La Chine ferme son site de piratage le plus populaire : simple question de droits d'auteur ?

Les logos de plusieurs applications et plateformes, RRYS.TV, MAC OSX, Windows, TikTok, entre autres, sur un fond noir.

Extrait du portail vidéo yyets.com (Renren Yingish).

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en chinois.

Le 3 février dernier, les autorités policières de Shanghai ont perquisitionné [en] les bureaux de Renren Yingshi, un site web qui propose gratuitement des films et séries étrangers en streaming avec sous-titrage à 800 millions de membres. Quatorze personnes ont été appréhendées.

Les autorités ont décrit le site comme une « clique de pirates », arguant que ses administrateurs ont réalisé des bénéfices d'environ 16 millions de yuans chinois (2,5 millions de dollars américains) provenant de la publicité et des frais d'abonnement.

Certes, il est clair que le site a enfreint les droits d'auteur de nombreuses productions étrangères, mais certains internautes chinois se demandent si les mesures de répression ne seraient pas également dictées par la lutte idéologique, menée par le président chinois Xi Jinping, contre les « valeurs occidentales ».

Le site Renren a émergé en 2004 sous la forme d'une communauté en ligne visant les fans chinois de films et séries américains. Les membres partageaient des versions piratées des films et séries avec des sous-titres en chinois faits maison.

En 2006, la communauté était librement accessible, permettant à tout un chacun de télécharger des vidéos sous-titrées. En 2010, le Quotidien du Peuple [l'organe de presse officiel du Comité central du Parti communiste chinois] a salué le rôle de la communauté des traducteurs de Renren dans la diffusion de connaissances à l'ère numérique. En 2014, trois ans plus tard, au moment où l'autorité du président chinois Xi Jinping était pleinement établie, le site a été contraint de fermer.

Lors de sa réactivation en 2016, Renren a restreint son accès aux seuls membres inscrits. Au cours des dernières années, le site a aussi lancé une application de streaming en direct.

En janvier 2020, la police de Shanghai a diligenté une enquête sur le site en raison d'une « violation des droits des utilisateurs », laquelle a conduit les administrateurs du site à suspendre l'ensemble de leurs activités. Ils ont alors fait paraître un communiqué sur la page d'accueil précisant leur intention d'examiner l'ensemble du contenu afin de s'assurer de sa conformité avec la loi chinoise. Cette opération a nécessité environ trois mois puis le site a ensuite été réactivé.

Le mois dernier, les administrateurs ont procédé à un nouvel examen des contenus. Cependant, cette fois, ils n'ont pas échappé aux mesures répressives de la part de la police.

Ce qui a retenu l'attention des internautes est le rapprochement entre la police de Shanghai, l'Administration nationale du droit d'auteur de Chine, le ministère chinois de la Sécurité publique et l'Office national de lutte contre les publications pornographiques et illégales.

De nombreux internautes chinois se sont exprimés sur les réseaux sociaux pour défendre la communauté. Certains ont souligné que le soi-disant profit généré par la plateforme n'aurait pas pu suffire à assurer la maintenance du serveur ou à rémunérer les traducteurs à hauteur de quelque 400 yuans chinois environ (soit tout juste 62 dollars américains) par vidéo. Certains redoutent de ne plus avoir la possibilité de regarder les films étrangers faute de moyens pour se procurer un réseau privé virtuel (VPN, virtual private network), service essentiel pour les personnes qui cherchent à échapper à la « Grande muraille électronique ». Sans oublier le fait que depuis 2019, quelques internautes ont été sanctionnés [en] pour l'utilisation d'un VPN leur permettant l'accès à des sites étrangers.

