédoine du Nord. [1]

Une plage située à Lyoubanichta sur les rives du lac d'Ohrid en Macédoine du Nord. Photo de Filip Stojanovski, prise le 24 juillet 2020, sous licence CC BY.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

La Macédoine du Nord a ouvert ses frontières aux touristes venant d’un des États membres de l’Union Européenne (UE) et des autres pays d’Europe. Néanmoins, les mesures mises en place pour lutter contre la COVID-19 découragent les visiteurs potentiels de s'y rendre pour passer des vacances.

Certains pays de l’Union Européenne, comme la Hongrie, par exemple, demandent à leurs ressortissant·e·s de s’isoler pendant deux semaines à leur retour de Macédoine du Nord. L'Allemagne, de son côté, impose des tests de dépistage [2] [mk] aux personnes qui reviennent d’un des 130 pays considérés à risque. Les règles diffèrent d’un pays à l’autre. C'est pourquoi l’Union Européenne a lancé le site Internet Re-Open EU [3] [fr] afin que les citoyen·ne·s puissent se tenir informé·e·s des évolutions.

L’Organisation mondiale de la santé a salué [4] l’effort de transparence de la Macédoine du Nord dans le signalement des cas de Covid-19. Depuis le début de la pandémie, le pays a enregistré 10 617 cas d’infection [5] et 480 décès pour une population qui avoisine les deux millions d’habitant·e·s. Au cours des dernières semaines, les chiffres ont oscillé entre 100 et 200 nouveaux cas de coronavirus par jour.

Les voyagistes se sont conformés aux règles sanitaires anti-covid mises en place localement pour faire venir des touristes étrangers en Macédoine du Nord. Une distanciation physique entre les passagères et passagers est notamment appliquée dans les cars où le taux de remplissage est limité à 50 %. Par conséquent, des bus touristiques locaux vides doivent attendre à la frontière des cars entiers de touristes étrangers en provenance, par exemple, de Pologne, dont la moitié sont alors obligé·e·s de changer de véhicule avant de pouvoir poursuivre leur voyage. La location de cars supplémentaires augmente le prix global du séjour, qui devient alors moins intéressant pour les voyagistes.

Contrairement aux années précédentes, la majorité des touristes étrangers aperçus cette année dans la région du lac d’Ohrid [6] [fr], première zone touristique du pays, séjournent en Albanie où les règles sont moins strictes [7] [fr]. Le bilan financier de cette saison touristique s’annonce d'ailleurs meilleur de ce côté de la frontière. Certains ressortissant·e·s européen·ne·s en vacances sur le littoral albanais réalisent des excursions dans la région pittoresque d’Ohrid en Macédoine du Nord, qui est inscrite au patrimoine de l’Unesco [8] [fr], notamment pour visiter la vieille ville et des sites naturels environnants.

Daniel Medaroski, un guide touristique de la compagnie Experience Balkan [9] témoigne des difficultés actuelles :

“I work with an incoming agency and as an authorized tourist guide; I haven’t earned any money since New Year. I share these difficulties with about 5,000 people like me who are in this sector. This season is certainly over and we are focusing on 2021, but what shall we do till then? Lately, I have been trying to rent my boat on Lake Ohrid, but the domestic tourists cannot afford it, and I still hope that some individual travelers or smaller groups will come to Ohrid, so that I can be of service to them for touring the area or renting my boat. And I am very much sure that the travelers will remember the beauty of the Ohrid region and will go back to their countries with pleasant memories and revelations of new destinations.”

Un guide touristique sur son bateau battant pavillon macédonien. [10]

Daniel Medaroski, guide touristique à Ohrid. Photo de Filip Stojanovski, sous licence CC BY.

Je travaille pour une agence réceptive et comme guide touristique agréé. Je n’ai rien gagné depuis le nouvel an. Les 5 000 personnes qui travaillent dans ce secteur d’activité font face à la même situation. Cette saison est sans doute terminée. Nous nous concentrons maintenant sur 2021, mais qu’est ce que nous allons faire d’ici là ? J’ai essayé récemment de louer mon bateau [pour des excursions] sur le lac d’Ohrid. Toutefois, les touristes locaux n’ont pas les moyens de s'offrir cette prestation. J’espère que des voyageurs et voyageuses individuel·le·s ou des petits groupes vont venir à Ohrid. Je pourrais alors leur être utile pour faire découvrir la région ou leur louer mon bateau. Je suis convaincu que les visiteurs et les visiteuses se rappelleront de la beauté de cette région et rentreront chez eux avec des souvenirs plein la tête et des idées de futures vacances.

Compte tenu du contexte de pandémie, le pays a mis en place des protocoles pour protéger les touristes et les professionnel·le·s du secteur. Une distance entre les transats doit être respectée sur les plages, qui sont dans leur majorité louées par des propriétaires privés. Dans les bars et les restaurants, le nombre de client·e·s par table est limité à 4. Par ailleurs, le personnel doit porter des masques et mettre en place d’autres mesures préventives.

Le lac d’Ohrid propose plusieurs points d’intérêt [11]. Certains d’entre eux ne sont accessibles qu’en bateau. C’est le cas, par exemple, des grèves appelées couramment « les plages sauvages ». Elles sont coincées sous les falaises du parc national de Galitchitsa [12] [fr].

