Myanmar : scènes de la semaine la plus meurtrière alors que le coup d'État entre dans son deuxième mois

L'image, en légère contre plongée, montre des manifestants alignés. Ils portent des casques et des masques de protection faciale, et se protègent avec des boucliers. Certains sont armés de bâtons. Ils se trouvent dans la rue. Un immeuble d'habitations est visible en arrière plan. Une banque se trouve à l'angle de cet immeuble.

Les manifestations contre le coup d'État se sont poursuivies au Myanmar, en dépit de l'usage de la violence par les forces de sécurité. Photographie partagée par des journalistes citoyens et utilisée avec autorisation.

L’article d'origine a été publié en anglais le 9 mars. Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.

Le mois de février s'est achevé [fr] sur un bilan d'au moins 18 personnes tuées par les forces de sécurité dans le cadre d'une répression nationale, ciblant les manifestants anti-coup d'État ainsi que les journalistes. Les attaques se sont poursuivies au cours de la première semaine de mars, transformant de nombreux quartiers en « zones de guerre » et entraînant une vague d'arrestations massives. Malgré l'usage de la violence par la police et la « Tatmadaw » [fr] (forces armées birmanes) à l'encontre de civils sans armes, les manifestations continuaient à recueillir des soutiens, tandis que les militants plaidaient pour le rétablissement de la démocratie.

La Tatmadaw a organisé un coup d'État le 1er février et placé en détention les dirigeants élus du pays. Le gouvernement militaire a, néanmoins, immédiatement fait face à une forte opposition de la part des citoyens qui, tout en plaidant pour une intervention de l'ONU, ont déployé diverses formes [fr] de résistance.

Le plus grand mouvement de protestation [fr] s'est tenu le 22 février sous la forme d'une grève générale paralysant les centres-villes du pays. Depuis lors, les forces de sécurité ont eu recours à des méthodes de plus en plus brutales dans le but de juguler le mouvement d'opposition au coup d'État. Des dizaines de personnes ont été tuées lors d'opérations policières les 27 et 28 février, le 3 et le 5 mars.

Des journalistes citoyens ont raconté à Global Voices les événements qu'ils ont observés, lors d'une manifestation sur la route de Baho, dans le quartier de Sanchaung [à Yangon], le 3 mars :

Police used rubber gun, sling shots, smoke and sound bomb. Nobody got arrested that day and people were protesting peacefully. The police came forward and started cracking down the crowd violently. Nobody got arrested from our protest group in Baho road.

Les forces de l'ordre ont fait usage de pistolets en caoutchouc, de lance-pierres, de fumigènes et de grenades assourdissantes. Ce jour-là, aucune personne n'a été interpellée et les gens ont manifesté dans le calme. La police est intervenue et a violemment réprimé le rassemblement. Aucune personne de notre groupe protestataire n'a été arrêtée sur la route de Baho.

Aperçu de la tension entre la police et les manifestants, le 3 mars, sur la route de Baho à Sanchaung. Vidéo partagée par un journaliste citoyen.
– GlobalVoices SE Asia (@gvsoutheastasia) 8 mars 2021

[description vidéo]
Vidéo de 28 secondes réalisée par une des personnes présentes à la manifestation. On observe ce qui ressemble à des ballons d'eau, vraisemblablement jetés auparavant sur la route. Les manifestants font face aux force de police situées en arrière plan. Tous sont munis de boucliers et casques de protection. On entend un des manifestants interpeller les forces de police en birman. Un autre s'avance et s'accroupit, caché derrière son bouclier. La scène se déroule en journée, sous le soleil.

Le 5 mars, des témoins oculaires ont rapporté que la police avait fait usage de bombes fumigènes contre les manifestants :

Police fired two smoke bombs toward the crowd so we shoot fireworks to scare them and you can see fireworks exploding in the video.

La police a lancé deux bombes fumigènes en direction de la foule, alors nous avons tiré des feux d'artifice pour les effrayer, vous pouvez les voir exploser sur la vidéo.

La police a lancé des bombes fumigènes sur des manifestants à Yangon, au Myanmar, le 5 mars. Vidéo partagée par un journaliste citoyen.
– GlobalVoices SE Asia (@gvsoutheastasia) 8 mars 2021

[description vidéo]
Vidéo de 19 secondes qui montre des manifestants en mouvement, au niveau du panneau de signalisation indiquant le nom de la rue, Mingalar St. (écrit aussi en birman). Il se trouvent derrière des barrages qu'ils ont montés eux-mêmes. Tous scandent des slogans contre le coup d'État. En arrière plan, on distingue les forces de police et la fumée des bombes fumigènes.

