De nouveaux éléments de preuve démontrent que la police hongkongaise a aidé la Chine à arrêter 12 militants en cavale

8 activistes protestant contre l'arrestation des 12 jeunes. Ils portent tous un masque de protection faciale et tiennent des banderoles et panneaux.

Le 8 octobre, des militants ont protesté devant le siège du “Government Flying Service” (GFS, département de support aérien de la région autonome de Hong Kong). Photographie postée par Joshua Wong sur son profil Facebook.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Des registres de vol et de nouvelles sources documentaires provenant du « Government Flying Service » (GFS) de Hong Kong suggèrent que la police locale aurait traqué 12 militants en fuite jusqu'à leur arrestation par les gardes-côtes de Chine continentale, le 23 août.

La police de Hong Kong avait précédemment nié avoir eu connaissance du plan d'évasion des militants vers Taïwan, par bateau à moteur, et a indiqué que cette arrestation n'avait été portée à sa connaissance que le 28 août, après notification par les autorités de la Chine continentale.

Cependant, des éléments de preuve, exposés cette semaine, laissent à penser que les autorités de Hong Kong étaient informées du plan, et ont peut-être facilité l'opération d'arrestation menée par les autorités de Chine continentale.

Âgés entre 16 et 30 ans, les 12 militants avaient été précédemment accusés de crimes à Hong Kong, allant de l'agression d'un agent de police à l'incendie criminel en passant par l'émeute et la collusion avec des forces étrangères, dans le cadre de leurs actions de mobilisation en 2019.

Ces crimes sont passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison, en cas d'émeute, ou de l'emprisonnement à perpétuité en cas de collusion avec des forces étrangères, en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Alors qu'ils étaient en liberté sous caution, les douze militants ont cherché à fuir Hong Kong en vedette rapide vers Taïwan, pour y demander l'asile. Ils ont été appréhendés par les garde-côtes chinois et accusés de franchissement illégal de la frontière. Ils sont maintenant détenus à Shenzhen.

Depuis leur arrestation, les 12 prisonniers ont été mis au secret et les avocats, mandatés par leurs familles, se sont vus refuser des visites.

Depuis l'arrestation, des militants hongkongais examinent les enregistrements radar des bateaux voisins ainsi que d'autres informations disponibles, permettant de vérifier si le hors-bord a bien été capturé dans les eaux chinoises. Si le contraire était prouvé, l'arrestation serait jugée illégale.

Cette semaine, Apple Daily News a recueilli des informations grâce à une application de suivi des vols appelée Flightware. Ces informations indiquent qu'un avion gouvernemental B-LVB a suivi la vedette rapide des militants, le 23 août, jusqu'à ce qu'ils atteignent les eaux de Hong Kong.

Joshua Wong, militant et membre du groupe de pression « Save HK 12 youth » (Sauvons les 12 jeunes de Hong Kong), a diffusé la nouvelle sur Twitter :

Flash spécial par @appledaily_hk : La vedette de 12 jeunes Hongkongais aurait été pistée par l'avion gouvernemental de Hong Hong, avant sa capture. Les membres des familles suspectent que le gouvernement de Hong Kong a coopéré avec la Chine et a aidé les flics chinois à arrêter les 12 demandeurs d'asile, après l'identification de leur itinéraire de fuite.
— Joshua Wong 黃之鋒 😷 (@joshuawongcf) October 5, 2020

[description vidéo]
Reportage vidéo, en chinois, expliquant et donnant les preuves de l'implication de la Chine dans l'arrestation des 12 jeunes militants hongkongais. La vidéo est sous titrée en anglais.

Le département de support aérien de la région autonome de Hong Kong (GFS) a refusé de commenter l'évènement. Le 6 octobre, Carrie Lam, cheffe de l'exécutif, a réaffirmé que le gouvernement de Hong Kong n'avait joué aucun rôle dans l'arrestation des 12 jeunes.

Deux jours après la publication de l'article d’Apple Daily News, « Save HK 12 youth » a obtenu les carnets de vol de l'avion B-LVB, attestant de sa participation à une opération GFS, le 23 août :

Un document interne a révélé que les forces de police de Hong Kong ont pris part à l'opération GFS, le 23 août au matin. Le Registre du gouvernement a effacé les coordonnées de l'ensemble de l'unité opérationnelle du GFS de son répertoire téléphonique.
— save12hkyouths (@save12hkyouths) October 8, 2020

[description image]
Document interne appartenant au gouvernement de Hong Kong. On peut lire en anglais le détail de l'opération ayant conduit à l'arrestation des militants hongkongais.

Joshua Wong a souligné que la mission était estampillée « P-OPS », une abréviation de l'expression « opérations de police » :

2.2/ L'enregistrement de la mission a coïncidé avec celui de la vedette rapide ;

2.3/ l'unité d'hélicoptères, généralement déployée pour des opérations de lutte contre la contrebande ou contre les immigrants illégaux, a été laissée sans surveillance ;

2.4/ Le programme de vol indiquait “P-OPS” (opérations de police) – surveillance aérienne dirigée par la police.
— Joshua Wong 黃之鋒 😷 (@joshuawongcf) October 8, 2020

[description image]
Gros plan sur le document détaillant l'opération, sur un fond bleu. On y voit le code : “P-OPS”.

Le 8 octobre, le comité de soutien ainsi que les familles des militants ont tenu une manifestation devant le GFS, exigeant une véritable explication concernant la mission aérienne effectuée le 23 août :

Protestation des familles des 12 détenus à Shenzhen, devant le siège du département de support aérien du gouvernement ; familles rapidement encerclées par la police
— Kris Cheng (@krislc) October 8, 2020

[description image]
L'image montre la police entourant les manifestants. On distingue en arrière-plan les manifestants et on voit une majorité de policiers, les encerclant.

La multiplication des preuves a conduit de plus en plus de Hongkongais à penser que la police avait facilité la détention des 12 militants par la Chine, pays où leurs chances de bénéficier d'un procès équitable sont faibles :

Il est clair que le gouvernement hongkongais connaissait les détails de cet évènement, mais ils nous mentent aujourd'hui. Il semblerait que la police de Hong Kong ait planifié, avec les autorités du Parti communiste chinois, l'enlèvement des 12 jeunes de Hong Kong. Ceci est absolument grotesque. S'il vous plaît “venons au secours des 12 jeunes hongkongais” 🙌🏻
— 懷疑人生嘅六角恐龍 (@lalAgayauah9753) October 8, 2020

[description image]
Photographie de Hong Kong, éclairée, prise de nuit. Sur les hauteurs, il y a un panneau lumineux avec les mots “Save 12” (” Sauvons les 12 jeunes “). Au-dessus de ce panneau, on distingue la lune plutôt brillante.

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