Un journaliste zimbabwéen et deux figures de l'opposition emprisonnés pour avoir twitté sur les violences policières

Des personnes patientent devant un bus. Un policier contrôle un passager

Un officier de police vérifie le laissez-passer d'un banlieusard avant qu'il ne puisse monter à bord du bus. Depuis l'annonce du confinement lié au COVID-19, les Zimbabwéens doivent porter un laissez-passer qui prouve qu'ils sont des travailleurs essentiels. Bulawayo, Zimbabwe, 20 avril 2020. Image de KB Mpofu / ILO, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Le journaliste Hopewell Chin'ono et deux personnalités politiques de l'opposition, Job Sikhala et Fadzayi Mahere, ont été arrêtés les 8, 9 et 11 janvier respectivement pour avoir twitté sur les violences policières.

Chin'ono, Sikhala et Mahere ont publié des tweets sur l'incident qui s'est déroulé dans une station de taxi à Harare, la capitale, où un officier de police aurait « frappé un enfant à mort au cours d'une action visant à faire respecter la réglementation COVID-19 », tandis que la mère portait l'enfant sur son dos, selon un article publié dans le journal The East African

« Une vidéo de l'incident a fait le buzz. On y voit la mère en pleurs s'agrippant à l'officier de police qui aurait battu son bébé à mort », rapporte le journal Zimbabwe Observer.

Chin'ono et Mahere ont tous deux twitté sur leur calvaire au cours de leur arrestation :

Ils disent m'inculper pour déclaration mensongère après avoir twitté qu'un enfant aurait été battu à mort par un officier de police ! Ils m'emmènent au commissariat central de Harare.

Arrêtée. Ce régime ne viendra jamais à bout de ma détermination.

Nous avons besoin de nouveaux dirigeants. 🇿🇼

Sikhala a également alerté le public sur sa détention imminente :

Alerte Zimbabwe :

J'ai reçu des informations comme quoi le régime Mnangagwa veut m'arrêter aujourd'hui pour un délit dont je n'ai pas connaissance. Ils affirment que j'ai sapé l'autorité de la police en twittant sur l'enfant qu'ils auraient frappé. J'ai prévenu tout le monde.

La police a ensuite démenti les déclarations disant que le bébé avait été tué, soulignant que des examens médicaux avaient confirmé qu'il n'avait subi aucune blessure grave.

Les trois personnes interpellées ont toutes été accusées d'avoir publié ou communiqué des mensonges préjudiciables à l'État en contrevenant à la Section 31(a)(iii) du Code pénal qui dispose que :

Any person whether inside or outside Zimbabwe publishes or communicates to any other person a statement which is wholly or materially false…realizing there is a real risk or possibility of undermining public confidence in a law enforcement agency…or the Defense Forces of Zimbabwe…shall whether or not the publication or communication results in a consequence referred to (above), be guilty of publishing or communicating a false statement prejudicial to the state and liable to a fine…or imprisonment for a period not exceeding twenty years or both.

Toute personne qui, à l'intérieur ou à l'extérieur du Zimbabwe, publie ou communique à une quelconque autre personne une déclaration qui est entièrement ou matériellement fausse… qui réalise qu'il y a un véritable risque ou une possibilité d'affaiblir la confiance du public envers un organisme d'application de la loi… ou des Forces de défense du Zimbabwe… que la publication ou la communication entraine ou non une conséquence mentionnée au paragraphe (ci-dessus), sera reconnue coupable d'avoir publié ou communiqué une fausse déclaration préjudiciable à l'État et passible d'une amende… ou d'une peine maximale d'emprisonnement de 20 ans, ou les deux.

S'ils sont condamnés, ils encourent une peine de 20 ans d'emprisonnement.

Le 18 janvier, Fadzayi Mahere a été libérée sous caution par le magistrat de Harare, Trynos Utahwashe, après avoir passé sept jours en détention.

