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Hong Kong : persécution des dissidents politiques avec le gel de leurs comptes bancaires

Catégories: Asie de l'Est, Chine, Hong Kong (Chine), Cyber-activisme, Droit, Droits humains, Economie et entreprises, Médias citoyens
Sur un fond noir, l'image montre, en gros plan, le logo noir de la banque HSB(C) au côté du symbole communiste rouge, la faucille et le marteau. Le C de HSBC est mangé par le symbole du parti communiste. En dessous, il est écrit : « A member of the Communist Party of China » (Adhérent au Parti communiste chinois). [1]

La campagne de boycott de HSBC a été largement relayée sur les réseaux sociaux.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

La loi de sécurité nationale récemment entrée en vigueur à Hong Kong a habilité la police de sécurité à geler les comptes bancaires des suspects [2], au cours d'une enquête, sapant ainsi la confiance de la population envers le système bancaire.

Ces derniers mois, plusieurs cas ont révélé que les banques sont utilisées comme des armes par la police de sécurité nationale dans le but de sévir contre les militants et les ONG pro-démocratie.

En effet, l'affaire la plus controversée est celle du gel des comptes bancaires du législateur hongkongais en exil, Ted Hui et des membres de sa famille.

Ancien législateur pro-démocratie, Ted Hui a déclaré son statut d'exilé lors d'une visite au Danemark dans le cadre d'une conférence, le 3 décembre, après que sa famille a également quitté Hong Kong. Deux jours plus tard, le 5 décembre, Ted Hui a déclaré [3] que son compte bancaire, et ceux d'au moins cinq membres de sa famille, avaient été gelés sans aucune explication par plusieurs banques, dont HSBC.

La banque HSBC a bloqué les comptes de Ted Hui, cet ancien législateur en exil, ainsi que ceux des membres de sa famille. HSBC facilite la persécution politique perpétrée par le Parti communiste chinois (PCC), mettant en danger les dissidents politiques et, chose choquante, leurs familles. Le gouvernement britannique se doit d'agir en ne tolérant aucune collusion avec l'autocratie.
— Nathan Law 羅冠聰 😷 (@nathanlawkc) December 5, 2020

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L'image montre en gros plan le visage de Ted Hui, portant un masque de protection faciale. Il est interviewé par un reporter tv. Le jeune homme porte une chemise blanche et un sac à dos. Il se trouve dans un aéroport, tres éclairé.

Les agissements du géant bancaire ont déclenché un tollé général, car les membres de la famille de Ted Hui n'étaient pas connus pour avoir violé une quelconque loi sur la sécurité nationale. Les opposants ont estimé [6] que les banques avaient agi sur des motifs politiques et non juridiques. La banque a débloqué brièvement les comptes de Ted Hui et de sa famille le lendemain, puis les a rebloqués le 7 décembre, après que la police de Hong Kong a publié une déclaration publique, reprochant à Ted Hui une collusion avec des forces étrangères et l'utilisation des comptes bancaires de sa famille à des fins de blanchiment d'argent.

Timothy McLaughlin, journaliste indépendant, a ainsi résumé les allégations de la police de hongkongaise à l'encontre de Ted Hui :

“Steve Li (commissaire principal du département de la sécurité nationale de la police) a expliqué que les appels de certaines personnes à solliciter le soutien de la communauté internationale étaient des actes de collaboration avec des forces étrangères, ce qui constitue un crime en vertu de la loi sur la sécurité nationale, imposée par Pékin à Hong Kong, le 30 juin.”
— Timothy McLaughlin (@TMclaughlin3) December 7, 2020

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L'image montre un homme asiatique, d'âge moyen, devant plusieurs micros de journalistes. Il est en costume cravate et porte un masque de protection faciale et des lunettes. Il a un badge accroché sur le côté gauche de sa veste et fait face caméra.

Ted Hui était initialement inculpé pour neuf infractions [9] [zh] comprenant la perturbation de réunions du Conseil législatif, la participation à des manifestations illégales et la suppression de photos des téléphones portables du personnel du Conseil législatif. Aucune de ces accusations n'était reliée aux délits énumérés dans la loi sur la sécurité nationale et au blanchiment d'argent, jusqu'à ce que Ted Hui dévoile son statut d'exilé.

De nouvelles allégations émanant de la police font état d'une campagne de financement communautaire en vue de collecter des fonds pour engager des poursuites judiciaires contre un chauffeur de taxi qui s'était engagé au milieu d'une foule de manifestants, et un policier ayant tiré à bout portant sur un manifestant, lors des manifestations anti-extradition de l'année dernière. La campagne de financement communautaire était en fait gérée par [10] un cabinet d'avocats [10] sans aucun lien ni avec Ted Hui, ni avec des membres de sa famille. Ted Hui a blâmé la police [11] [zh] sur Facebook :

This is clearly the regime’s attempt to take political revenge via economic oppression, and to use collective punishment to oppress my family to persecute dissenting voices.

