La « bulle de voyage » entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, entre larmes de joie et sentiment de peur

Des personnes se tombent dans les bras dans un hall d'aéroport

Capture d’écran d’une vidéo : des familles se retrouvent en Nouvelle-Zélande à l’arrivée du vol Jetstar en provenance d’Australie. | Stuff.co.nz

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent à des pages en anglais, ndt.]

L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont les deux premiers États à créer une « bulle de voyage », autorisant ainsi leurs citoyens à se déplacer sans quarantaine d'un pays à l'autre. Cela permettra les retrouvailles familiales, mais également de stimuler le tourisme. Environ 500 000 Néo-Zélandais vivent en Australie, alors que 60 000 Australiens résident en Nouvelle-Zélande.

En mars 2020, les deux nations avaient fermé leurs frontières aux étrangers ainsi qu’aux citoyens non-résidents. Certaines exceptions étaient cependant prévues. Les Néo-Zélandais pouvaient par exemple entrer depuis octobre 2020 dans certains États australiens, mais cette liberté de mouvement n'était pas réciproque en raison de cas locaux de transmission du virus en Australie. Cette dernière annonce fait donc suite à la potentielle éradication de la transmission communautaire du virus dans le pays. L’État de Victoria, le plus affecté l’année dernière et qui avait dû confiner sa population pendant quatre mois, n’a recensé aucun cas de transmission depuis plus de sept semaines.

Les deux pays sont séparés par la mer de Tasman, surnommée affectueusement « le fossé » (« the ditch » [fr]). Le terme « trans-Tasman » s’applique en général aux relations entre les deux nations et leurs citoyens. Dans ce cas précis, il s’agit d’une zone partagée de voyage.

Les vols directs entre les principales villes des deux pays ont repris, et environ 400 vols par semaine vers et depuis Auckland sont prévus d’ici fin avril.

Les vols entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont été rétablis lundi 19 avril, faisant couler des larmes de joie dans les zones d’embarquement et d’arrivées.

Sophie Trigger, une journaliste australienne résidant en Nouvelle-Zélande, a Tweeté à propos de son voyage :

J’ai voyagé jusqu’à l’aéroport de Sydney un nombre incalculable de fois, souvent après de longs séjours à l’étranger.
Mais je ne me souviens pas d’une arrivée comme celle de ce matin, un peu plus d’un an après l’immobilisation du monde #transtasmanbubble

La réaction de Jessica Avery, une habitante de Wellington, aux scènes de joie dans les aéroports est représentative :

Je suis devant la télévision du bureau et je pleure parce que pour beaucoup, c’est une sacrée belle journée #transtasmanbubble

Le hashtag #transtasmanbubble [#bulletransTasman] apporte sur Twitter un flux continu de moments bouleversants, comme celui auquel a assisté Ben McKay, correspondant néo-zélandais en Australie de l’agence Associated Press :

Une petite fille de 7 ans retrouve sa maman après 15 mois sans l'avoir vue. #transtasmanbubble

Mais il y a cependant eu quelques mises en garde, de la part d'au moins un utilisateur :

Génial ! #transtasmanbubble

Mais est-ce que les gens pensent que c’est sûr de faire ça ?

Selon The Guardian, il s’agit d’une inquiétude largement répandue en Nouvelle-Zélande :

Despite that upbeat mood, the bubble still represents a risk for New Zealand’s Covid-free haven – and a political risk for Ardern’s government. It has been greeted with trepidation by the wider New Zealand public, with polling finding only around half of New Zealanders, or 49%, were in favour of opening the trans-Tasman bubble.

Malgré le climat optimiste, la bulle de voyage ne manque pas de constituer un danger pour le refuge sans COVID qu’est la Nouvelle-Zélande. Et un risque politique pour le gouvernement Ardern. Son annonce a été accueillie avec inquiétude par une large partie de la population, les sondages montrant que seulement 49 % des Néo-Zélandais étaient favorables à l’ouverture de la bulle trans-Tasman.

Depuis quelque temps, les pays de l’océan Pacifique exercent de leur côté une pression en ligne pour que la bulle de voyage leur soit élargie :

Nous appelons nos voisins les plus proches, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, à envisager l’autorisation en urgence de l’ouverture d’une bulle de voyage avec Les Fidji & d'autres États du Pacifique. Cela permettra d’accélérer la reprise économique du #Pacifique et de donner à nos citoyens les emplois dont ils ont besoin pour vivre.

#Politique : Alors que le gouvernement a enfin ouvert la bulle de voyage trans-Tasman à l’Australie, la pression politique s’accentue pour en faire de même le plus rapidement possible avec les îles du Pacifique.

Tout le monde n’était pas de cet avis sur les réseaux sociaux :

Non, non, non, non, non.
Eeeeeet… non.

Les îles Fidji ont enregistré leur premier cas de COVID-19 hors quarantaine depuis mars 2020, soit au pire des moments.

Les Fidji face à un danger sérieux et bien présent : le Premier ministre [Bainimarama]

Entre-temps, un travailleur frontalier a été testé positif en Nouvelle-Zélande, renforçant un peu plus les inquiétudes sur les voyages internationaux :

Un travailleur frontalier testé positif deux jours après l’ouverture de la bulle de voyage.
Ça a pris plus de temps que je le pensais.

Tony Blakely, professeur d’épidémiologie à l’université de Melbourne, a analysé pour The Conversation les risques liés aux bulles de voyage et à la levée des restrictions de déplacements internationaux auxquels s’expose l’Australie :

Here I propose three things we must consider:

  • the prevalence of the virus in the country from where travellers are coming, including the strain of virus
  • measures taken for the people travelling, including home quarantine and whether travellers are vaccinated
  • the percentage of our population who are immune.

Importantly, all these factors matter. It’s not simply a case of needing to ensure all travellers are vaccinated.

…we need a national framework to assess the risk. Focusing on one measure alone isn’t wise — you have to look at the whole system.

Je propose ici trois éléments à prendre en considération :

• la prévalence du virus dans le pays d’origine des voyageurs, y compris les variants ;
• les mesures prises pour les voyageurs, notamment la quarantaine à domicile et leur vaccination ;
• le pourcentage de notre population déjà immunisée.

Il est à noter que nous devons accorder une importance identique à tous ces facteurs. Il ne s’agit pas seulement de veiller à ce que tous les voyageurs soient vaccinés.

…Nous avons besoin d’un cadre national pour évaluer les risques. Nous devons considérer le système dans son ensemble et ne pas uniquement nous concentrer sur une seule mesure.

La bulle de voyage sera nécessairement sous pression lorsqu’apparaîtra à nouveau la transmission communautaire de la COVID-19 à la fois en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’Australie a suspendu en janvier 2021 les voyages sans quarantaine depuis la Nouvelle-Zélande en raison d’un cas de variant sud-africain du virus de l’autre côté de la mer de Tasman.

Le système bilatéral a été mis à l’épreuve durant la première semaine. La Nouvelle-Zélande a suspendu les voyages depuis Perth en raison d’un confinement de trois jours dans la capitale de l’Australie occidentale. Un homme originaire de Victoria a été testé positif à Melbourne après une quarantaine de 14 jours dans un hôtel de Perth. Les autorités néo-zélandaises ont également imposé des restrictions aux passagers qui étaient à bord de son vol et dans les lieux d’exposition à l’aéroport de Melbourne.

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