Embarcations sur les eaux calmes du lac d'Ohrid et maisons du 19e siècle implantées sur les berges. [13]

Les eaux du lac d’Ohrid effleurent des maisons du 19e siècle situées au cœur de la vieille ville qui est surplombée par une citadelle datant du début du 11e siècle. Photo de Filip Stojanovski, sous licence CC BY.

De nombreux pays ont fermé leurs frontières aux ressortissant·e·s macédonien·ne·s, à l’exception de l’Albanie et de la Serbie qui sont limitrophes. La Grèce ou le Monténégro leur sont inaccessibles et pour entrer en Bulgarie ou en Croatie, les touristes macédoniens sont obligés de présenter les résultats d’un test PCR négatif réalisé récemment. La Croatie leur impose également de fournir une attestation de réservation.

L’ensemble de ces raisons explique le nombre élevé d’estivants locaux [14] sur les sites touristiques de Macédoine du Nord, surtout les week-ends. Ces jours-là, les villes se vident, tandis que les bords de lacs et les stations de montagne se remplissent de visiteurs, de visiteuses et de déchets (une initiative locale essaye d’ailleurs de lutter contre les détritus laissés sur les plages d’Ohrid et réalise des actions bénévoles de nettoyage [15]).

Les touristes locaux séjournent souvent dans leurs résidences secondaires ou logent chez l’habitant pour un prix dérisoire. Ils fréquentent peu les hôtels et dépensent donc moins d’argent. Ils achètent également moins de souvenirs et sont peu intéressés par les visites guidées qui présentent l’héritage culturel et les autres éléments patrimoniaux du pays. En effet, ces visiteurs et visiteuses sont déjà informé·e·s des curiosités locales et ont le sentiment de connaître toutes les explications qu’un·e guide touristique pourrait leur donner.

La clientèle étrangère pourrait être la bouée de sauvetage de l’industrie du tourisme nord macédonienne. Toutefois, il est peu probable qu’elle arrive en masse cette année. Cette absence est particulièrement marquée à Skopje, la capitale, l’autre destination touristique majeure du pays. La vieille ville abrite un Vieux bazar [16] [fr] qui a été construit par les Ottomans et qui s’avère être le deuxième plus grand des Balkans après celui d’Istanbul [17] [fr]. Les années précédentes, la ville grouillait de touristes. Depuis le début de la pandémie, les commerçant·e·s rencontrent des difficultés à boucler les fins de mois et la levée des couvre-feux et des restrictions de déplacement n'ont rien changé.

Terrasse d'une pizzeria dans le Vieux bazar de Skopje. [18]

Photo extraite de la page Facebook du restaurant Don Gionavi [19] à Skopje, reproduite avec l’aimable autorisation du gérant.

Xhemal Bajrami est gérant du restaurant Don Giovani [19], situé dans l’une des rues les plus fréquentées de la Vieille ville de Skopje. Il témoigne de sa saison touristique : « Nous avons été contraints de fermer les dimanches. D’habitude, c’était l’un des jours les plus chargés de la semaine. Actuellement, nous finissons également beaucoup plus tôt, vers 18h ou 19h au lieu de 22h, car le bazar est très peu fréquenté en soirée. »

Manifestant·e·s du secteur du tourisme dans les rues de Skopje, en réaction aux pertes dues à la crise sanitaire de 2020. [20]

Le 29 juillet dernier, les professionnel·le·s du tourisme ont manifesté à Skopje en Macédoine du Nord. Sur les pancartes, on pouvait lire :  « C'est seulement en 2021 que vous pourrez voyager, que nous pourrons travailler et que l’État pourra prélever des impôts. » Photo de Julijana Daskalov, reproduite avec son aimable autorisation.

L’année 2019 [21] a été une année record pour le tourisme macédonien. Toutefois, d’après les chiffres officiels du mois de mai [22], ce secteur d'activité a subi de lourdes pertes en 2020.

De nombreuses entreprises ont suffisamment de trésorerie pour passer l’été. Elles ont toutefois alerté les autorités qu’elles seront contraintes de licencier du personnel en septembre si elles ne reçoivent pas un soutien financier important.

Le 29 juillet dernier, les professionnel·le·s du tourisme ont défilé dans le calme à Skopje [23] [mk] pour demander une aide de l’État. Elles et ils ont utilisé le slogan « le tourisme est sous ventilation assistée », faisant référence à la dernière étape du traitement contre la Covid-19.

Les manifestant·e·s demandaient aux autorités de leur verser un salaire minimum jusqu’à la fin de l’année et d'alléger les charges fiscales des établissements du secteur pour empêcher les faillites.

Un gouvernement provisoire administre le pays depuis les élections du 15 juillet dernier [24] [fr]. Différentes aides ont été allouées aux entreprises de tourisme au cours du printemps. Les citoyen·ne·s qui perçoivent un salaire minimum ont notamment reçu des bons de 50 euros. Toutefois, les autorités n’ont pas encore répondu [25] [mk] aux dernières revendications formulées par les représentants du secteur du tourisme.

Consultez la rubrique spéciale de Global Voices sur l’impact mondial du COVID-19 [26] [fr].