Indignation à Hong Kong, alors que deux universitaires de Chine continentale sont nommés vice-présidents d'une université

Photographies de deux hommes chinois en costume-cravate, superposées sur le mur de l'université de Hong Kong. Sur ce mur figure, en lettres de couleur noire, le nom de cette université à la fois, en chinois et en anglais. Un logo jaune, de l'Université de Tsing Hua, apparaît au centre des deux photographies.

Image extraite du site de Stand News, reproduction avec autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

Le Conseil d'administration de l'Université de Hong Kong (HKU) a validé la nomination de Max Shen Zuojun et de Gong Peng en tant que vice-présidents, respectivement, de la recherche et du développement académique, portant ainsi un nouveau coup à la liberté universitaire de Hong Kong.

Tous deux occupent des postes à l'Université Tsinghua de Pékin et à l'université de Californie (UC, University of California) de Berkeley. Leur nomination est perçue par les étudiants et les groupes d'anciens élèves de HKU comme une “prise de contrôle” de la première université de l'île par le Parti communiste chinois (PCC).

Une polémique a éclaté après la découverte par les médias hongkongais de pages des sites web officiels de Tsinghua, révélant que Max Shen Zuojun a été élu, en 2014 et 2017, membre du comité du PCC au sein du département d'ingénierie industrielle de l'université.

Toutefois, son nom n'apparaît plus dans les versions actualisées des pages respectives. En effet, d'après les expertises web menées par l'ancien directeur du Centre de journalisme et d'études des médias de HKU, Ying Chan, les pages ont été remaniées après la publication de la nouvelle de sa nomination à HKU, en fin de semaine dernière. Google-cache (cache web) a sauvegardé les versions précédentes des pages, a déclaré Ying Chan, dans un article publié sur la plateforme web de blog Medium.

Lors d'une déclaration, Max Shen Zuojun a indiqué qu'il travaillait à temps plein au sein de l'UC Berkeley depuis 2004, et qu'il ne consacrait que “quelques semaines par an à Tsinghua”. Il a ajouté qu'il ne faisait pas partie du Parti communiste chinois et que la confusion provenait d'une négligence de la part du webmaster dudit site.

De son côté, Gong Peng fait face, depuis 2010, à des accusations [zh], principalement véhiculées par des sites web chinois à l'étranger, selon lesquelles il aurait aidé la fille de l'ancien ministre chinois des Sciences et Technologies, Xu Guanhua, à se faire admettre dans un programme de doctorat au département des sciences, de la politique et de la gestion de l'environnement de l'Université de Berkeley en 1999. Gong Peng nie [pdf] ces accusations.

L'association des anciens de HKU a souligné que Zhang Xiang, vice-chancelier de HKU, responsable du recrutement sur les deux postes, avait croisé le chemin des vice-présidents nouvellement nommés : Zhang Xiang et Max Shen Zuojun ont tous deux fréquenté l'université de Nanjing, et tous trois ont travaillé à l'UC Berkeley à peu près à la même époque.

Les liens entre les trois hommes sont perçus, selon les détracteurs hongkongais du régime de Pékin, comme une forme de “clientélisme” dans le choix des nominations.

Les universités de Chine continentale sont tenues, depuis 2018, de s'engager à être loyales envers le PCC, certaines ayant dû modifier leur charte pour accueillir des membres du PCC parmi leur personnel administratif et au sein de leurs conseils d'administration.

Lorsque Zhang Xiang est devenu vice-chancelier de l'Université de Hong Kong en 2018, le corps étudiant, ainsi que les communautés d'anciens élèves, ont fait part de leurs inquiétudes de voir ce professeur, né sur le continent, interférer avec la liberté universitaire de l'institution.

Leurs doutes s'avèrent justifiés. En juillet 2020, le professeur de droit Benny Tai, qui est titulaire à HKU, a été licencié par le conseil d'administration pour son implication dans les manifestations pro-démocratiques de 2014, et ce, malgré les objections de son département et du sénat de l'université.

Jeppe Mulich, maître de conférence en histoire politique basé à Londres, a relevé sur Twitter, lors du limogeage de Benny Tai :

La procédure de licenciement est en cours depuis quelque temps, et rappelle que les libertés académiques ont été compromises bien avant la loi sur la sécurité nationale. Aujourd'hui, cependant, les attaques contre les universités sont bien réelles, comme l'a illustré la déclaration de LO [Lo Kin-hei, ancien étudiant de HKU et vice-président du Parti démocratique] hier soir.
– Jeppe Mulich (@jmulich) 29 juillet 2020

[description image]
L'image montre Lo Kin-hei s'exprimant à un micro, entouré de 4 autres personnes. Des journalistes lui tendent plusieurs micros. Le logo du journal The Guardian est visible en bas à droite.

Plus tôt ce mois-ci, l'Université de Hong Kong, défiant les protestations des membres de la faculté et du conseil universitaire, n'a pas reconduit le contrat du chef de la santé publique, Keiji Fukuda, par ailleurs conseiller à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et responsable des recherches de l'université sur l'épidemie du COVID-19.

