La Serbie expulse un néonazi américain après les révélations du média d’investigation Bellingcat

Graffiti fasciste en serbie, recouvert par un groupe antifasciste.

Photo d’un graffiti fasciste en Serbie, rayé par un groupe antifasciste, qui en a changé le message. « Mettez les migrants à la poubelle » est devenu « Les réfugiés sont les bienvenus ». Photo de l’organisation antifasciste « Antifascist Action Novi Sad » reproduite avec permission.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient à des pages soit en anglais, soit en serbo-croate.

La Serbie a expulsé Robert Rundo, le « néonazi américain fondateur du tristement célèbre mouvement d’extrême droite Rise Above Movement », a rapporté le quotidien serbe Blic jeudi 11 février.

Selon des informations non officielles parues dans l’article du journal, la police serbe aurait escorté Rundo au poste frontalier de Trbušnica-Šepak, qui relie la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, dans la soirée du mercredi 10 février.

En novembre dernier, la plateforme de journalisme d’investigation Bellingcat avait alerté l’opinion publique de la présence de Rundo en Serbie, en attirant l’attention sur les vidéos qu’il avait publiées depuis ce pays. L’une d’elles mettait notamment en scène cet homme de 30 ans, natif du Queens, un quartier de la ville de New York, en train de fanfaronner sur l’aide apportée aux néonazis locaux à la restauration d’un graffiti nationaliste serbe, recouvert quelques jours auparavant par des activistes antifascistes de la région.

Depuis quelques années, les représentants de l’extrême droite nationaliste et du populisme dans les Balkans, partisans de formes de racisme compatibles avec le suprémacisme blanc américain, essaient d’entretenir des liens [fr] et de développer une coopération avec l’alt-right américaine (droite alternative américaine).

Robert Rundo posant devant un graffiti d’extrême droite à Belgrade.

Capture d’écran datée du 8 novembre 2020 issue de la chaîne Telegram de Robert Rundo, le montrant en train de poser devant un graffiti d’extrême droite à Belgrade en Serbie. Le graffiti contient des images racistes (notamment le drapeau confédéré, symbole de la lutte des États du sud pour maintenir l’esclavage pendant la guerre de Sécession américaine de 1861 à 1864) et représente une incitation à la violence. Image de Bellingcat reproduite avec permission.

La plupart des médias qui ont enquêté sur les faits rapportés par le quotidien Blic ont inclus des extraits des révélations de Bellingcat, dont la propre vidéo de Rundo dans laquelle il dit : « Donc, nous sommes à Belgrade, voilà, en train de nettoyer le quartier… », alors qu’on le voit rejoindre des néonazis locaux pour restaurer un graffiti incitant à la haine, précédemment recouvert par des antifascistes.

L’un de ces médias, le tabloïd Mondo, a utilisé sur son site web les termes « néonazi » et « suprémaciste blanc » de manière interchangeable, tout en qualifiant Rundo de « super nazi ».

L’analyse faite par Bellingcat de la vidéo postée par Rundo a montré qu’il vivait en Serbie depuis mars 2020 au minimum, et qu’il avait également voyagé en Europe centrale et de l’est, participant notamment à une manifestation en Ukraine et s’exprimant lors d’un rassemblement néonazi en Hongrie.

En Serbie, Rundo a créé Serbon, sa propre marque de vêtements, qui propose des produits arborant des symboles suprémacistes blancs et des slogans « anti-antifa ». La chaîne YouTube Serbon contient des clips de rap en serbe à la gloire du combat de rue. La création de l’entreprise aurait permis à Rundo d’obtenir une carte de résidence temporaire d’un an renouvelable en tant qu’investisseur étranger.

Rundo est un criminel condamné qui a purgé une peine d’emprisonnement dans son pays pour une attaque en bande sur un jeune garçon de 13 ans. Le site web The Daily Beast, le réseau de télévision PBS, ainsi que la revue bimensuelle The New York Review of Books ont notamment couverts ses « exploits » racistes.

Techniquement, il n’est pas considéré en ce moment comme une personne recherchée aux États-Unis. En 2019, un juge fédéral a relâché Rundo après avoir rejeté les accusations contre trois membres de l’organisation Rise Above Movement (RAM) inculpés pour leur participation dans des rassemblements violents en Californie en 2017, arguant que la loi fédérale qui avait permis leur inculpation n’était pas constitutionnelle.

En novembre 2020, les États-Unis ont fait appel du renvoi du tribunal de district d’une mise en examen de Rundo et trois autres individus pour conspiration en vue de violer la loi américaine Anti-Riot Act (loi anti-émeute) dans le cadre de leurs activités en tant que membres du groupe RAM (19-50189 É.-U. contre Robert Rundo).

Rise Above Movement (RAM) est un groupuscule de l’alt-right américaine du sud de la Californie, qui s’appuie sur les arts martiaux pour recruter des jeunes. Il s’agit « d’un collectif informel de néonazis et fascistes violents », ayant en commun d’être tous nationalistes et suprémacistes blancs, ainsi que d’extrême droite.

Selon un rapport sur l’extrémisme de droite publié en 2020 par le Comité Helsinki pour les droits humains en Serbie, les néonazis serbes ont concentré leurs efforts de recrutement sur les enfants, en sélectionnant parmi les collégiens et lycéens leurs « stormtroopers » (soldats d’assaut).

« Le recrutement a le plus souvent lieu lorsque les adolescents atteignent l’âge du lycée. Auparavant, les principaux points d’entrée des idéologies fascistes se trouvaient dans les sous-cultures des skinheads nazis ou des ultras (groupes de hooligans présentés comme supporters de grands clubs de football). Aujourd’hui, la majorité du recrutement s’effectue en ligne, bien qu’une faible proportion de nouveaux fascistes soit encore exposée au fascisme à travers les mouvements de sous-culture », explique le sociologue Miloš Perović dans une déclaration à la chaîne de télévision Nova.rs.

Perović ajoute que l’augmentation du recrutement de jeunes par ces organisations ne constitue pas un problème propre à la Serbie, mais fait partie d’une tendance mondiale qui s’appuie sur une stratégie très claire, basée sur le travail de l’ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon [fr].

Le site web du ministère de l’Intérieur serbe ne donne aucune information sur l’expulsion de Rundo du pays.

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