Des vols acheminant quotidiennement des « fruits de mer » de Chine vers le Myanmar suscitent de multiples spéculations

L'image montre, de dos, une foule compacte, manifestant dans la rue. Elle fait face aux militaires, postés en arrière plan. On distingue aussi des véhicules militaires. Les manifestants brandissent des pancartes avec des revendications en anglais et en birman.

Extrait du reportage vidéo de HK Citizen News portant sur les manifestations au Myanmar contre le coup d'État militaire.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.

Cette semaine, la formule « fruits de mer » a connu un véritable engouement sur les réseaux sociaux, après que l'ambassade de Chine à Yangon a démenti que des vols quotidiens depuis la Chine fournissaient une assistance au gouvernement putschiste du Myanmar.

Selon diverses informations relatives à des vols de fret entre Kunming et Yangon, les militants pro-démocratie du Myanmar soupçonnent la Chine de dépêcher des experts et du matériel destinés à assister l'armée du Myanmar, laquelle a pris le contrôle du gouvernement civil du pays le 1er février. Une réponse sous forme de déclaration de la part de l'ambassade chinoise a affirmé que les avions ne transportaient que des fruits de mer, affirmation peu plausible pour beaucoup.

Des allégations non vérifiées quant au soutien de la Chine au coup d'État du Myanmar ont circulé début février, alors que tous les médias chinois affiliés à l'État utilisaient la formule « un remaniement ministériel majeur » pour désigner la prise de pouvoir militaire. Même si le gouvernement chinois n'a, jusqu'à présent, pris aucune position officielle, dans la mesure où la Chine a bloqué la condamnation de la junte par le Conseil de sécurité de l'ONU, beaucoup estiment que Pékin cautionne le coup d'État sur la base de considérations géopolitiques.

Des photographies représentant des cargaisons de « fruits de mer », arrivées tard dans la nuit à Yangon, sont devenues virales :

D'énormes cargaisons de fruits de mer ont été acheminées de Chine à Yangon !
— Nantigks (@nantigks) 11 février 2021

[description image]
Deux plans larges d'un avion sur le tarmac. Sur le 3e plan, vue intérieure de l'avion avec 4 personnes débarquant des caisses.

Kyaw Win, du Réseau birman des droits humains, a expliqué la portée de l'utilisation virale de la formule « fruits de mer ».

Bien que l'aéroport international de Yangon soit fermé, un vol suspect en provenance de la ville chinoise de Kunming à destination de Yangon est assuré plusieurs fois par jour. L'ambassadeur chinois a indiqué que ces vols acheminaient des fruits de mer en provenance de Chine pour le compte de l'ambassade. Nous avons donc modifié le nom de l'ambassade chinoise, le remplaçant par « foire aux fruits de mer ».
— Kyaw Win (@kyawwin78) 17 février 2021

[description image]
Carte de la région montrant la zone aéroportuaire et son activité aérienne entre la Chine et Myanmar. Des avions, de couleur jaune et un orange, survolent la région. Les villes principales (entre autres Yangon) sont pointées d'une épingle bleue.

Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré qu'il ignorait l'existence d'un quelconque dispositif impliquant l'envoi d'experts et de matériel vers Yangon.

Les citoyens du Myanmar se sont mis à protester devant l'ambassade de Chine, quelques jours après le coup d'État. Les internautes ont également introduit des hashtags tels que #ShameOnYouChina (Honte sur la Chine) et #ChinaHelpMilitaryCoupForOwnBenefit (La Chine appuie le coup d'État militaire dans son propre intérêt) sur les réseaux sociaux.

Un utilisateur de Twitter, @Ellen5461, a posté quelques clichés d'une manifestation montrant des slogans écrits en chinois, déclarant « Soutenez le Myanmar, refusez la dictature » :

Des citoyens du Myanmar manifestant contre le coup d'État militaire devant l'ambassade de Chine.

NOUS NE VOULONS PAS DE DICTATURE.
— Save Myanmar (@Ellen4561) 12 février 2021

[description image]
L'image en 4 plans montre, en plans serrés, des manifestants, avec masque de protection faciale, devant l'ambassade de Chine. Des banderoles avec inscriptions : « Is China supporting Myanmar Junta ? » (La Chine soutient-elle la junte du Myanmar ?), « Release Daw Aung San Su Kyi and U Win Myint » (Libérez Daw Aung San Su Kyi et U Win Myint) et « We don't want dictatorship » (Nous refusons la dictature). Sur le dernier plan, deux hommes se tiennent debout, devant l'entrée de l'ambassade de Chine, avec des pancartes : « Stop Helping Military Coup! » (Arrêtez d'aider le coup d'État militaire !) et « Support Myanmar. Don't support Dictators » (Aidez le Myanmar. Ne soutenez pas les dictateurs), en chinois, anglais et birman.

@Alicebrosel a publié une image d'un autre manifestant, en costume chinois, tenant une affiche sur laquelle on pouvait lire « La dictature militaire du Myanmar est une création chinoise » :

Manifestants aujourd'hui devant l'ambassade de Chine à Yangon, déguisés comme dans Justice Pao, célèbre série télévisée taïwanaise, pour exposer le désaccord de la population du Myanmar sur le soutien de la Chine à la junte birmane.
— Yu Mo Win (@Alicebrose1) 14 février 2021

[description image]
Plan d'un homme, assis dans la rue parmi d'autres manifestants, sous les traits du personnage Justice Pao. Cette série télévisée taïwanaise met en scène Bāo Zhěng, un juge de la Dynastie Song (dynastie qui a régné en Chine entre 960 et 1279), célèbre pour son intégrité et son respect des lois, et populaire dans les contes oraux chinois. Il tient une banderole avec l'inscription : « Myanmar Military Dictatorship is MADE IN CHINA » (La Dictature militaire du Myanmar est « made in China »).

