Les conséquences de la pandémie de Covid-19 pour l'environnement

Un homme porte des branches sur sa tête et se déplace dans la forêt avec un masque facial en raison du coronavirus.

Un forestier, portant un masque pour se protéger contre le coronavirus, rassemble du bois mort dans une zone tropicale en Guinée. Photo publiée avec l'aimable autorisation d'Aboubacarkhoraa via Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 4.0.

L’article d'origine a été publié en anglais le 28 août 2020.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en français, ndlt.]

Le long confinement mondial, qui a eu lieu après l'apparition du Covid-19, a permis à Dame Nature de récupérer et de nous montrer ses scènes les plus incroyables : une belle couleur bleue a remplacé le smog grisâtre qui voilait le ciel de l'Inde, pour la première fois depuis longtemps l'eau des voies navigables italiennes s'est éclaircie, le pays de Galles a vu des chèvres errer dans ses rues, alors que le Brésil a pu observer le retour des tortues de mer sur ses plages. Ces événements surprenants ont capté l'attention de nombreuses personnes pendant leur isolement. Cette immobilisation temporaire des vies quotidiennes nous donne une perspective unique et nous laisse le temps de réfléchir. N'est-ce pas le bon moment pour agir ? Andrew Kowalczuk, contributeur à Global Voices, est un ingénieur en technologie verte et ancien chercheur biomédical. Nous l'avons interrogé sur les implications pour la santé, la faune et le changement climatique dans l'avenir post-Covid.

Kevin Rennie (KR) : Nous avons vu la réapparition spectaculaire d'animaux dans les habitats et les zones urbaines pendant le confinement dû à la crise du Covid-19. Quelles sont les nouvelles opportunités ou menaces pour la faune ?

Andrew Kowalczuk (AK): The resurgence of wildlife holds a powerful appeal, for several reasons. People, confined to these eerie quiets, find out they’re closer to nature than they had ever realized. And that is very hopeful, an atavism, or fascination with biodiversity, as contrast to urbanized living. The reverse side, however, is that humans are custodians of rare animals. Globally, eco-tourism is by far the number-one source of funding for national parks, wildlife reserves, and conservation initiatives. COVID travel restrictions directly caused the collapse of tourism, and therefore the economies, of those destinations. In Africa, Central America, and other locales, there has unfortunately been an increase in poaching. Desperation gives the motive, and absence of ranger patrols in wildlife preserves gives the opportunity. Hopefully, media attention will translate to better protection of vulnerable animals after COVID subsides.

Andrew Kowalczuk (AK) : Grâce à la résurgence de la faune, les gens découvrent qu'ils sont plus proches de la nature qu'ils ne l'avaient jamais imaginé. Cet atavisme, ou fascination pour la biodiversité, plutôt que pour la vie urbanisée, est très encourageant. Le revers de la médaille, cependant, est que les humains sont les gardiens d'animaux rares. À l'échelle mondiale, l'écotourisme est de loin la première source de financement des parcs nationaux, des réserves fauniques et des initiatives de conservation. Les restrictions de voyage dues au COVID ont directement causé l'effondrement du tourisme, et donc des économies, de ces destinations. En Afrique, en Amérique centrale et dans d'autres endroits, il y a malheureusement eu une augmentation du braconnage. Le désespoir donne une raison, et l'absence de patrouilles de gardes forestiers dans les réserves fauniques donne une occasion. Espérons que l'attention des médias se traduira par une meilleure protection des animaux vulnérables après la disparition du COVID.

KR : Le coronavirus est apparu en Chine l'hiver dernier, mais il y a toujours des polémiques sur ses origines exactes et si la pandémie aurait pu être prévenue ou non. Comment ces virus passent-ils des animaux aux humains ?

AK: Historically, all of the largest pandemics were zoonotic. Meaning, a natural pathogen already present in animals, usually in mammals, jumped that gap between animals and humans. The Plague of Justinian, and the bubonic plagues in the Middle Ages, were a bacillus, originally from rodents. The 1918 influenza pandemic, that time was viral, by recombination of several mammalian viruses, from food livestock. Now with COVID-19, the difference today is that human overpopulation keeps encroaching further into natural environments, into more contact with previously exotic animals. That’s the lesson. Among coronaviridae, several closely related ones found in bats can cause human disease. SARS-CoV-2, the pathogen causing COVID, is again genetically very similar. And there were previous, recent warnings, in the form of the outbreaks of SARS-1 and MERS, in 2003 and in 2012. So, in theory, yes, COVID-19 could have been prevented, by curtailing those human-versus-nature transgressions in the first place.

