Le trio hongkongais pro-démocratie garde la tête haute face à une peine de prison imminente

Plan moyen de 3 jeunes personnes, d'origine asiatique. Il y a deux jeunes hommes et une jeune femme. Les 2 hommes portent des lunettes et un masque noir de protection faciale. Celui du milieu est vêtu d'une veste beige marron claire et d'un t-shirt noir. Le 2ème homme porte une chemise bleue. La jeune femme, aux cheveux bruns clairs, est vêtu d'un chemisier blanc et d'un gilet bleu clair. Elle porte un masque de protection faciale blanc. Ils se tiennent devant un bâtiment judiciaire, avec une inscription en chinois et en anglais, de couleur grise. La photographie est prise de jour et à l'extérieur. Le logo HKFP apparaît en bas à gauche.

Agnes Chow, Ivan Lam et Joshua Wong. Image fournie par HKFP, reproduite avec autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Le 23 novembre, les militants pro-démocratie de Hong Kong, Joshua Wong, Agnes Chow et Ivan Lam ont été placés en détention préventive, après avoir plaidé coupable à des accusations d'incitation et d'organisation d'une manifestation illégale, en juin 2019.

Le rassemblement en question s'est déroulé au début du mouvement contre l'extradition vers la Chine, alors que les manifestations étaient largement pacifiques. L'accusation est assortie d'une peine maximale de cinq ans de prison. Un tribunal doit rendre son verdict le 2 décembre.

Le trio d'anciens membres du parti politique Demosisto désormais dissous, doit répondre à un certain nombre de charges différentes. En outre, Joshua Wong, tout comme 23 autres militants, est également poursuivi [zh] pour sa participation à la veillée aux chandelles célébrée, cette année, en hommage aux victimes de la place Tienanmen ; un rassemblement, lui aussi, jugé illégal par les autorités. Joshua Wong a été libéré sous caution.

Agnes Chow a été interpellée le 10 août pour « incitation à la sécession » en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Elle a également été libérée sous caution.

Un décompte datant du 28 octobre 2020 estime à plus de 10 000 le nombre de personnes appréhendées [zh] à Hong Kong en lien avec les manifestations anti-extradition, lesquelles ont duré un an. 2 285 personnes ont été condamnées, dont 691 pour émeutes et 403 pour avoir pris part à un rassemblement illégal.

L'accusation de rassemblement illégal repose sur le décret sur l'ordre public de Hong Kong, qui stipule la nécessité pour les organisateurs de signaler à la police, avec au moins sept jours de préavis, les manifestations de plus de 30 personnes. Par ailleurs, les organisateurs doivent se procurer un « avis de non-objection » auprès des autorités, avant de lancer toute manifestation. La loi a été dénoncée par l'ONG internationale Human Rights Watch car elle impose une « restriction excessive » concernant les droits de réunion.

Par le passé, le ministère de la Justice de Hong Kong s'est abstenu de recourir à cette loi dans les poursuites contre les manifestants. Cette situation a changé en 2014, lorsque des manifestations pro-démocratiques massives ont éclaté. En 2017, les figures de proue de ces manifestations, Benny Tai et Chan Kin-man, ont été condamnés à 16 mois de prison en vertu de ce décret.

Joshua Wong figurait également parmi les personnes traduites en justice, en lien avec les manifestations de 2014. En 2019, il a été condamné, avec 19 autres personnes, à deux mois de prison pour « outrage à la cour », pour avoir manqué de se conformer à l'ordre du tribunal de nettoyer le camp de protestation d'Umbrella, à Mong Kok, cinq ans plus tôt. La remise en liberté de Joshua Wong, en juin 2019, a coïncidé précisément avec le début des manifestations contre l'extradition.

De jeunes vies dévouées aux actions militantes

Ivan Lam [zh] et Joshua Wong se sont connus à l'école primaire. En 2011, à 16 et 14 ans respectivement, ils ont formé le groupe d'étudiants militants, Scholarism, avec pour objectif déclaré de réformer le cursus scolaire contre « l'éducation patriotique ».

Agnes Chow a rejoint Scholarism en 2012, date à laquelle le groupe a conduit une vaste manifestation contre l'introduction de l'éducation civique en primaire. Le mouvement Scholarism a gagné en importance et est devenu une organisation clé dans les manifestations pro-démocratiques de 2014.

À ses 18 ans, Ivan Lam a été victime de persécutions et de sanctions plus sévères que ses collègues militants. En 2017, il a été condamné à 13 mois de prison après avoir pris part à une manifestation contre un plan de développement dans les nouveaux territoires du nord-est.

Après les manifestations de 2014, le mouvement Scholarism est devenu le parti politique Demosisto. Ce parti a proposé la candidature de Nathan Law au Conseil législatif, lors des élections de 2016. À l'âge de 23 ans à l'époque, Nathan Law est devenu le plus jeune membre élu de l'assemblée législative de Hong Kong.

