Démission en masse des journalistes d'une chaîne de télévision hongkongaise suite au licenciement de 40 collègues

L'image montre une 15ne de personnes, d'origine asiatique. La majorité est constituée de jeunes femmes, portant un masque de protection faciale. Tous regardent face caméra. Ils se trouvent dans une pièce éclairée. En haut sur la gauche, on distingue le logo Standnews, avec une écriture en chinois et en anglais.

Plusieurs journalistes ont présenté leur lettre de démission en signe de protestation contre le licenciement massif du personnel de rédaction de la chaîne i-Cable. Photographie fournie par Stand News, reproduite avec autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Le 1er décembre, une douzaine de journalistes ont démissionné de la société Cable TV Hong Kong (Hong Kong Cable Television Limited), l'une des principales chaînes de télévision par abonnement de la ville de Hong Kong. Ce geste de protestation intervient après que la société audiovisuelle a remercié 40 responsables et secrétaires de rédaction, une décision qui est ressentie comme une forme de répression politique.

Ces licenciements concernent notamment le responsable du bureau Chine et toute l'équipe du magazine primé News Lancet. La chaîne a évoqué des motifs financiers pour expliquer ce licenciement, allégation que le personnel de la rédaction réfute.

Depuis, l'ensemble du bureau Chine, composé de 12 personnes, a remis sa démission en signe de protestation, ainsi que les directeurs des services international et finance, et le chef d'édition.

Aussi connue sous le nom de i-Cable, Cable TV Hong Kong est une chaîne de télévision qui propose des reportages d'investigation de haute qualité sur Hong Kong et le continent. Lors de l'épidémie de COVID-19 à Wuhan, la chaîne était le seul média hongkongais à disposer de correspondants dans la ville. La rédaction a également été récompensée pour sa couverture des manifestations anti-extradition en 2019-2020.

Le magazine News Lancet a enquêté sur divers incidents de violence policière survenus lors des manifestations, notamment l’attaque de la foule dans le métro de Yuen Long, le 21 juillet de l'année dernière. L’épisode le plus récent [zh] de l'émission, diffusé le 24 novembre, s'est focalisé sur des sondages d'opinion discutables réalisés par des cabinets d'étude favorables à Pékin. L'une de ces agences a reconnu avoir utilisé WeChat, une plateforme de médias sociaux largement boycottée par les Hongkongais pro-démocratie, afin de recueillir des réactions.

Les licenciements ont été soudains et ont pris effet immédiatement – les personnes licenciées ont été priées de quitter les locaux le jour même. En état de choc, les membres de l'équipe se sont réunis devant le bureau du directeur des programmes pour exiger une explication. @galileocheng a publié des photos de ce moment :

@icablenews licencie 40 membres du service de presse. Le personnel négocie désormais avec les cadres.(photographie communiquée)
— Galileo Cheng (@galileocheng) December 1, 2020

[description image]
L'image est composée de 3 plans. Sur le 1er : plusieurs personnes, avec masques de protection faciale, se trouvent dans un couloir et sont toutes tournées vers une salle, déjà remplie de personnes. Sur le 2e : une salle sans fenêtre avec des tables et des sièges. 3 hommes en costume cravate, avec masque de protection faciale, sont présents. 3e plan : intérieur de la rédaction. On distingue plusieurs personnes, masquées, debout. Il y a des bureaux, des sièges et des ordinateurs. Tous regardent dans la même direction.

Au nombre des personnes licenciées figure Wong Lai-ping, ex-rédactrice en chef adjointe du bureau Chine. Lors d'une interview radiophonique, diffusée le 2 décembre [zh], elle a rejeté l'affirmation de la direction selon laquelle cette décision était motivée par des difficultés financières, rappelant qu'en août, le directeur exécutif de l'époque, Fung Tak-hung, avait été licencié et remplacé par quatre nouveaux directeurs.

竟然會炒咗一個馮德雄換四個人返嚟?呢四個人人工點低,你都唔會抵得上一個馮德雄啦?

Renvoyer un Fung Tak-Hung et récupérer quatre cadres supérieurs ? Ces quatre types ne sont pas aussi performants que Fung Tak-hung, vous ne pouvez même pas les comparer ?

Wong Lai-ping a indiqué que la nouvelle direction formulait souvent des demandes éditoriales, comme par exemple la retransmission en direct de la conférence de presse régulière du ministre des Affaires étrangères chinois, ou la modification des titres. Selon Wong Lai-ping, l'équipe de rédaction a refusé de se plier à ces demandes.

L'Association des journalistes de Hong Kong a commenté ces licenciements :

Given the [New Lancet] team’s coverage of the police and the administration, it’s difficult not to see this as minimising sensitive reporting in the name of cost-cutting.

Compte tenu de la teneur de la couverture médiatique produite par la rédaction du News Lancet, qui se concentre sur la police et sur l'administration, comment ne pas y voir un moyen de limiter les reportages sensibles au nom de la réduction des budgets.

La correspondante de l'AFP à Hong Kong, @XinqiSu, a tweeté :

Avec la disparition du magazine News Lancet et celle, imminente, de iCable China News, les dernières émissions télévisées diffusant des reportages d'investigation sur l'actualité à Hong Kong se résument désormais à :
RTHK – HK Connection (réalisateur poursuivi en justice)
NOW TV – Now Report (seulement 4 ans d'existence)
TVB – News Magazine & Sunday Report (plus informatif qu'investigatif)
— Xinqi Su 蘇昕琪 (@XinqiSu) December 1, 2020

Les caricatures et les mèmes dénonçant les licenciements ont été largement partagés :

Les licenciements sont de toute évidence politiques. Les journalistes et toute l'équipe avaient l'habitude de couvrir la corruption et les mensonges de la Chine. Le parti communiste chinois ne souhaite pas que les gens apprennent la vérité, et le licenciement transforme i-Cable TV en une de ces machines de propagande chinoise.
— 日常放空 (@reallyr58683722) December 2, 2020

[description image]
Caricature d'un journaliste, apeuré, dans son bureau. Il est assis devant un écran d'ordinateur et des feuilles de papier, avec une corbeille remplie de papier, sur le côté du bureau. Au mur, un cadre apparaît avec l'inscription : CHINA'S PRESS (La presse chinoise), et une fenêtre cachée, sous des stores descendus. Le journaliste écrit sous la houlette d'un homme au visage plutôt méchant, perché derrière lui sur une chaise en hauteur, et tenant le crayon du journaliste par le biais d'un volant de voiture.

Copyright : 阿塗 誰最怕刺針#政治打壓 #新聞刺針 #專業打壓 #有線電視 #新聞自主 #新聞自由 #染紅 #文宣 #Soutenez Hong Kong
— 自動文宣人偶📢Art de contestation de Hong Kong📺 (@AutoProtestDoll) December 2, 2020

[description image]
Une bande-dessinée constitué de 4 plans. On distingue 2 personnages. L'un, en rouge avec des yeux en forme d'étoile jaune, est vêtu d'un costume cravate. L'autre est de couleur jaune et porte un costume militaire. Le personnage en rouge montre des signes de nervosité, avec un visage de plus en plus craintif. Le personnage en jaune gonfle un ballon rouge qui, au fil des plans, grossit jusqu'à manger la dernière image. Des bulles de conversation sont visibles, en chinois.
Copyright : Ah To (dessinateur de BD), Qui a peur de Lancet ?

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français

Non merci, je veux accéder au site