La population transgenre au Salvador lutte pour son droit de vote

Une manifestante tient une pancarte géante représentant une carte d'identité, dont la partie "photo" a été découpée.

Une marche contre la transphobie au Salvador en 2019. Photo de Paula Rosales, utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en espagnol, ndlt.]

L’article d'origine a été publié en espagnol le 18 février 2021.

Le 28 février, le Salvador organisera des élections [fr] municipales, législatives et régionales. Malgré la présence d'un cadre légal pour garantir l'accès au vote à tout citoyen et toute citoyenne du Salvador, la discrimination continue pour les personnes transgenres et non binaires. Pour changer cela, je fais partie des 14 personnes LGBTQI recrutées par la Cour Suprême Électorale (TSE) du Salvador. Nous luttons contre la discrimination et menons des actions pour que les personnes trans, non binaires et non hétéronormées puissent voter au Salvador en mettant en place des programmes de formation dans les bureaux de vote.

Le principal obstacle au Salvador est l'absence d'une loi d'identité de genre qui permettrait aux personnes transgenres de changer de nom et de genre sur leurs pièces d'identité. Cela entrave l'accès à de nombreux droits comme l'éducation, la santé, le travail, le vote, et bien d'autres.

Par exemple, la carte d'identité (appelée « Documento Único de Identidad » ou DUI au Salvador), peut montrer un nom et un genre différents du genre exprimé par la personne. C'est une excuse qui est régulièrement utilisée pour empêcher les personnes trans de voter. En effet, le personnel des bureaux de vote, qui est responsable du processus électoral, a refusé l'accès aux urnes aux personnes transgenres lors des élections antérieures sur la base de cet argument, qui n'est pas justifiable légalement. Comme l'indiquent les articles 7 et 9 du Code électoral [pdf], l'identité de genre d'une personne n'est ni une condition requise, ni une raison d'interdire à une personne de voter.

Carlos Lara, une jeune homme aux cheveux mi-longs, se tient devant un petit groupe, en pleine explication. Il tient à la main un fascicule.

L'auteur, Carlos Lara, parle de l'accès au vote pour la population LGBTQI dans un centre de formation de Jiquilisco, Usulután. Photo de Raul Benitez, journaliste, utilisée avec persmission.

Le fondement de cette discrimination vient de la religion. En effet, des agents des bureaux de vote ont été entendus en train de tenir à leurs collègues des propos tels que : « Dieu déteste les homosexuels », « Il les a créés hommes et femmes » et même : « Et à vous, pédés, qui vous a dit que vous aviez des droits ? ». La Bible ne fait pas partie des lois de ce pays, il est donc totalement inacceptable d'utiliser ce type d'excuse contre la population LGBTQI et leur droit de vote.

Mais les attitudes homophobes et transphobes commencent dès l'instant où une personne LGBTQI, et particulièrement les personnes trans, les hommes gays « féminins » et les lesbiennes « masculines », entre dans un bureau de vote. Elle est reçue avec des rires, des sifflements, des huées ou d'autres sons méprisants et des insultes. On lui lance des bombes à eau, des fruits et des légumes pourris, sans que personne n'intervienne. En 2014, une femme trans, Stacy Araujo, a été agressée physiquement dans le bureau de vote qu'elle présidait.

En 2014, Camila Portillo, une femme trans, s'est rendue à San Marcos pour voter, mais le secrétaire du bureau de vote a refusé de lui donner son bulletin. Ce n'est qu'après avoir alerté les organisations trans, qui elles-mêmes, ont alerté les observateurs internationaux, qu'elle a pu voter.

Au Salvador, la population trans souffre fréquemment d'attaques transphobes violentes. « Au moins 20 femmes trans – âgées de 16 à 32 ans – ont été assassinées dans le pays entre 2017 et 2019 », rapporte un article de la DW.

Une femme drapée dans un drapeau arc-en-ciel se penche sur un isoloir en carton marqué du logo de la Cour suprême électorale.

Femme trans exerçant son droit de vote dans un bureau de vote de San Salvador. Photo de Raul Benitez, journaliste, utilisée avec permission.

Bien qu'une bonne partie de la population résiste encore, les organisations LGBTQI ont collaboré avec la Cour suprême électorale pour garantir l'accès au vote à la communauté LGBTQI. Plusieurs mois avant les élections législatives et municipales de 2018, la Cour suprême électorale a employé deux femmes trans et deux hommes gays pour former le personnel. Durant les élections de 2019, le nombre de formateurs est passé de quatre à quatorze. Pour les élections à venir, dont la date est fixée au 28 février 2021, nous comptons toujours sur une équipe de 14 personnes, dont je fais moi-même partie, et nous nous efforçons de nous rendre dans tous les centres de formation du pays.

Un homme s'adresse à une dizaine de participants assis à des pupitres, venues se former sur l'accès au vote pour les personnes LGBTQI.

L'un des formateurs employés par la Cour suprême électorale, un homme trans, parle de l'accès au vote pour la population LGBTQI dans un centre de formation de Cuscatlán. Photo de l'auteur.

Durant ces formations, nous donnons de nombreuses recommandations. Par exemple, aucun membre du bureau de vote ne doit exiger d'une personne transgenre de revenir habillée selon le genre exprimé sur sa carte d'identité. C'est un manque de respect en plus d'être un délit : comme le rappelle l'article 295 du Code pénal salvadorien [pdf], il est interdit d'empêcher une autre personne d'exercer son droit de vote.

Il faut aussi vérifier si la personne se trouve sur la liste électorale et si ses traits coïncident avec la photo de la pièce d'identité (le maquillage ne modifie pas les traits du visage et en raison des discriminations à l'emploi, le revenu moyen d'une personne trans au Salvador est insuffisant pour réaliser des chirurgies faciales). Au cours des ateliers de formation, le personnel des bureaux de vote apprend à aborder les personnes trans selon leur expression de genre, avec respect et en évitant de mentionner le nom inscrit sur leur pièce d'identité.

L'ensemble de ce travail est soutenu par la Déclaration universelle des droits de l'Homme [fr] (art. 1, 2, 7) ; par l'article 3 de la Constitution de la République, et par le Code électoral salvadorien qui garantit l'égalité entre toutes les personnes et précise que nous avons tous et toutes le droit, et le devoir, de voter (art. 3, 4, 7, 9).

Deux journalistes, de dos, filment un membre du groupe sur leurs téléphones portables. Tous portent des masques blancs.

La presse interroge un membre trans du collectif LGBTQI. Photo de Raul Benitez, journaliste, utilisée avec permission.

Bien que l'accès au vote soit un droit accordé à tous les citoyens du Salvador et que la Cour suprême électorale ait employé des personnes LGBT pour appuyer l'accès au vote par notre communauté, une partie de la population et du personnel des bureaux de vote continue à opposer une résistance. Il nous est parfois difficile d'obtenir l'espace nécessaire pour donner la formation. Mais nous continuons de travailler, et de nous déplacer dans le plus de centres de formation possible, partout au Salvador, car nous n'en avons pas fini avec la discrimination. Elle reste latente.

Notre travail a pour objectif que l'ensemble de la population LGBTQI salvadorienne puisse voter, avec fierté, dans l'unité et le soutien mutuel. Vive la diversité !

Carlos Lara, un jeune homme portant un polo est un masque de protection faciale, a la tête baissée, il semble se concentrer.

L'auteur, Carlos Lara, l'un des formateurs employés par la Cour suprême électorale, est photographié avant son intervention auprès du groupe à Usulután. Photo de Raul Benitez, journaliste, utilisée avec permission.

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