Myanmar : la situation au premier jour du coup d'État

L'image montre une route sur laquelle on distingue des militaires avec masque facial. Ils sont positionnés au milieu de la route. Une voiture et un cyclomotoriste sont à l'arrêt, sur le côté droit de l'image. En arrière plan, on peut voir un véhicule militaire. Le logo RFA (Radio Free Asia), sur un fond vert, est visible en bas sur la droite de l'image. La scène se passe en journée, au soleil.

Des soldats dans la capitale birmane, Naypyitaw. Photographie de Radio Free Asia (station de radio privée financée par le Congrès des États-Unis). Copyright © 1998-2020, RFA. Utilisée avec l'autorisation de Radio Free Asia, 2025 M St. NW, Suite 300, Washington DC 20036. https://www.rfa.org.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.

Les députés nouvellement élus au Parlement du Myanmar (anciennement Birmanie), devaient se réunir le 1er février afin de désigner le président et le vice-président du pays. À la place, les militaires ont pris le pouvoir, imposé l'état d'urgence pendant un an et arrêté les principaux dirigeants de la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Aux élections législatives de novembre 2020, la LND a remporté [fr] 396 sièges au Parlement alors que le Parti de l'Union, de la solidarité et du développement (USDP, Union Solidarity and Development Party), soutenu par l'armée, n'a décroché que 33 sièges. La LND a également battu l'USDP lors des élections de 2015.

Depuis ce scrutin, les militaires contestent les résultats obtenus, arguant de prétendues irrégularités massives dans les listes électorales. De leur côté, les responsables électoraux ont rejeté les allégations des militaires.

D'après les reportages d'actualités, l'armée s'est engagée à organiser de nouvelles élections, après la mise en œuvre effective de réformes électorales.

Pour de nombreux Birmans, le coup d'État a réveillé les souvenirs de l'époque de la junte qui avait pris fin en 2010.  Après plusieurs décennies de régime militaire, des réformes politiques avaient mené au rétablissement partiel du régime civil. En dépit de la défaite électorale de l'USDP en 2015, l'armée a maintenu son influence au sein du Parlement et des autres branches du gouvernement, conformément à la Constitution de 2008, élaborée par l'armée.

Les reportages sur les activités militaires dans la capitale étaient diffusés sur les réseaux sociaux, au petit matin du 1er février, jusqu'à ce que le réseau téléphonique et les chaînes de télévision soient soudainement interrompus.

Ma télévision maintenant. Les chaînes internationales et, bien sûr, les chaînes publiques ont été coupées. La BBC ne marche plus non plus.
— Winnie Thaw 🥲🥸 (@ThawWinnie) February 1, 2021

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L'image, sur 4 plans, montre un écran de télévision avec l'affichage de la mire, des barres de couleurs, indiquant une coupure de signal.

Dès le matin du coup d'État, un médecin, Møe Thìt, a posté sur Facebook les informations suivantes :

We, Myanmar citizens need the world to know what's happening in Myanmar right now before our wifis are cut off.

They already cut off TVs broadcasting lines, phone services in order to prevent us reaching to the world.

Nous, citoyens du Myanmar, voulons informer le monde de ce qui se passe en ce moment ici, au Myanmar, avant que nos connections wifi ne soient interrompues.

Ils ont déjà coupé les les chaînes de télévision, les services téléphoniques pour nous empêcher de communiquer avec le monde.

Ce n'est qu'après le rétablissement des liaisons de communications à midi, que le reste de la population apprenait l'arrestation des dirigeants de la LND. Au nombre des personnes ainsi interpellées figurent la conseillère d'État du pays, Daw Aung San Suu Kyi [fr] et le président U Win Myint.

Les troupes de l'armée et de la police ont été déployées dans les espaces publics :

Des soldats birmans montent la garde dans la capitale Naypyidaw, après que l'armée a renversé Aung San Suu Kyi lors d'un coup d'État militaire.
— Matthew Tostevin (@TostevinM) February 1, 2021

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L'image montre 3 camions militaires, un char et des soldats, placés devant une rangée de plots de couleur orange. Ces plots barrent la route à toute circulation, tel un point de contrôle (check point).

Des soldats birmans déployés devant la mairie de Yangon, après le coup d'État militaire et l'arrestation d'Aung San Suu Kyi.
— Matthew Tostevin (@TostevinM) February 1, 2021

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L'image montre, sur un 1er plan serré, des soldats, armés, en poste devant la mairie de Yangon. Un 2e plan montre la façade de la mairie.

De longues files d'attente se sont formées sur les marchés et devant les banques des grandes villes. Les banques ont été contraintes de suspendre leurs activités en raison de la perturbation des réseaux de communication.

De nombreuses personnes attendent aux guichets automatiques à Yangon, affolées par le coup d'État de l'armée au Myanmar. Photographie de Khit Thit Media (média indépendant).
— Wa Lone (@walone4) February 1, 2021

On a vu des gens faire le plein de vivres en ville. Voici une foule achetant du riz sous une bannière déclarant son soutien à Aung San Suu Kyi.
— Andrew Nachemson (@ANachemson) February 1, 2021

Outre les dirigeants de la LND, des militants et autres opposants aux forces armées auraient également été incarcérés :

Le cinéaste Min Htin Ko Ko Gyi a été arrêté par l'armée à 3h30 du matin, à son domicile de Yangon. Ainsi, ils ne se limitent pas aux figures politiques. Ils alpaguent toutes les grandes figures critiques. Celui-ci avait été emprisonné récemment pour des critiques à l'encontre de l'armée.
— Rangoon (@Rangoon_Film) February 1, 2021

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L'image est un plan moyen sur le cinéaste, Min Htin Ko Ko Gyi. Moustache fine, il porte des lunettes et regarde droit devant la caméra. Il est vêtu d'un blouson noir et d'une écharpe. Il se tient près d'une fenêtre et a les bras croisés.

