Lutte contre la désinformation et vérification des faits pendant la campagne électorale au Myanmar

Capture d'écran de la page d'accueil du site internet de vérification d'informations “Real or not”.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais.

La vérification des faits est un processus basique de contrôle qui consiste à exposer la désinformation. Elle est importante pour le Myanmar dans la mesure où les violences intercommunautaires visant les groupes ethniques minoritaires ces dernières années ont été partiellement imputées [fr] à l'utilisation de plateformes de réseaux sociaux pour diffuser des discours de haine et de fausses informations.

Depuis, des entreprises technologiques comme Facebook se sont engagées [fr] à adopter des mesures pour endiguer la désinformation. En août, Facebook a annoncé une série de mesures inaugurées en préparation des élections du 8 novembre au Myanmar, telles que le retrait de « fausses informations vérifiables et de rumeurs invérifiables qui sont évaluées comme ayant le potentiel d'entraver le vote ou d'endommager l'intégrité du processus électoral » ; l'utilisation de l'intelligence artificielle afin d'identifier des discours de haine dans 45 langues, dont le birman ; l'instauration d'un nombre limite de cinq partages pour chaque message puisque cela se révèle être « une méthode avérée pour ralentir la circulation d'informations virales erronées » ; un partenariat avec trois équipes de vérification des faits dans le pays.

À part Facebook, de nombreux groupes ont initié des opérations de vérification des faits pendant la période de campagne électorale.

Global Voices a interrogé Thet Min, contrôleur de faits pour le site internet de vérification d'informations« Real or not », à propos des efforts entrepris pour exposer la désinformation au Myanmar et y mettre fin. « Real or not » est un projet de l'Organisme des TIC pour le Développement du Myanmar (MIDO).

L’équipe de contrôle des faits de MIDO est guidée [my] par les trois questions suivantes dans l'exécution de leur mission :

1. Relevance: why does this story need to be verified?
2. Methodology: how is this story verified?
3. Real or Not: what are the facts based on the evidence we found?

1. Pertinence : pourquoi cet article doit-il être vérifié ?
2. Méthodologie : comment cet article est-il vérifié ?
3. Vrai ou non : quels sont les faits, selon les preuves que nous avons pu collecter ?

MIDO et son équipe de vérification de faits échangent également avec des utilisateurs par le biais d'une boîte de dialogue Messenger.

Pour vérifier du contenu viral signalé comme erronné, « Real or not » utilise des sources officielles du gouvernement et des publications parues dans les médias dominants. Si nécessaire, ils entrent directement en contact avec les parties concernées avant d'achever leur compte rendu. Thet Min ajoute à propos de leur travail :

As our fact-checking team policy, we focus on the most viral content on social media which can have negative impacts towards the social, political situation in the country.

Notre stratégie d'équipe de vérification de faits veut que nous nous focalisions sur le contenu le plus viral présent sur les réseaux sociaux, qui pourrait avoir des impacts négatifs sur la situation sociale et politique du pays.

Thet Min insiste sur l'importance de la mission exécutée par son équipe en vue des prochaines élections :

False information can change people's voting choice at election time.

Une fausse information peut changer la décision de vote du peuple au moment de l'élection.

L'un des rapports publiés par l'équipe concerne le média Radio Free Myanmar, dont le logo est similaire à celui du site d'informations Radio Free Asia, et qui a également été signalé pour la publication de fausses informations relatives aux élections.

About [two weeks] ago, we discovered a fake news website that publishes about 10 false news items a day. The fake news website imitates the logo of Radio Free Asia and attacks the NLD [National League for Democracy] Party, ethnic armed groups, civil society groups and the media including fact-checkers, with false information.

Il y a environ deux semaines, nous avons découvert un site internet de fausses informations qui publie quotidiennement 10 articles contenant des informations mensongères. Le site de désinformation imite le logo de Radio Free Asia et attaque le NLD [Ligue nationale pour la démocratie], les groupes armés ethniques, les groupes de la société civile et les médias, y compris les vérificateurs de faits, en utilisant de fausses informations.

Le NLD est le parti au pouvoir au Myanmar, qui a vaincu un parti soutenu par l'armée aux élections législatives de 2015. Le NLD ne cesse d'être la cible de désinformation provenant de sources apparemment liées à l'armée.

Néanmoins, le gouvernement dirigé par le NLD est lui-même accusé de bloquer plus de 200 sites internet [fr] pour limiter la désinformation, alors que la liste compte des médias réalisés par et pour les minorités ethniques, et qui proposent une couverture autonome dans des régions excentrées. Le site web « Justice for Myanmar » qui expose la corruption militaire a également été fermé [fr] pour avoir prétendument diffusé des rumeurs.

Thet Min a partagé certains des défis rencontrés aujourd'hui par son équipe :

One of the main difficulties for us is having access from different stakeholders, particularly the government. In Myanmar, since some ethnic areas are in armed conflict situations, mis/dis information that came up into the form of propaganda and dangerous speech in the issues of conflicts are prominent. So it is difficult for the news media to obtain accurate information on those areas as they cannot get the evidence and voice from the people. For fact-checkers, it is hard for us to fact check most of the news from those areas. We can’t know the exact situation including numerical facts.

L'une de nos difficultés majeures est l'accès aux différentes parties prenantes, particulièrement le gouvernement. Au Myanmar, puisque certaines régions sont en proie à des situations de conflits armés, on voit couramment circuler de mauvaises ou fausses informations qui naissent sous la forme de propagande et de discours dangereux relatifs à aux problèmes que soulèvent ces conflits. Il est alors complexe pour les médias d'obtenir des informations exactes sur ces régions puisqu'ils ne peuvent se procurer ni preuves ni témoignages de la part de la population. En tant que vérificateurs de faits, il nous est difficile de contrôler la plupart des informations provenant de ces zones. Nous ne sommes pas en mesure de connaître la situation exacte, y compris les données numériques.

Le Myanmar a plus d'une centaine de groupes ethniques dont certains sont engagés dans des conflits armés avec le gouvernement national. Le conflit dans certains districts de Rakhine, dans l'ouest du pays, a donné lieu à une perturbation d'internet depuis juin 2019. La commission électorale du gouvernement a également annoncé l'annulation des élections dans les zones sensibles, ce qui pourrait priver de leurs droits plus d'un million de votants.

Thet Min a donné ce conseil aux utilisateurs d'internet du Myanmar :

People are sensitive during the election period. We want voters not to be biased in reading the news, whatever political parties they support. Voters might share false news about political parties that they don’t like without checking and verifying. Disinformation can damage our society.

Les gens sont sensibles durant cette période électorale. Nous voulons que les électeurs ne soient pas biaisés dans leur lecture des actualités, quels que soit les partis politiques qu'ils soutiennent. Les votants pourraient partager des informations erronées sur des partis politiques qu'ils n'apprécient pas sans les contrôler et les vérifier. La désinformation peut porter atteinte à notre société.

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