Les citoyens du Myanmar expriment également leur inquiétude face à la mise en place d'un projet de loi sur la cybersécurité [fr] par le gouvernement militaire, projet qui habilite les autorités à verrouiller des sites web, à supprimer des contenus et à inculper des individus pour diffusion de fausses informations. Dans la mesure où la Chine est le meilleur expert mondial en matière de contrôle et de censure des activités sur internet, un grand nombre de citoyens estiment que ce pays contribue de manière décisive à la mise en œuvre du projet de loi.

L'utilisateur de Twitter @ruddy5702 a commenté :

⚠️ APPUI CHINOIS AU COUP D'ÉTAT MILITAIRE⚠️
Les militaires se préparent à promulguer une nouvelle loi sur la cybercriminalité en vue de contrôler les activités en ligne de la population. En fait, ils ne disposent pas des technologies et des outils nécessaires pour le faire, raison pour laquelle la Chine va prendre part à cette opération.
— Ruddy (@ruddy5702) 16 février 2021

[description 1ère image]
L'image montre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et Min Aung Hlaing, l’actuel chef de l’armée birmane. Ils se saluent du coude (geste barrière Covid). Ils se tiennent dans une spacieuse pièce lumineuse avec 3 grandes fenêtres et on distingue 2 drapeaux, l'un birman et l'autre chinois.

[description 2e image]
Plan serré sur une manifestante. Elle a le poing levé et les yeux fermés, expressifs. Sous son masque de protection faciale, elle paraît s'exprimer. Elle tient une affiche avec l'inscription « Free our leader » (Libérez notre leader). La 2ème image est un plan aérien d'une foule qui manifeste. On distingue des banderoles avec l'inscription « We don't accept military coup » (Nous refusons le coup d'État militaire). Sur la droite de l'image sont insérées 2 plans du Myanmar aux couleurs du drapeau national, avec l'inscription « Save Myanmar » (Sauvons le Myanmar). On lit en caractères jaune et en anglais, le titre « Justice is blind, Coup is crime, China is behind » (La justice est aveugle, le coup d'État est un crime, la Chine se cache derrière). Au bas de l'image, on lit « our night ain't safe anymore » (nous ne sommes plus en sécurité la nuit). Et, le terme « SAFE » est surligné dans un cadre rouge. Le 3e plan montre une personne levant les yeux fermés au ciel, avec un masque de protection faciale et un sac en bandoulière. Elle porte une affiche avec l'inscription « We need actions on military. We stand with u.s. » (Nous avons besoin de mesures concrètes à l'encontre des militaires. Nous soutenons les États-Unis.). Derrière elle, deux véhicules militaires sont visibles. En haut de l'image, sur la gauche, on lit « What is hapenning in Myanmar » (Ce qui se passe au Myanmar). Un large bandeau jaune apparaît au bas de l'image : « Free our elected leaders, We lost our democracy » (Libérez nos dirigeants élus, Nous avons perdu notre démocratie). Sur le dernier plan, on voit un jeune militaire armé. Il marche dans la rue avec un masque de protection faciale sous le menton. Deux gros titres apparaissent sur le côté droit de l'image : « Justice is blind, Coup is crime, China is behind » (La justice est aveugle, le coup d'État est un crime, la Chine se cache derrière), « Stop gunshots and violence » (Stop aux coups de feu et à la violence).

L'accès des citoyens du Myanmar au réseau internet a été régulièrement perturbé depuis le coup d'État. Cependant, à partir du 14 février, l'organisation de défense des droits numériques, NetBlocks, a signalé des interruptions quasi-totales des services internet entre 1h et 9h du matin :

⚠️ Confirmation : un arrêt quasi total de l'internet est en vigueur au Myanmar à partir de 1 heure du matin, heure locale ; les données en temps réel du réseau montrent que la connectivité nationale ne représente que 14 % des niveaux ordinaires suite à un blocage de l'information imposé par l'État ; incident en cours 📉
📰Background : https://t.co/Jgc20OBk27
— NetBlocks (@netblocks) 14 février 2021

On soupçonne également que les coupures de courant à répétition, observées dans le pays ces derniers jours, sont liées aux tests et à la mise en place de la version birmane de la « Grande muraille électronique ». Les difficultés de décodage de la langue rencontrées par certains internautes birmans ont aussi renforcé cette idée, comme le souligne l'utilisateur @blahbla69235153 :

Ici, monsieur, de nombreuses personnes se trouvent déjà confrontées à ce problème. Quand nous transmettons un message à MPT 7979 (opérateurs de téléphonie mobile) en anglais, ils répondent en anglais, alors que lorsque nous envoyons un message en birman, ils répliquent en chinois.
– hninayewai (@blahbla69235153) 16 février 2021

En proie aux critiques en provenance du Myanmar et du monde entier, l'ambassadeur de Pékin au Myanmar, Chen Hai, a démenti le fait que la Chine ait été « informée en amont du changement politique » et a déclaré que la situation actuelle ne correspondait « absolument pas à ce que la Chine souhaite voir ».

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français

Non merci, je veux accéder au site