Des utilisateurs de réseaux sociaux ont publié les images des partisans de l'armée brandissant des drapeaux dans les rues :

Des partisans de l'armée défilent aujourd'hui dans la ville de Yangon.
— Andrew Nachemson (@ANachemson) February 1, 2021

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Vidéo de 8 secondes montrant, de jour, le défilé de plusieurs camions militaires circulant sur la route, arborant le drapeau birman. On entend un klaxon.

Global Voices a contacté plusieurs travailleurs expatriés au Myanmar, lesquels ont fait part des observations suivantes sur la situation :

Today at around 6am electricity was cut off. Telephone and internet are not accessible. Myanmar people did not expect this will happen. Military said last Saturday they will not stage a coup. People are worried. But since communication lines are off, they do not know of development yet.

Aujourd'hui, vers 6 heures du matin, l'électricité a été coupée. Le téléphone et internet ne sont plus accessibles. La population birmane ne s'attendait pas à faire face à une telle situation. Les militaires ont déclaré, samedi dernier, qu'ils ne fomenteraient pas de coup d'État. Les gens sont inquiets. Cependant, les communications étant coupées, ils ne sont pas encore tout à fait informés des derniers évènements.

Une autre personne expatriée a relaté son expérience :

People are disheartened by the news and mostly sharing information about each other’s whereabouts and safety measures. We have all seen this coming but it’s surreal when it actually happens.

Communication networks are back since around 12 pm in my area. I’m used to disrupted signal so it was not a complete shock, though such a long blackout is unusual.

La population est décontenancée par les nouvelles et les gens partagent surtout des informations sur les déplacements et les mesures de sécurité des uns et des autres. Nous l'avons tous vu venir mais c'est surréaliste quand cela se produit réellement.

Les réseaux de communication sont rétablis depuis midi dans ma région. J'ai l'habitude des perturbations de réseau, ce n'est donc pas un véritable choc, même si une panne aussi longue est rare.

Certains résidents étrangers espèrent être évacués prochainement, mais certains, comme Annie Zaman, membre de la communauté Global Voices établie à Yangon, ont souligné le fait que l'évacuation n'est pas toujours chose facile :

À présent, nous examinons la question ci-après : « Comment assurer l'évacuation de nos animaux de compagnie ? »Nous ne pouvons pas laisser nos chatons derrière nous 😭😭😭
— Annie Zaman အန်နီ (@Natrani) February 1, 2021

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Plan de la carte d'une partie du Myanmar, avec deux villes surlignées d'un point rouge, Pye et Rangoun. Plan tiré de l'application de cartographie en ligne développée par Apple, Apple Plans, dont le logo est visible en bas sur la gauche.

Il n'y a eu aucun signalement de violence dans les rues, néanmoins un journaliste a apparemment été attaqué par un partisan des nationalistes bouddhistes, entretenant des liens étroits avec l'armée.

Thinzar Shunlei Yi a synthétisé le ressenti de beaucoup de militants :

I condemn the coup and on going rataliations using armed power. Our generations have suffered through hardship all our lives since 1962 military coup and its so dissapointing to see history repeats now.

However, Democracy we witnessed over these past 10 years was FAKE. And we were largely in illusions dreaming of federal democratic nation under military-drafted 2008 constitition. So I am saying all these fake democractic shows and dramas drafted by Military is now revealing its own true color.

Je condamne le coup d'État et les représailles en cours par le pouvoir militaire. Nos générations ont souffert toute leur vie de privations depuis le coup d'État militaire de 1962, et il est très frustrant de voir l'histoire se reproduire aujourd'hui.

Cependant, la démocratie observée au cours de ces dix dernières années était factice. Et nous nous bercions surtout d'illusions, rêvant à une nation démocratique fédérale sous la Constitution militaire de 2008. Ainsi, je pense que tous ces simulacres de démocratie et ces drames, élaborés par l'armée, dévoilent aujourd'hui leur véritable visage.

Le mouvement Justice For Myanmar (en français : Justice pour le Myanmar), une organisation de défense des droits humains qui a vu son site web censuré en 2020 pour la publication de documents exposant les transactions commerciales suspectes de l'armée, a identifié le général Min Aung Hlaing comme étant le principal bénéficiaire de ce coup d'État :

Justice For Myanmar notes he is due to retire in June 2021, which threatened his political power and the business interests of he and his family. Senior General Min Aung Hlaing has exploited his position as Commander-in-Chief for his personal gain, and today’s coup extends that power and privilege.

Le groupe Justice for Myanmar indique qu'il [Min Aung Hlaing] doit prendre sa retraite en juin 2021, mettant ainsi en péril son pouvoir politique et les intérêts commerciaux de sa famille ainsi que les siens. Le général Min Aung Hlaing a abusé de sa position de commandant en chef à des fins personnelles, et le coup d'État d'aujourd'hui renforce ce pouvoir et ce privilège.

Comme l'a fait remarquer un universitaire, la dernière chose dont a besoin le Myanmar aujourd'hui est un nouveau coup d'État :

Alors que chacun se penche sur la politique du Myanmar, veuillez aussi considérer ses populations pauvres. En 2020, la vie de dizaines de millions de personnes a basculé dans le chaos et le taux de pauvreté est passé de 16 à 60 %. Le Myanmar a un besoin urgent de vaccins et d'une reprise économique solidaire (pas d'un coup d'État !).
— Thant Myint-U (@thantmyintu) February 1, 2021

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