Kamala Harris candidate démocrate à la vice-présidence des États-Unis : un choix historique qui trouve un écho dans les Caraïbes

La sénatrice américaine Kamala Harris fait un salut de la main et arbore un grand sourire.

La sénatrice américaine Kamala Harris lors du Forum national sur les salaires et les travailleurs et travailleuses en 2019 à Las Vegas, Nevada. Photo par Gage Skidmore sur Flickr, sous licence CC BY-SA 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

L’annonce [fr], le 11 août, que Joe Biden, le candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles des États-Unis, avait choisi comme vice-présidente la sénatrice Kamala Harris a provoqué une vague de célébrations à travers les Caraïbes.

Le père de Kamala Harris, un économiste et professeur émérite de l’Université de Stanford, est né en Jamaïque alors que l’île était toujours sous autorité britannique – et bien que Kamala Harris s’identifie comme Américaine, les internautes caribéen·ne·s la revendiquent comme descendante de ce territoire. Les Caribéen·ne·s d’origine indienne font de même, étant donné que la mère de Kamala Harris, une scientifique spécialiste du cancer du sein, est née à Madras, en Inde.

Depuis Trinité-et-Tobago, l’écrivaine Ira Mathur, elle-même d’origine indienne, estime que ce choix permet « à beaucoup d’entre nous de se voir représenté·e·s. » Elle écrit sur Facebook :

From Madras and Jamaica with love to America […] from the West Indies to South Asia we couldn’t feel prouder or have more hope for a Trump shattered America.

Pensées affectueuses de Madras et de Jamaïque pour l’Amérique, […] des Antilles à l’Asie du Sud-Est, nous ne pourrions être plus fières et optimistes pour cette Amérique brisée par Trump.

Dans un article pour CNN, l’auteure Fredreka Schouten se penche sur ce que signifie ce choix pour les « insulaires » comme elle :

I, too, am from the Caribbean […] but descended from people who came from all over what the late Barbadian poet Kamau Brathwaite once called ‘a whole underground continent of thought and feeling and history.’

We carry the archipelago within us, looking and listening, always, for bits of what we left behind […] the habit — a preoccupation, really — with detecting the Caribbean heritage in the people around us.

To the nation, Shirley Chisholm represents the first Black woman elected to Congress and the first to pursue a major-party nomination for the presidency. To me, she's also the daughter of a seamstress from Barbados and a factory worker who came from Guyana. Colin Powell, the first African American to serve as Secretary of State? His parents hailed from Jamaica. Former Attorney General Eric Holder, Barbados roots. […]

Harris, who made a run last year for the Democratic nomination, has navigated public life as a Black woman in America.

That's not to say she doesn't embrace all of who she is.

Moi aussi, je suis originaire des Caraïbes […] mais descendante des peuples issus de ce que le défunt poète barbadien Kamau Brathwaite a autrefois appelé “un continent clandestin entier fait de pensées, de sentiments et d’histoire”.

Nous portons l’archipel en nous, en cherchant et en écoutant, constamment, des fragments de ce que nous laissons derrière nous […]. [Nous avons] l’habitude – la préoccupation plutôt – de détecter l’héritage caribéen dans les personnes qui nous entourent.

Pour la nation, Shirley Chisholm représente la première femme Noire membre du Congrès et la première à être candidate à l’investiture d’un des partis politiques majeurs pour les élections présidentielles. Pour moi, elle est aussi la fille d’une couturière barbadienne et d’un ouvrier originaire de Guyane. Colin Powell, le premier Africain-Américain à être secrétaire d’État ? Ses parents venaient de Jamaïque. L’ancien procureur général Eric Holder, des origines barbadiennes.

Kamala Harris, qui a fait campagne l’année dernière pour l’investiture démocrate, a géré sa carrière politique en tant que femme Noire en Amérique.

Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne célèbre pas tout ce qui fait qui elle est.

Que les démocrates sortent gagnants ou pas en novembre, Kamala Harris est déjà entrée dans l’histoire en étant la première femme américaine Noire et sud-asiatique candidate au sein d’un parti important.