AK : Historiquement, toutes les plus grandes pandémies étaient des zoonoses. Cela signifie qu'un agent pathogène naturel déjà présent chez les animaux, généralement chez les mammifères, a franchi cette démarcation entre le monde animal et le monde humain. La peste de Justinien et les pestes buboniques du Moyen Âge étaient des bacilles provenant de rongeurs. La pandémie de grippe de 1918, quant à elle, était virale, par recombinaison de plusieurs virus affectant des mammifères, transmis par le biais du bétail destiné à l'alimentation. Maintenant, avec le Covid-19, la différence est que la surpopulation humaine continue d'empiéter toujours plus sur les environnements naturels, provoquant le contact avec des animaux auparavant exotiques. C’est la leçon. Parmi les coronaviridés, plusieurs maladies étroitement apparentées trouvées chez les chauves-souris peuvent provoquer des maladies humaines. Le SRAS-CoV-2, l'agent pathogène responsable du Covid, est encore une fois génétiquement très similaire. Et il y avait eu des avertissements antérieurs et récents, sous la forme d'épidémies de SRAS-1 et de MERS, en 2003 et en 2012. Donc, en théorie, oui, le Covid-19 aurait pu être évité, en premier lieu en réduisant ces transgressions des humains envers la nature.

KR : Il y a eu des spéculations laissant entendre que le nouveau coronavirus aurait été créé ou modifié en laboratoire. Est-ce possible ?

AK: Good question, actually. That’s what many people still want to know. SARS-CoV-2 definitely was not created de novo in a laboratory, that is not possible. So instead, let’s look at the more realistic possibility of deliberate genetic modification. Evidence found by mapping the DNA sequences and phylogeny makes that also very unlikely. The novel nucleotide inserts, found in the spike protein domains of SARS-CoV-2 coronavirus, are not something genetic engineers would logically do, in gain-of-function experimentation. Now, that doesn’t rule out the scenario of a naturally occurring strain, with features of clinical interest, having been isolated in a lab, then escaping. If that were so, history will tell that tale soon enough. What matters is that, in any case, prevention of future epidemics will depend on environmental responsibility. New viruses will continually emerge in nature.

AK : Bonne question. Beaucoup de gens veulent toujours connaître la réponse. Le SRAS-CoV-2 n'a certainement pas été créé à partir de rien dans un laboratoire, c'est impossible. Examinons donc plutôt la possibilité plus réaliste d’une modification génétique délibérée. Les preuves trouvées en cartographiant les séquences d’ADN et la phylogénie rendent cela également très improbable. Les nouveaux inserts nucléotidiques, trouvés dans les spicules du coronavirus SRAS-CoV-2, ne sont pas quelque chose que les ingénieurs génétiques feraient logiquement, au cours d'expériences portant sur des mutations de type gain de fonction [en] [Mutation qui induit une nouveauté ou une augmentation dans le fonctionnement d'une protéine, ndlt]. Maintenant, cela n’exclut pas le scénario d’une souche naturelle avec des caractéristiques d’intérêt clinique qui, ayant été isolée dans un laboratoire, se serait échappée. Si cela s'est passé ainsi, on le saura assez tôt. Ce qui compte, c'est que, dans tous les cas, la prévention des futures épidémies dépendra de la responsabilité environnementale. Il faut savoir que de nouveaux virus émergeront dans la nature de manière continuelle.

KR : Certains habitats naturels disparaissent, car ils sont consommés et dégradés par les humains. Est-ce que le ralentissement provoqué par la pandémie nous donne plus de temps pour reconsidérer ces activités ?

AK: Not necessarily, for example, deforestation in the Amazon basin in Brazil. The expectation was that lockdown would slow destruction of rainforests. Actually the opposite is the case, a sharp increase in deforestation by clearance of land beginning around April of this year as seen by direct observation and in satellite imagery. There’s a double-edged effect. First, Brazilian government choosing not to enforce environmental law, and even giving an amnesty for illegal logging. Next, tycoons whose legal businesses became unprofitable in lockdown turning their attention to the Amazon. The people directly cutting rainforest trees are impoverished laborers in a shifting, informal economy who know it’s illegal, often feel remorse, but have few other options for subsistence. Besides losing carbon dioxide sequestration, more intense fire seasons will result. And the loss of biodiversity is analogous, or synonymous, with the wildlife conservation question.