De toute évidence, le régime cherche à se venger politiquement, par la voie de l'oppression économique, et à recourir à la punition collective contre ma famille pour faire taire les voix dissidentes.

Toutefois, dans le cadre des dispositions relatives à la sécurité nationale, la police a le pouvoir de geler des comptes bancaires lors d'une enquête sans ordonnance judiciaire, sans qu'il n'existe de voie de recours permettant aux personnes concernées de faire appel de ces mesures.

En dépit des préoccupations exprimées par l'opinion publique au sujet de cet exercice arbitraire du pouvoir par la police de la sécurité nationale, le gouvernement de Hong Kong a refusé de répondre aux questions [12] évoquant la possibilité que la confiance du public envers le système bancaire de Hong Kong, une place financière mondiale, soit atteinte, si la police est en mesure d'exiger la suspension des comptes bancaires.

Le dernier cas en date porte sur la suspension des comptes bancaires détenus par l'église Good Neighbour du district nord, ainsi que des comptes personnels du pasteur de l'église, Roy Chan, et de son épouse. Karen Tse, utilisatrice de Twitter, a relaté les faits qui avaient été rendus publics :

Le compte bancaire HSBC ouvert par l'église Good Neighbour du district nord a été verrouillé, sans notification préalable ni justification. Les comptes personnels du pasteur Roy Chan et de son épouse ont également été bloqués. Roy Chan est le responsable du groupe Protect the Children (Protégeons les enfants).
Photo: FB/NYT
— Karen Tse (@ktse852) December 7, 2020

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L'image est composée de 3 plans. Le 1er : à coté de plusieurs caractères en chinois, apparaît le logo de la banque HSBC. Un texte écrit en rouge est aussi visible : « The Church account has been frozen by HSBC » (Le compte de l'Église a été gelé par HSBC), et en caractères plus gros : « We demand immediate restoration » (Nous exigeons sa réactivation immédiate). Le 2ème plan est un long texte écrit en anglais condamnant cette suspension et demandant la restauration du compte bancaire de l'église du district nord de Good Neighbour). Le dernier plan montre des hommes vêtus de gilets jaunes, casqués et portant des masques à gaz. En tout premier plan, un homme, en plan américain, se tient sans masque et porte un iphone accroché sur son bras gauche. Il a une main posée dessus, il porte des écouteurs à son oreille droite. Il regarde droit devant lui. Derrière eux, on distingue des personnes, en marche, avec des masques de protection faciale et des parapluies.

Cette église a été fondée en 2014 et a obtenu le statut d'organisation caritative en 2016. Depuis sa création, elle propose des refuges aux sans-abri. L'église a qualifié [15] [zh] la suspension du compte unique de l'église comme un « acte de représailles politiques » :

This is no doubt an act of political retaliation. In the past year, our group “Safeguard Our Generation” mainly comprised of middle-aged and elderly volunteers was determined to offer humanitarian aid to protestors at the frontline…

C'est incontestablement un acte de représailles politiques. L'année dernière, notre groupe « Protégeons notre génération » (« Safeguard Our Generation »), essentiellement composé de bénévoles d'âge moyen et de personnes âgées, était résolu à offrir une aide humanitaire aux manifestants sur le front…

L'église a exhorté le groupe HSBC à débloquer son unique compte bancaire, faute de quoi leur service aux sans-abri serait immédiatement suspendu.

De plus en plus de voix, sur les réseaux sociaux de Hong Kong, se servent du hashtag #boycottHSBC comme moyen d'exprimer leur défiance envers le grand groupe bancaire.

Quand l'avidité financière l'emporte sur les valeurs humaines fondamentales. #BoycottHSBC
— Laurent Clark (@Laurent_Clarkk) December 6, 2020

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Sur un fond blanc, l'image montre le logo noir de la banque HSB(C), le C étant stylisé pour former le symbole communiste rouge, la faucille et le marteau. Tout à côté, le logo de la banque, HSBC, est dessiné avec du sang rouge qui coule… En dessous, on peut lire : « A member of the Communist Party of China » (Un membre du Parti communiste chinois).

Soyons à la hauteur
#boycottezHSBC #sanctionnezHSBC
— Arne Melsom (@melsom62) December 5, 2020

Ainsi, au mois d'août, HSBC a procédé au gel des comptes bancaires personnels [22] de Jimmy Lai, fondateur de l’Apple Daily, et d'autres cadres supérieurs de la société mère du populaire journal Next Digital, en raison de leurs arrestations liées à la sécurité nationale, à la fraude et à d'autres infractions présumées.

En juin 2020, préalablement à la promulgation de la loi sur la sécurité nationale, l'Association des banques de Hong Kong a fait une déclaration de soutien à la législation, affirmant que la loi favoriserait un environnement commercial stable. Les géants bancaires mondiaux HSBC et Standard Chartered lui ont emboîté le pas et ont publié leurs propres déclarations de soutien [23].