En fait, Renren est loin d'être le seul site de ce genre en Chine dans la mesure où il n'existe pas beaucoup de plateformes légales permettant aux citoyens chinois de regarder des divertissements étrangers. Les films et les séries ne peuvent être officiellement distribués qu'après avoir été approuvés par les autorités de censure. Et les contenus politiquement sensibles ne sont pas les seuls à être bloqués : les scènes sexuelles ou violentes sont souvent elles aussi supprimées avant leur diffusion à la télévision ou dans les cinémas chinois.

Les réactions des internautes chinois se sont parfaitement exprimées dans un billet intitulé « Deuil de la communauté des traducteurs de sous-titrage Renren : nous ne sommes pas particulièrement fiers des infractions relatives aux droits d'auteur, en revanche, nous sommes scandalisés de ne pas pouvoir avoir accès aux œuvres protégées ». (悼人人字幕组:我们不以盗版为荣,但以看不到正版为耻). Le message a été diffusé sur WeChat et Weibo, avant de disparaître.

Yang Shiyang, son auteur, explique comment les millions d'utilisateurs considèrent Renren :

在美剧迷心中,人人字幕组是个神一般的存在,是符号、是偶像、是icon,某种程度上说,这家字幕组是一代美剧迷的启蒙,是他们让美剧真正进入了一代年轻人的生活,且从此变得不可分割,即便后来各种字幕组遍地开花,分工愈细,风格各异,但人人依旧以其快速优质的翻译被奉若神明。
所以,它每一次“遇难”都会在剧迷群体里引发巨大震动。

Parmi les passionnés de fictions américaines, la communauté des traducteurs de sous-titrage de Renren fait figure de dieu, elle est un symbole, une idole et une icône car cette communauté est au service de toute une génération, éprise de fictions américaines. Bien que des communautés de traduction semblables aient été constituées par la suite, Renren les supplante toutes en termes de rapidité et de qualité. C'est pourquoi, chaque fois que le site suspend ses activités, les internautes réagissent vivement.

Tout en admettant que le non-respect des droits d'auteur constitue une infraction, l'auteur explique les raisons qui contraignent les Chinois à y recourir :

明确地讲,盗版是错误的,为创作者和出品方付费天经地义,因为影视也是一种商品,但我们这里的问题在于这付费的正途不通。
如果说二十年前,中国的消费者还尚且没有足够的版权意识,那么现在,看看那些国内网站付费会员制的情况就会明白,无论意识层面还是消费能力层面,我们都已经没有问题,我们愿意给那些优质的娱乐内容付费,但我们举着钱无处可付。
谁能告诉我,我想看HBO、Netflix、Showtime、Hulu、amazon、AMC 、Apple+等等一系列最大众的流媒体内容,我该怎么办?墙伫立在我们面前,它巍峨坚固得让人绝望,但人类寻求精神满足的欲望与寻求肉身满足的欲望一样强烈且不可抵挡,所以,饥饿的人只能另寻门路,那些歪门邪道都是被逼无奈的选择。

Il est clair que le non-respect des droits d'auteur est inacceptable et que les auteurs et les éditeurs doivent être rémunérés en échange de leurs œuvres. Toutefois, notre difficulté réside dans le fait que nous ne disposons d'aucune plateforme de paiement.

Les consommateurs chinois étaient peu sensibilisés aux droits d'auteur il y a vingt ans. Aujourd'hui, il suffit de jeter un coup d'œil au foisonnement des sites offrant des contenus par abonnement, nous avons la volonté et la capacité de payer pour un divertissement de qualité. Mais nous ne disposons d'aucune plateforme de paiement.

Comment puis-je m'abonner ici à HBO, Netflix, Showtime, Hulu, Amazon, AMC, Apple, et j'en passe ? La « Grande muraille électronique » est sous nos yeux. Elle est très puissante et nous nous sentons complètement découragés. Néanmoins, ce désir de répondre à des besoins d'ordre spirituel est également fort et il ne peut être entravé. C'est pourquoi ces personnes recherchent une échappatoire pour étancher leur soif de connaissances et le piratage reste le choix des plus démunis.

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