AK : Pas nécessairement. La déforestation dans le bassin amazonien au Brésil en est un exemple. On s'attendait à ce que le confinement ralentisse la destruction des forêts tropicales. Au contraire, comme le montrent l'observation directe et l'imagerie satellitaire, il y a eu une forte augmentation de la déforestation par défrichement des terres à partir d'avril 2020. Il y a un effet à double tranchant. Premièrement, le gouvernement brésilien a choisi de ne pas appliquer la loi environnementale et a même accordé une amnistie pour l'exploitation forestière illégale. Ensuite, les magnats dont les activités légales sont devenues non rentables, se sont tournés vers l'Amazonie. Les personnes qui abattent directement les arbres de la forêt tropicale sont des ouvriers pauvres vivant dans une économie informelle, changeante, qui savent que c'est illégal, et qui éprouvent souvent des remords, mais ont peu d'autres options de subsistance. Outre la perte de séquestration du dioxyde de carbone, des saisons d'incendie plus intenses en résulteront. Et la perte de biodiversité est analogue ou synonyme de la question de la conservation de la faune.

KR : Depuis le confinement, il y a eu une amélioration de la qualité de l'air dans le monde entier. Comment pouvons-nous en tirer profit ?

AK: That aspect has been most remarkable to the most people, since smog occurs over dense urban areas. If suddenly, skies are more blue, and citizens breathe more freely, they realize a more healthy and sustainable life is within reach. COVID lockdowns were the largest restriction of population movement in human history. And that curtailed industrial and other sources of pollutants, particulates, and greenhouse gases. Global carbon dioxide emissions in 2020 will have had the largest annual percentage decrease since the Second World War, the effect is gigantic. Some major cities, such as Milan and Brussels, do intend to reclaim urban spaces from automotive traffic. And there’s an unprecedented baseline from which to estimate what it would be like without combustion vehicles. Compliance would otherwise be low, so yes, jurisdictions will take this opportunity to push through measures for improved air quality.

AK : Cet aspect en a surpris plus d'un, car le smog se produit dans les zones urbaines denses, et un ciel soudainement plus bleu et une respiration plus libre donne aux citoyens l'espoir d'un avenir plus sain et durable. Le confinement dû au Covid-19 a été la plus grande restriction des mouvements de population dans l'histoire de l'humanité, et cela a réduit les sources industrielles et autres sources de polluants, de particules et de gaz à effet de serre. Le pourcentage de diminution des émissions mondiales annuelles de C02 en 2020 n'a jamais été aussi élevé depuis la Seconde Guerre mondiale. L'effet est gigantesque ! Des grandes villes, comme Milan et Bruxelles, ont l'intention de réaménager les espaces urbains auparavant réservés au trafic automobile. De plus, il existe une base de référence sans précédent à partir de laquelle on peut imaginer une vie sans véhicules à combustion. La conformité serait autrement faible, donc oui, les juridictions saisiront cette occasion pour faire adopter des mesures visant à améliorer la qualité de l'air.

KR : Enfin, quels défis liés au changement climatique allons-nous rencontrer dans un monde post-Covid ? Comment pouvons-nous relever ces défis au mieux ?

AK: Well, thank you, and to all our Global Voices authors, for having taken such a comprehensive overview of the issues. In the short term, diplomacy on climate change policy has been somewhat interrupted by COVID. As for the economics, many gigawatts of renewably sourced electricity, which would have gone online in 2020, have been delayed in deployment. That said, the United States is expected, for the first time, to produce more electricity from renewables than from coal. Renewable energy can stimulate economic growth in the recovery from recession, in any nation. Especially as its production is decentralized. In science, the intense work on deciphering coronavirus genomics, epidemiology, and vaccines, has given more urgency and openness to international cooperation than ever before. That same model will be needed for climate change mitigation. So, there you have it. Thanks for the forethought in these questions and coverage, and in your foresight for the future.

AK : Eh bien, merci à vous, ainsi qu'à tous nos auteurs de Global Voices, pour cet aperçu très complet des enjeux. À court terme, la diplomatie autour des politiques liées au changement climatique a été quelque peu interrompue par le Covid-19. En ce qui concerne l'économie, de nombreux gigawatts d'électricité d'origine renouvelable, qui auraient été mis en circulation en 2020, ont été retardés dans leur déploiement. Cela dit, les États-Unis devraient, pour la première fois, produire plus d'électricité à partir d'énergies renouvelables qu'à partir du charbon. Les énergies renouvelables peuvent stimuler la croissance économique lors d'une reprise après récession, dans n'importe quel pays. D'autant que sa production est décentralisée. Dans le domaine scientifique, le travail intense sur le déchiffrement de la génomique, de l’épidémiologie et des vaccins du coronavirus a plus que jamais produit un sentiment d'urgence et une ouverture à la coopération internationale. Ce même modèle sera nécessaire pour l'atténuation du changement climatique. Alors, voilà. Merci pour votre prévoyance sur ces questions, [qui se ressent] dans vos reportages, ainsi que dans votre clairvoyance sur l'avenir.

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