Selon des sources anonymes du journal pro-démocratie Apple Daily News, Zhang Xiang serait à l'origine du licenciement de Keiji Fukuda :

Le grand spécialiste des pandémies, Keiji Fukuda (福田敬二), cessera de diriger l'école de santé publique de HKU, après que le président de l'université, Zhang Xiang, a opposé son veto au renouvellement de son contrat, indique la source.
— Apple Daily HK 蘋果日報 (@appledaily_hk) October 8, 2020

[description image]
L'image montre Keiji Fukuda, en train de discuter. Il porte des lunettes et un costume sans cravate. Il se tient dans une pièce très éclairée, avec en arrière plan, son titre et fonctions : en anglais, SCHOOL OF PUBLIC HEALTH THE UNIVERSITY OF HONG KONG, écrit en noir, collé au logo de l'université. L'inscription est suivie de caractères en chinois. Et, en dessous, écrit en bleu, il est expliqué qu'il est responsable des recherches de l'université sur le COVID-19.

Suite aux nominations de Max Shen Zuojun et Gong Peng, un sit-in de protestation, réclamant un réexamen, s'est tenu au sein de l'Université de Hong Kong le 27 octobre :

Le syndicat étudiant de l'Université de Hong Kong a eu recours, mardi, à un sit-in de protestation impromptu, devant le bâtiment où le conseil d'administration de l'université se réunissait pour débattre, semble-t-il, de la nomination de deux universitaires de l'université de Tsinghua.
— RTHK English News (@rthk_enews) October 27, 2020

[description image]
L'image montre de jeunes étudiants portant tous un masque de protection faciale, assis devant le bâtiment de la bibliothèque universitaire. Ils portent tous le même t-shirt noir avec des inscriptions en caractères chinois de couleur jaune, et tiennent un papier avec des revendications écrites en chinois.

Cette action a néanmoins été vaine. En effet, selon une déclaration du président du Conseil, Arthur Li, tous les membres du Conseil, à l'exception du représentant des étudiants, se sont prononcés en faveur des deux nominations. Frances Sit, de la chaîne publique RTHK (Radio Television Hong Kong, unique société d'audiovisuel public de Hong Kong), a tweeté :

Déclaration d'Arthur Li, président du Conseil de HKU : les 2 professeurs se sont efforcés de clarifier leur position, y compris une déclaration de Max Shen Zuojun certifiant ne pas être un membre du PCC ni d'un comité du parti. Les questions sensibles ont été clarifiées de manière satisfaisante et les allégations se sont avérées non fondées.
— Frances Sit (@frances_sit) October 27, 2020

Lo Kin-hei, ancien étudiant de HKU et vice-président du Parti démocratique, a exprimé sa frustration au sujet des nominations sur Twitter :

- Le plus triste pour HKU, c'est qu'il n'y a pas de force en interne pour arrêter ou retarder ces [nominations]. Je ne m'attendais pas à ce que la chute soit si totale.
– 1er commandement pour les membres du PCC – vous pouvez nier que vous êtes membre du PCC.
– Max Shen Zuojun doit être membre du comité du parti du PCC. Finies les “erreurs du site web” et les conneries ! Putain de merde !
— LO Kin-hei 羅健熙 (@lokinhei) October 27, 2020

[description image]
L'image est la photographie d'un homme chinois. Il porte un costume cravate. La photo est prise à l'extérieur, et est accompagnée d'une petite biographie. Le terme “American Chinese” (sino-americain) est surligné en vert.

Fergus Leung, conseiller de district et actuellement étudiant à HKU, a déclaré :

4/ Et maintenant, ils nomment des professeurs étroitement liés au régime autoritaire du PCC, pour reprendre la recherche et le développement universitaire de notre université. Cela marquera la fin de la liberté académique et de l'autonomie institutionnelle de l'Université de Hong Kong.
— 梁晃維 Fergus Leung (@FergusLeung) October 27, 2020

Ces derniers mois, plusieurs universités de Hong Kong ont licencié des universitaires pro-démocratie. Lokman Tsiu, professeur adjoint à l'Université chinoise de Hong Kong, fait partie de ceux dont les contrats ont été rompus. Il a tweeté une liste d'autres professeurs d'université se trouvant dans une situation similaire, et dont les licenciements ont été jugés très controversés par l'opinion publique :

* benny tai, professeur de droit, université de HK, licencié malgré son poste de titulaire (juillet 2020)
* shiu ka-chun, service social, hkbu (Hong Kong Baptist University, université baptiste de Hong Kong), contrat non renouvelé (juillet 2020)
* ip lam chong, études culturelles, université de lingnan, titularisation refusée en dépit du soutien du ministère (juillet 2020)
à suivre ?
— lokman tsui 😷 (@lokmantsui) October 7, 2020

Aux yeux du militant Joshua Wong, les nominations de HKU marquent une nouvelle ère dans le milieu universitaire de Hong Kong :

[Une nouvelle ère dans le milieu universitaire de HK sous une direction affiliée au PCC]
1. Malgré la polémique, le conseil de HKU, nommé pour la plupart par une Carrie Lam pro-Beijing, a approuvé 2 professeurs chinois, dont un, Max Shen Zuojun, a été cité 3 fois par Tsinghua comme “membre du comité du parti”
— Joshua Wong 黃之鋒 😷 (@joshuawongcf) October 27, 2020

[description image]
L'image montre un groupe de jeunes étudiants hongkongais, debout les mains levées en l'air, et tenant des feuilles de papier sur lesquelles on peut lire des inscriptions en caractères chinois. Ils portent tous un masque de protection faciale, presque tous le même t-shirt noir avec une inscription en chinois. Un homme se distingue par son costume cravate. Ils sont face à des journalistes, des caméras et micro sont visibles. Le logo du quotidien South China Morning Post est visible en bas sur la gauche de l'image.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français

Non merci, je veux accéder au site