Beaucoup d’internautes sur les réseaux sociaux se doutaient que Kamala Harris serait choisie par Joe Biden comme vice-présidente et bien que la plupart soient satisfait·e·s de ce choix, c'est avec la conscience du fait que celui-ci n'avait rien d'évident.

Renee Cummings, une criminologue et stratégiste en intelligence artificielle (IA) originaire de Trinité-et-Tobago, qui vit à New York, relève :

She has the experience and she has the look and she has the energy that [Biden] doesn’t have but she also has a lot of baggage when it comes to black and brown men and the criminal justice system. But they must have worked out their strategy and messaging moving forward. She also represents ‘law and order’ and someone who was ‘tough on crime’ and ‘incarcerated a lot of black and brown men’ and they may be seeing that as a good counterbalance for the Trump campaign. She probably polled well among non people of color. She also has a white husband. So the aesthetic works politically. She’s also a very intelligent woman, articulate, and very savvy and will make a good VP. But she’s also half Jamaican so a big moment for Caribbean people in America.

Elle a l’expérience et elle a le physique et l’énergie que [Joe Biden] n’a pas, mais elle a aussi des antécédents quand il s’agit des hommes noirs ou de couleur et du système judiciaire pénal. Mais ils ont dû mettre au point une stratégie et une communication pour pouvoir avancer. Elle représente par ailleurs « le maintien de l'ordre et de l'état de droit » et est vue comme quelqu’un de « sévère en matière de criminalité » et qui a « incarcéré beaucoup d’hommes noirs et de couleur », et il se peut qu’ils voient cela comme le contrepoids idéal à la campagne de Trump. Elle est sans doute très populaire dans les sondages parmi les personnes non-racisées. Elle a aussi un mari blanc. Donc l’esthétique globale fonctionne d’un point de vue politique. C'est aussi une femme très intelligente, éloquente et très avisée et sera une bonne vice-présidente. Mais elle est aussi à moitié Jamaïcaine et c’est un grand moment pour les Caribéen·ne·s d’Amérique.

Résumant son idée en qualifiant Kamala Harris de « parfaite pour la diversité », elle ajoute :

She is also the daughter of immigrants and represents the promise of America pre-Trump’s attack on immigration. She ticks a lot of boxes.

Elle est aussi fille d’immigré·e·s et représente la promesse de l’Amérique d’avant les attaques de Trump contre l’immigration. Elle a beaucou d'atouts.

Sur Twitter, l'internaute trinidadienne Caroline Neisha partage cet avis :

J'ai complètement sous-estimé l'enthousiasme et l'émotion que le choix de Kamala [Harris] susciterait… À quel point ce serait important pour tant de personnes. Avec son lot de récriminations habituelles… Mais je suis très émue de voir à quel point cela rend les gens heureux, fiers et exaltés. ❤️🙏🏽

Les internautes sur les réseaux sociaux jamaïcains ont aussi trouvé que Kamala Harris incarnait une force fédératrice, et elle a reçu un solide vote de confiance de la part de Wayne A. I. Frederick, le président de l’Université de Howard (lui-même originaire de Trinité-et-Tobago), l’alma mater de la sénatrice. En postant une photo sur Facebook, où on le voit accompagné de Kamala Harris lors de leur cérémonie de remise de diplômes, Wayne A. I. Frederick écrit :

Today is an extraordinary moment in the history of America and of Howard University. Senator Kamala Harris’ selection as the Democratic vice presidential candidate represents a milestone opportunity for our democracy to acknowledge the leadership Black women have always exhibited, but has too often been ignored. […] As Senator Harris embarks upon this new chapter in her life, and in our country’s history, she is poised to break two glass ceilings in our society with one fell swoop of her Howard hammer!

Nous vivons aujourd’hui un moment extraordinaire dans l’histoire de l’Amérique et de l’Université de Howard. Le choix de la sénatrice Kamala Harris en tant que candidate démocrate à la vice-présidence représente une étape majeure et l’opportunité pour notre démocratie de reconnaître les qualités de dirigeante que les femmes Noires ont toujours montrées mais qui ont été trop souvent ignorées. Alors que la sénatrice Kamala Harris entame un nouveau chapitre de sa vie, et de l’histoire de notre pays, elle est vouée à briser deux plafonds de verre d’un bon coup de masse de Howard !