Le groupe de réflexion juridique Veritas affirme que le trio a été arrêté illégalement et que les accusations portées contre eux sont contraires à la constitution. La Section 3 de l'ancienne constitution (promulguée à l'indépendance en 1980) indiquait que « la constitution est la loi suprême du Zimbabwe, et toute loi contradictoire à la constitution sera nulle dans la mesure de cette incohérence ». La Section 2 (1) de la constitution actuelle, adoptée par référendum le 16 mars 2013, est quasiment la même. « Alors pourquoi ces trois personnes sont-elles accusées d'avoir enfreint la Section 31(a)(iii) qui n'est pas et n'a jamais été une loi valable ? », s'interroge le groupe Veritas dans un communiqué.

« Il faut comprendre que cette section n'est pas devenue nulle lorsque la Cour constitutionnelle l'a déclaré nulle. Elle a toujours été nulle car elle violait l'ancienne constitution ; la déclaration de la cour était tout simplement l'affirmation d'un fait juridique préexistant » poursuit Veritas.

Le 14 janvier, Chin'ono et Sikhala n'ont pas été libérés sous caution. Les deux hommes sont toujours en détention, craignant d'être infectés par le COVID-19.

Les détentions préventives actuelles, les retards dans les procédures et les refus de libération sous caution en l'absence d'accusations graves sont discutables, surtout en période de #COVID19. Le risque d'infection en prison est élevé en raison de la surpopulation et du manque de propreté. On sait tout ça car on soutient les prisons à travers @VSOZimbabwe

Ce n'est pas la première fois que Chin'ono se retrouve en prison au Zimbabwe.

Le 20 juillet 2020, il a été arrêté et accusé par le gouvernement d'incitation à la violence pour avoir publié un tweet en soutien aux manifestations anti-gouvernementales. Ce projet de rassemblement a par la suite été anéanti par la répression des forces de l'ordre le 31 juillet 2020. Le député de l'opposition Job Sikhala a ensuite été arrêté le 21 août 2020 pour avoir fait la promotion de la même manifestation. Tous deux ont été accusés d'inciter le public à la violence. Chin'ono et Sikhala ont été relâchés sous caution en septembre 2020.

« L'impunité reste de mise face aux violations des droits humains »

Le 19 janvier 2021, la mission de l'Union européenne a alerté contre l'« impunité » qui caractérise les violations des droits humains au Zimbabwe :

Deux ans plus tard, les enquêtes sont insuffisantes et l'impunité est toujours de mise face aux violations des droits humains commises en janvier 2019 au #Zimbabwe.

Le 17 janvier 2019, des émeutes ont éclaté pendant plusieurs jours dans tout le pays après l'annonce du président Emmerson Mnangagwa concernant la soudaine augmentation de 150 % du prix du carburant. Selon l'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch, jusqu'à 17 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées et détenues arbitrairement après un emploi excessif de la force par les forces de l'ordre, dont la répression a fait appel à des méthodes meurtrières :

La répression par les forces de l'ordre contre les manifestations en janvier 2019 a provoqué la mort de 17 Zimbabwéens. Deux ans plus tard, nous continuons à demander des comptes et à appeler le gouvernement à promulguer des réformes politiques et économiques qui profiteront à tous les Zimbabwéens. #ActionSurLesRéformes #EngagezVousPourLesDroitsHumains

La déclaration de l'UE intervient sur fond d'arrestations ininterrompues de voix dissidentes.

Malgré un changement de régime mené par l'armée qui a provoqué la démission en novembre 2017 du gouvernement de l'ancien président Robert Mugabe, le pays a continué d'assister à une litanie d'affaires mettant en jeu des violations des droits. Cela a porté atteinte à la désirabilité du Zimbabwe en tant que destination d'investissement.

Les espoirs des citoyens de voir l'avènement d'une économie meilleure et le respect des droits humains ont été portés par la destitution de Mugabe. Depuis 1980, il dirigeait le Zimbabwe d'une main de fer.

Cependant, quatre ans après le coup d'État, la situation n'a fait qu'empirer. Les principales figures de l'opposition continuent d'être brutalisées par les forces de sécurité nationale, que ce soit par des méthodes légales ou extrajudiciaires.

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