La santé défaillante du militant algérien Rachid Nekkaz suscite des appels à sa libération

Rachid Nekkaz, un homme grisonnant, tient un drapeau vert et blanc au milieu d'une foule.

Image montrant Rachid Nekkaz lors d'une des manifestations. Photo fournie par le Mouvement pour la jeunesse et le changement (MJC), fondé par Nekkaz, reproduite avec leur autorisation.

L’article d'origine a été publié en arabe le 19 février 2021. Rachid Nekkaz a depuis été libéré.

L'état de santé du militant politique algérien Rachid Nekkaz s'est détérioré jusqu'à mettre sa vie en danger depuis son transfert le mois dernier dans une prison isolée, à plus de 750 kilomètres de la capitale, renforçant ainsi la pression pour sa libération.

Nekkaz, un homme d'affaires de 49 ans, est l'une des figures emblématiques de l'opposition au régime politique algérien. Il a été un acteur clé du mouvement de février 2019 qui a permis de renverser le régime de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika et qui approche de son deuxième anniversaire le 22 février. Aujourd'hui, des appels sont émis pour relancer les revendications du mouvement et revenir à des manifestations de masse, compte tenu de la situation sociale, politique et économique difficile du pays et de la lenteur des changements concrets réclamés par des millions d'Algériens il y a deux ans.

Commentant ce qui arrive à Rachid Nekkaz et à de nombreux autres prisonniers d’opinion en Algérie, le blogueur et journaliste Abdelmoundji Khelladi a écrit :

Les terroristes vivent tels des sultans, à l'instar de Madani Mezrag et de ses semblables, qui ont été récompensés par des sommes d'argent pour avoir tué des centaines de milliers d'innocents, ainsi qu'Abdul Razzaq Al-Bara. Cependant, la prison et la mort lente ont été attribuées à Rashid Nekkaz, Khaled Dararni et Ibrahim Lamati.

Nekkaz a été arrêté le 4 décembre 2019 à l'aéroport Houari Boumediene à Alger, à son retour d'Espagne. Il a été traduit devant le juge d’instruction de la Cour de Casablanca, qui a ordonné sa détention temporaire pour plusieurs chefs d'accusation, notamment pour avoir incité la population à porter des armes, pour avoir porté atteinte aux membres du Conseil national, pour avoir empêché les citoyens d’exercer leur droit de vote et pour avoir encouragé la population à manifester.

Selon une déclaration publiée le 28 janvier sur la page Facebook officielle de l'activiste politique, qui cite Khelifi Yassin, membre de son comité de défense, « Rachid Nekkaz est atteint d'une maladie de la prostate et d'une maladie du foie et son transfert dans une autre prison est une violation manifeste de la loi ». La même page indique que Nekkaz a été transféré de l'établissement pénitentiaire d'Al-Qulaiaa à la prison de Sidi Sheikh dans l'État d'Al-Bayadh le 26 janvier, après que le Conseil judiciaire de la capitale ait approuvé la décision du 4 avril 2020 de placer l'activiste politique en détention provisoire et refusé sa libération. Une commission de défense représentant Nekkaz a déposé une plainte le 11 janvier 2021 auprès du Conseil national des droits humains pour détention arbitraire de son client, dans laquelle il est indiqué que Nekkaz était incarcéré depuis décembre 2019 sans procès, ce qui constitue une violation des droits de l'activiste politique.

Un communiqué de presse publié le 29 janvier par le Mouvement pour la jeunesse et le changement (MJC), dirigé par Nekkaz, déclare :

شيء واحد مؤكد، رشيد نكاز لا يستفيد من الإشراف الطبي والعلاج لشفائه، والأكثر إثارة للدهشة أن أقرب مستشفى يبلغ 125 كيلومتر عن السجن.

Une chose est sûre, Rachid Nekkaz ne reçoit pas de surveillance médicale ni de traitement permettant sa guérison, et le plus surprenant est que l'hôpital le plus proche se trouve à 125 kilomètres de la prison.

Le communiqué précise également : « Nous sommes en droit de nous demander si cette prison d'El-Obeid, Sidi Sheikh, ne va pas conduire à la mort de Rachid Nekkaz », sachant que sept médecins à la prison d’Al-Qulaia en Algérie ont confirmé la maladie de Nekkaz et que son père, Hajj al-Arabi Nekkaz est mort de cette même maladie en 2011.