Cependant, Nathan Law a fini par être exclu [fr], suite à une décision exceptionnelle du Comité permanent du Congrès national du peuple (CNP) de Pékin (NPCSC), qui ciblait un certain nombre de législateurs pro-démocratie. Lorsque Agnes Chow a tenté de se présenter sous la bannière du parti Demosisto pour occuper le siège vacant de Nathan Law, lors d'une élection partielle en 2018, elle a, elle aussi, été écartée.

Le parti Demosisto a été dissous le 30 juin, la veille de l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale. Nathan Law a depuis quitté Hong Kong pour Londres, où il continue de mener des opérations de sensibilisation à l'échelle internationale.

Agnes Chow, Joshua Wong et Ivan Lam ont longtemps été considérés comme les symboles de la génération de militants hongkongais ayant atteint l'âge de la maturité après la rétrocession de l'île à la Chine en 1997. Ainsi, leur procès récapitule les attaques portées par Pékin aux rêves de démocratie et de liberté de Hong Kong. Comme l'a déclaré Agnes Chow, devant le tribunal le 23 novembre dernier :

周庭:「社會的未來被奪去,我的未來都一樣被奪去」

[Zhou Ting :] L'avenir de la société est compromis, tout comme le mien.

社会の未来を奪われた同時に、私たちの未来も奪われてしまう#LibérezAgnes #JoshuaWong #AgnesChow #ZhouTing [translittération moderne du nom chinois d'Agnes Chow, ndlt.]
(Photographie par SI, sous licence CC BY 4.0)
— Studio Incendo (@studioincendo) November 23, 2020

[description image]
L'image montre, au premier plan, une jeune femme avec les cheveux bruns clairs, au vent. Elle est vêtue d'un chemisier blanc et d'un gilet de couleur beige clair. Elle porte un masque de protection faciale blanc. Derrière elle, on distingue de nombreux photographes et cameramen. En arrière plan, se profilent de grands immeubles, et quelques arbres.

Joshua Wong a également tweeté avant sa comparution devant le tribunal :

10/ Les cages peuvent emprisonner nos corps mais jamais nos âmes inébranlables. Un jour, notre esprit invincible réapparaîtra et nous fera nous rassembler à nouveau.
— Joshua Wong 黃之鋒 😷 (@joshuawongcf) November 22, 2020

[description image]
L'image montre un jeune homme, de dos, sur une plage. Il est habillé d'une tenue estudiantine typiquement portée lors d'une cérémonie de remise des diplômes, composée d'une toge noire à bande verte et d'un chapeau carré. Il fait face à l'océan. En arrière plan, un pont gigantesque, et un peu plus loin des îles sont visibles. Des bouées sont sur l'océan. Sur la gauche, au fond de l'image, on distingue le début d'une montagne.

De nombreuses autres personnes ont réagi sur Twitter :

La jeunesse et les étudiants hongkongais ont pratiquement tout sacrifié pour combattre la tyrannie et défendre les libertés de Hong Kong. Leur futur repose sur le futur de Hong Kong, et la population de Hong Kong ne renoncera jamais. Nous espérons que tous les pays épris de liberté aideront Hong Kong à sanctionner et éliminer le Parti communiste chinois (PCC), et à délivrer Hong Kong.
— ALL4ONE_reborn (@All4oneReborn) November 24, 2020

Les Hongkongais saluent sincèrement votre courage et votre persévérance, depuis votre participation aux manifestations contre l'éducation civique, en 2012. Même si vous rsiquez d'être condamné à une peine d'emprisonnement demain, vous continuez néanmoins vos efforts pour faire avancer nos revendications.

Nous vous remercions @joshuawongcf
— Sin Long Yin Ryan 冼朗然 (@sinlongyinryan) November 22, 2020

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Sur fond orange, l'image montre le dessin de 8 personnages. Des femmes et des hommes se tiennent la main. En haut à droite, on peut lire en anglais, NOW! (Maintenant !). Tous lèvent le bras en l'air. Derrière eux, sont dessinés les pétales d'une fleur, en blanc. En dessous, au milieu de l'image, figurent des hashtags en anglais : #FridaysForFreedom (Les vendredis pour la liberté) et #FreeHongKong (Libérez HongKong).

Ils s'appellent AgnesChow @chowtingagnes, Joshua Wong @joshuawongcf et Ivan Lam. Ils ont été arrêtés en raison de leur amour pour Hong Kong et de leur combat pour la liberté. Leurs sacrifices et leur calvaire constituent notre obligation de #StandWithHongKong (Soutenir Hong Kong) ❤
— Arno Berg 😷 (@arnohb112) November 23, 2020

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