Les journalistes citoyens jouent un rôle majeur dans la façon dont le monde entier observe les atrocités commises au Myanmar. Des millions de vidéos et photographies sont diffusées sur les réseaux sociaux et ce, en dépit des risques importants. Mon reportage est actuellement diffusé sur la chaîne BBC World News et BBC Burmese.
– Freya Cole (@freya_cole) 5 mars 2021

[description vidéo]
Vidéo diffusée sur la BBC (logo en haut à gauche de la vidéo) d'une durée de 2'18 sur laquelle une journaliste décrit les évènements en anglais. Cette vidéo a été réalisée par des journalistes citoyens. On distingue les forces de l'ordre, dans la rue, qui chargent et qui tirent sur les manifestants. Des coups de feu sont audibles. Les scènes sont prises en hauteur, de différents balcons. Puis, on filme parmi les manifestants au milieu des fumigènes. Ils se protègent avec des boucliers portant l'inscription « People » (le peuple). On voit des barrages montés avec des sacs de sable (ou autre). Plusieurs plans de personnes sont floutés pour protéger leur identité, dont celui d'une jeune fille qui s'adresse, avec force, aux agents de police. On assiste à un affrontement entre les forces de police et les manifestants. On entend des coups de feu et des fumigènes sont visibles.

Les travailleurs figurent parmi les acteurs les plus actifs de ce mouvement de protestation :

Il est midi.                                                                                                                      Alors que je leur demandais de rester à l'ombre, les travailleurs m'ont répondu « c'est bon, nous allons attendre une ombre sous le soleil ».

J'admire leur dévouement.
Grâce à eux, j'ai le courage nécessaire pour tout entreprendre.

နေရိပ်အလာ နေပူကစောင့်ရမှာ တဲ့။ #WhatsHappeningInMyanmar dans la rue KyunTaw, Sanchaung.
– Thinzar Shunlei Yi #WhatshappeninginMyanmar (@thinzashunleiyi) 2 mars 2021.

[description vidéo]
Vidéo de 10 secondes qui montre une vue sur des manifestants en ordre face aux forces de police que l'on aperçoit tout juste. Certains manifestants portent des drapeaux du Myanmar. Tous portent des casques de protection ainsi que des masques de protection faciale. La scène se déroule en journée, sous un soleil chaud.

En effet, le 7 mars, notre informateur a observé des militaires tirer au hasard et déclencher des grenades assourdissantes dans les quartiers.

To combat this, people are closing all their lights and community guards (like neighborhood watch) are asking people to switch off lights in order to not attract gunshots.

Pour lutter contre ces pratiques, les gens éteignent toutes leurs lumières et les agents de proximité (comme la surveillance des quartiers) invitent les gens à éteindre les lumières pour éviter d'attirer les coups de feu.

Les habitants se sont également moqués de la police et de l'armée en hurlant « Bonne année » lorsque des grenades assourdissantes sont lancées dans leurs quartiers :

In response, people were shouting happy new year to mock the military's tactics. Another wonderful example of the resilience and humor the people of Myanmar have maintained since the start of the coup.

En réaction, les gens scandaient « Bonne année » pour railler la tactique des militaires. Un autre merveilleux exemple de la résilience et de l'humour dont fait preuve la population du Myanmar depuis le début du coup d'État.

Les soldats de la junte terroriste ont cherché à terroriser les gens au moyen de tirs d'armes à feu dans les quartiers la nuit 🤨.

Les gens ont répliqué en faisant éclater des feux d'artifice et en hurlant « Bonne année » 🥳.
– Mouvement de désobéissance civile (@cvdom2021) 7 mars 2021

[description vidéo]
Vidéo de 24 secondes qui montre des feux d'artifice, la nuit (en réponse aux bombes assourdissantes).

Depuis plusieurs jours, la police et l'armée se déploient dans les écoles, les hôpitaux et les monastères. Notre informateur a indiqué :

Seems like military is also trying to station themselves among civilians, making their bases in hospital, monasteries and schools.

On dirait que les militaires cherchent aussi à se positionner au milieu des civils, établissant leurs bases dans les hôpitaux, les monastères et les écoles.

Les forces de sécurité se sont postées au cœur des universités, des écoles, des hôpitaux publics et des quartiers civils dans la perspective de la grève générale prévue pour lundi.

Le public s'y oppose totalement, affirmant que ces zones sont des zones neutres conformément à la Convention de Genève.
– Hnin Zaw (@hninyadanazaw) 7 mars 2021

Plusieurs manifestants ont ainsi pu partager leur récit auprès des journalistes. Ye Myint, un habitant de Sanchaung âgé de 27 ans, a relaté leurs actions lors de leur confrontation avec les forces de police :

Our tactic now is simple: If they shoot, we run. Then we reassemble.

Désormais, notre tactique est simple : s'ils tirent, nous nous dispersons. Ensuite, nous nous reformons à nouveau.

Une autre manifestante a décrit son expérience lors d'une courte détention :

I hid my phone before entering the transport vehicle and posted on my Facebook that I was arrested, so my folks would see it. Upon arrival, men were sent directly into the cells and women were detained in a lecture room next door. Then the policewomen searched us again, and my phone was taken away.

We were also interrogated by soldiers the next day. They took photographs of us from the front and both sides, like you see in the movies.

J'ai caché mon portable avant de monter dans le véhicule de transport et j'ai signalé mon arrestation sur ma page Facebook, afin que mes proches le sachent. À leur arrivée, les hommes étaient directement dirigés vers les cellules et les femmes étaient, elles, détenues dans la salle de conférence voisine. Ensuite, les femmes policières nous ont fouillés à nouveau et mon portable a alors été confisqué.