Dans son communiqué de presse, le MJC ajoute qu’en dépit de l’état critique de Nekkaz, celui-ci a été transféré de la prison d’Al-Qulaia à la prison d’Obeid Sidi Sheikh à l’État d’El Bayadh, situé à 756 kilomètres au sud-ouest d’Alger, à l’entrée du Sahara algérien, afin d'entraver le contact entre Rachid Nekkaz et son avocat.

Dans un message envoyé depuis sa cellule dans la prison Sidi Sheikh et publié sur sa page Facebook le 31 janvier, Nekkaz décrit avoir été menotté pendant les neuf heures de trajet jusqu'à la prison de Sidi Sheikh, dans un froid glacial dû au manque de chauffage. Il a ensuite été immédiatement placé en isolement dans une pièce exiguë qu'il a décrite comme similaire à l’infâme prison de Tazmamart au Maroc. S’attaquant au ministre de la Justice algérien, Belkacem Zeghmati, le message de Nekkaz indique :

كان الرجل الذي يُدعى بلقاسم زغماتي قد سجن 8 من إرهابيي داعش في سجن قليعة مثل سجن غوانتانامو. في حين أنني لم أقتل أو أسرق أي شخص في حياتي وأنني قدت منذ عدة سنوات معركة من أجل التغيير السلمي في الجزائر وضد الفساد من أجل جزائر جديدة ، أجد نفسي في وضع أقل ملاءمة من هؤلاء الإرهابيين.

L'homme répondant au nom de Belkacem Zeghmati avait emprisonné 8 terroristes d'État islamiques dans la prison d'Al-Qulaia comme dans le centre de détention de Guantanamo. Alors que je n'ai tué ni volé personne de toute ma vie et que pendant plusieurs années j'ai mené un combat pour un changement pacifique en Algérie et contre la corruption pour une nouvelle Algérie, je me trouve dans une position plus défavorable que ces terroristes.

Nekkaz ajoute :

Despite my very poor health which is deteriorating day by day due to the emergence of prostate cancer and a 19 mm cyst in the liver with the possibility of cancer. Despite everything, I am going ahead with my 29-day hunger strike to save and change Algeria, which will begin on Friday February 19, 2021, the anniversary of the outbreak of the Khenchela movement. I am not afraid of death: Free people with convictions do not fear death in order to save and change Algeria.

Malgré ma très mauvaise santé qui se détériore de jour en jour à cause de l'apparition du cancer de la prostate et d'un kyste de 19 mm dans le foie avec possibilité de cancer. Malgré tout, je poursuis ma grève de la faim de 29 jours pour sauver et changer l'Algérie, qui débutera le vendredi 19 février 2021, date anniversaire du déclenchement du mouvement Khenchela. Je ne crains pas la mort : les personnes libres et dotées de conviction ne craignent pas la mort pour sauver et changer l'Algérie.

Au cours d'une campagne de solidarité avec l'homme politique captif, certains utilisateurs de plateformes de réseaux sociaux ont lancé le hashtag #Save_Rasid_Nekkaz ou #save_rachid_nekaz fin janvier pour condamner son emprisonnement et revendiquer sa libération ainsi que celle d'autres détenus politiques. Les appels se sont multipliés pour organiser des actions de soutien.

Houyem Menager, blogueuse sur Twitter, écrit :

Dans un clip vidéo publié le 7 février, l'épouse de Rachid Nekkaz, Cécile Roux, a déclaré qu'en raison de la détérioration de l'état de santé de son mari et à sa demande, elle était obligée de mettre fin à un silence de plusieurs années, ainsi qu'à son éloignement et à celui de son fils de la sphère politique. Elle a appelé le gouvernement algérien à appliquer les articles de la loi régissant la prison et la réinsertion sociale des prisonniers, qui permet la libération temporaire d'un prisonnier pour des raisons de santé.

Nekkaz est l’un des principaux opposants au projet de gaz de schiste dans le désert algérien. Il a utilisé son compte Facebook comme plateforme pour dénoncer d'anciens fonctionnaires impliqués dans des affaires de corruption. Au niveau international, Nekkaz a fait preuve de solidarité sur plusieurs questions. Il s'est notamment engagé contre les violences subies par la minorité musulmane du Myanmar et il a été appelé « défenseur du niqab » en Europe après avoir payé d'énormes amendes au nom des femmes musulmanes portant le niqab sur le continent.

Rachid Nekkaz avait la nationalité française et a tenté de se présenter aux élections présidentielles de 2006 en France, mais n'a pas réussi à recueillir les voix requises pour sa candidature. Il s'est également présenté aux élections présidentielles en Algérie contre Bouteflika après avoir renoncé à sa nationalité française.

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