Son expérience unique d’enfant multiethnique issue de parents immigré·e·s, engagé·e·s dans les mouvements militants des années 1960 – elle faisait partie de la deuxième classe d’élèves à participer au programme de déségrégation scolaire mis en place à l'aide d'un système de transport spécial (le busing [fr]) – a sans nul doute contribué à façonner son identité et sa vision du monde. Dans sa déclaration sur Facebook, elle explique :

My mom and dad, like so many other immigrants, came to this country for an education. My mother from India and my dad from Jamaica. And the Civil Rights movement of the 1960s brought them together. Some of my earliest memories are from that time: My parents being attacked by police with hoses, fleeing for safety, with me strapped tightly in my stroller.

That spirit of activism is why my mother, Shyamala, would always tell my sister and me, ‘Don’t just sit around and complain about things. Do something.’

That’s why I became a District Attorney and fought to fix a broken system from within. Why I served as California’s Attorney General. Why I’m proud to represent my state as a U.S. Senator. And it’s why, today, I’m humbled to be joining Joe Biden in the battle to defeat Donald Trump and build a country that lives up to our values of truth, equality, and justice.

Ma mère et mon père, comme bien d’autres personnes immigrées, sont venus dans ce pays pour accéder à une éducation. Ma mère depuis l’Inde et mon père depuis la Jamaïque. Et c’est le mouvement des droits civiques des années 60 qui les a réuni. Mes premiers souvenirs datent de cette période : mes parents attaqués par les canons à eau de la police, s’enfuyant pour se mettre à l’abri, avec moi bien attachée dans ma poussette.

Cet esprit militant est la raison pour laquelle ma mère, Shyamala, nous disait toujours à ma sœur et moi : « Ne restez pas les bras ballants à vous plaindre de ce qui se passe. Faites quelque chose. »

C’est pour cette raison que je suis devenue procureure du district et que je me suis battue pour améliorer de l’intérieur un système défaillant. Pour cette raison aussi que j’ai servi comme procureure générale de la Californie. Pour cette raison que je suis fière de représenter mon État en tant que Sénatrice des États-Unis. Et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, c'est un honneur de rejoindre Joe Biden dans la bataille pour vaincre Donald Trump et construire un pays à la hauteur de nos valeurs de vérité, d’égalité et de justice.

Tout le monde n’a pas adhéré à cette explication. Un internaute a laissé entendre sur Twitter que la sénatrice avait utilisé ses origines jamaïcaines « pour perpétuer un stéréotype anti-jamaïcain afin de s'attirer la sympathie d’un public blanc plus large. » Il fait référence à une interview où Kamala Harris plaisantait sur le fait de fumer de la marijuana, interview à la suite de laquelle son père s’est publiquement désolidarisé de ses propos.

Son passé d’incarcération en masse de personnes de couleur se révèle aussi problématique pour certains, et si des tribunes ont qualifié l'association entre Joe Biden et Kamala Harris de « désastreuse », d’autres l’ont jugée « judicieuse ».

L’ancien Premier ministre jamaïcain P.J. Patterson, un camarade de classe du père de Kamala Harris, constate de quelle manière elle a évolué :

She has been incisive, she goes to the heart of the issue that has to be resolved, particularly at this time when the US itself is going through severe challenges — including, but not confined to, matters pertaining to race. It is good to have someone on the ticket who can look at that and who has ethnic origins.

Elle a été incisive, elle va au cœur du problème à résoudre, particulièrement en cette période où les USA eux-mêmes font face à des enjeux de taille – notamment, mais pas seulement, sur les questions concernant la race. C’est une bonne chose d’avoir quelqu’un en lice qui peut analyser cela et qui a des origines ethniques [sic].

Comme le confirme l’auteure Fredreka Schouten :

Who knows what will happen in the months ahead. But for the islanders keeping score — always reconstructing that continent of islands, if only in our minds — Harris will remain the first daughter of the West Indies on a major-party presidential ticket.

Qui sait ce qu’il va se passer dans les mois à venir. Mais pour les insulaires qui comptent les points – toujours à reconstruire ce continent d’îles, au moins dans nos esprits – Kamala Harris restera le première fille des Antilles au sein d’un parti majeur en lice pour la présidence.

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