Le lendemain, des soldats nous ont fait subir un interrogatoire. Ils nous prenaient en photo, de face et des deux côtés, comme dans les films.

Ils ont ensuite été rapidement relâchés avec un avertissement selon lequel ils seraient inculpés si jamais ils persistaient à se joindre aux manifestations.

Des milliers de sympathisants ont assisté aux funérailles d'une jeune manifestante, martyrisée :

Des proches assistent aux funérailles de Kyal Sin, 19 ans, abattue lors des manifestations contre le coup d'État à Mandalay. Surnommée « Angel » (Ange), elle était parmi les millions de personnes ayant rejoint ces manifestations, à travers tout le Myanmar, après la prise du pouvoir par les militaires et l'éviction d'Aung San Suu Kyi et autres dirigeants élus.
– Radio Free Asia (@RadioFreeAsia) 4 mars 2021

[description vidéo]
Vidéo d'une durée d'1'28 sur laquelle on voit un convoi funéraire, celui d'une jeune manifestante de 19 ans, tuée lors des manifestations contre le coup d'État. Le convoi est entouré par de nombreuses personnes, effectuant le salut à 3 doigts. On entend des sirènes. 3 photographies, la représentant, sont aussi insérées dans ce reportage, sur lesquelles elle portait un t-shirt avec la mention « Everything will be ok » (Tout va bien se passer). Photographies prises le jour de sa mort. Son image est reprise ensuite par les manifestants. Sur la fin de la vidéo, les personnes chantent en effectuant le salut à 3 doigts. Un sous titrage en anglais est visible, expliquant le reportage. Le logo RFA (Radio Free Asia) apparaît en bas sur la droite de cette vidéo.

Les habitants ont bravé les règles du couvre-feu et allumé des bougies en hommage aux manifestants tombés au combat :

Après avoir subi une répression très brutale et violente menée par la junte terroriste aujourd'hui, les habitants d'Okkala Nord ont défié le couvre-feu et sont sortis allumer des bougies en hommage aux martyrs tombés au combat.
– Mouvement de désobéissance civile (@cvdom2021) 3 mars 2021

[description image]
L'image est composée de 4 photographies. 3 sont des plans aériens qui montrent la population défilant dans la rue avec des bougies, en hommage aux disparus.

La mort de plusieurs manifestants a renforcé la détermination des autres militants dans leur lutte pour la démocratie :

La journée a été longue. Mes yeux sont gonflés, mon cœur pleure encore la perte de jeunes âmes innocentes mais, en fin de compte, je me demande : « Avons-nous le choix ? »

Et je me dois d'essuyer mes larmes et de retourner dans la rue, le lendemain.
– Thinzar Shunlei Yi (@thinzashunleiyi) 3 mars 2021

Des perquisitions et des arrestations nocturnes ont été effectuées les 6 et 7 mars. Le père d'un représentant élu figure parmi les personnes appréhendées :

My father was beaten up while he was being taken away. The soldiers and police destroyed our father’s house.

Mon père a été tabassé alors qu'on l'emmenait. Les militaires et la police ont saccagé sa maison.

Un journaliste de Frontier Myanmar [magazine bimensuel birman fondé en juillet 2015, ndlt] a exprimé son admiration envers les manifestants :

Over these few days, I developed a deep admiration for these young protesters. Not just because of their bravery, but also because of their skill; each day, as they gained more experience, their tactics improved. The police simply couldn’t crush them; each time they advanced, the protesters melted away. If the police withdrew, they returned to the same spot; if the police stayed, the protesters simply moved to a new location. They used social media to study the situation and work out where they should go next.

Tout au long de ces quelques jours, j'ai nourri une profonde admiration pour ces jeunes manifestants. Non seulement en raison de leur bravoure, mais aussi pour leur habileté ; chaque jour, à mesure qu'ils acquéraient de l'expérience, leurs tactiques se perfectionnaient. La police ne pouvait tout simplement pas les anéantir ; chaque fois qu'elle progressait, les manifestants se dispersaient. Si la police se repliait, ils reprenaient le même endroit ; si la police ne bougeait pas, les manifestants se déplaçaient tout simplement vers un nouvel endroit. Ils ont exploité les réseaux sociaux pour étudier la situation et déterminer leurs futures actions.

Kyaw Zwa Moe, du quotidien The Irrawaddy, a salué la volonté combative des jeunes manifestants :

…they are so determined to see the death of the military dictatorship, there is simply no way their movement can die. Their determination to annihilate the mighty and cruel military dictatorship knows no bounds. The only conceivable outcome is victory.

…ils sont si déterminés à voir disparaître la dictature militaire que leur mouvement ne peut tout simplement pas mourir. Leur détermination à anéantir la puissante et cruelle dictature militaire est sans limite. La seule issue envisageable est la victoire.

*Avec des reportages supplémentaires réalisés dans le cadre du projet d’Observatoire des médias civiques de Global Voices.

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