L'abandon de Naomi Osaka des tournois de Roland-Garros et Wimbledon attire l'attention sur la santé mentale des athlètes

La pandémie a exacerbé les inquiétudes concernant la santé mentale chez les personnalités sportives. Un certain nombre d'athlètes de haut niveau ont exprimé ouvertement leurs pressions et les problèmes de santé mentale associés à leurs sports.

Naomi Osaka” photo de Carine06 sous licence CC BY-SA 2.0

Avertissement: Cet article traite de sujets sensibles tels que la dépendance à l'alcool et l'automutilation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais – ndt]

La star du tennis nippo-américaine Naomi Osaka, quadruple championne du Grand Chelem en simple et championne en titre des Internationaux des États-Unis et d'Australie, a annoncé son  retrait du tournoi de Wimbledon, un tournoi international du Grand Chelem, le 17 juin 2021. En mai, Madame Osaka s'est retirée de Roland-Garros 2021  pour se concentrer sur sa santé mentale, déclenchant une conversation internationale sur les attentes déraisonnables qui pèsent sur les athlètes.

Le 27 mai, Madame Osaka a publié un tweet dans lequel elle annonçait refuser de participer aux conférences de presse du tournoi annuel Roland-Garros et déplorait que la santé mentale des athlètes soit souvent ignorée.

Ses sponsors ont largement soutenu son retrait du tournoi, notamment Nike et Mastercard qui l'ont applaudie pour avoir donné la priorité à sa santé. Le magazine Forbes a classé Madame Osaka sportive la mieux payée parmi les athlètes féminines en 2020.

Sa décision a mis en évidence les impacts sur la santé mentale de l'athlétisme professionnel à haute pression.

Défis pour la santé mentale des athlètes

Le magazine Sports Illustrated a fait un reportage sur l'expérience de la star de la natation américaine, Michael Phelps avec l'alcool et la dépression, la pause qui en a résulté et son retour progressif à la natation dans un numéro de 2015. Après avoir été médaillé à 22 reprises lors de 3 Jeux olympiques consécutifs et de grands concours mondiaux de natation, il a lutté contre la pression d'être sous les projecteurs et de maintenir ses performances. En septembre 2014, il a été arrêté pour excès de vitesse à 135 Km/h dans une zone sujette à 77 km/h et a ensuite arrêté pour conduite en état d'ébriété.

Selon l'article de Sports Illustrated, il a rejoint un centre de désintoxication pour faire face à sa dépendance à l'alcool. Après son séjour en cure, il a réussi à se rendre aux Jeux olympiques de Rio 2016 et a terminé sa carrière avec 28 médailles olympiques.

La coureuse olympique britannique Kelly Holmes, l’une des athlètes les plus décorées de son pays, est une autre sportive de haut niveau qui a été exceptionnellement franche au sujet de sa santé mentale. En 2019, madame Holmes a créé un podcast intitulé What Do I Do?: Mental Health and Me (Qu'est-ce que je fais?: La santé mentale et moi) qui traite de sa carrière de coureuse et son expérience face aux problèmes de santé mentale et discute d'un ensemble de problèmes tels que les troubles obsessionnels compulsifs  (TOC), l'insomnie, la toxicomanie, le chagrin, la dépression et l'anxiété.

Mme Holmes a souffert d'une série de blessures et de maladies tout au long de sa carrière qui l'ont mise à l'écart, notamment la fièvre glandulaire, une rupture du mollet, des ovaires tordus et une déchirure du tendon d'Achille, pour n'en nommer que quelques-unes. En 2003, juste avant les championnats du monde d'athlétisme à Paris, elle se blesse à nouveau. Lors d'une interview avec le Guardian, elle a parlé de sa détresse et des pulsions d'automutilation qui ont surgi à cause de sa blessure.

“I thought: ‘Why me? I’m so committed, so dedicated, why the ***k me?’ I just looked in the mirror and hated myself. I wanted the floor to open up, I wanted to jump in that space, I wanted it to close and I didn’t want to go back out. I was in such a bad way. Then I started cutting myself.”

« Je me suis dit : ‘Pourquoi moi ? Je suis si engagée, si dévouée, p***** pourquoi moi ? Je me suis juste regardée dans le miroir et je me suis détestée. Je voulais que le sol s'ouvre, je voulais sauter dans cet espace, je voulais qu'il se ferme et je ne voulais pas en ressortir. J'étais dans un si mauvais état. Ensuite, j'ai commencé à me couper».

Elle dit que ces expériences – les bas avec les blessures et les hauts avec sa victoire dans les compétitions de demi-fond – l'ont toutes inspirée pour créer son podcast. Elle invite fréquemment des célébrités et des personnalités publiques dans l'émission afin de démontrer que « nous pouvons vivre et connaître des difficultés tout en réussissant réellement. Si cela donne du pouvoir aux autres, ce serait vraiment bien».

Impact de la COVID-19 sur le sport professionnel

La pandémie a sensibilisé les personnalités sportives à la santé mentale.

L'ancien boxeur professionnel britannique Ricky Hatton a discuté des défis d'être boxeur et des problèmes de santé mentale qui les affligent sur et hors du ring.

En 2007, M. Hatton s'était préparé pour le combat de sa vie avec le champion du monde des poids welters Floyd Mayweather à Las Vegas. Avec son humble expérience dans les bas-fonds de Manchester, son ascension vers la gloire a dépassé ses rêves les plus fous. Cependant, son succès s'est arrêté lorsqu'il a perdu le combat au 10e round, commençant un chapitre sombre de sa vie où il a perdu deux autres combats majeurs et sombrait dans la dépression, la drogue et l'isolement. Dans une interview de 2020 avec la BBC, M. Hatton a déclaré :

“The pressure I found was in the ring and fighting and being able to provide for my family. I didn't struggle with being famous, but I struggled with being beaten…The bad things kept coming one after the other and that's what got the ball rolling with the depression.”

J'ai réalisé que la pression était sur le ring, dans les combats et dans ma capacité à subvenir aux besoins de ma famille. Je n'ai pas eu de difficulté à accepter la célébrité, mais j'ai eu du mal à accepter les défaites … Les mauvaises choses se sont succédé et c'est ce qui a déclenché la dépression.

Avec le début de la pandémie en 2020, M. Hatton a profité de l'occasion pour se remettre en forme à la fois physiquement et mentalement, et s'est donné pour mission d'encourager les autres ayant des problèmes de santé mentale: « Pour l'avoir vécu, j'estime devoir aider ceux qui rencontrent des problèmes de santé mentale. »

Il a donné des conseils à ceux qui rencontraient des difficultés pendant la pandémie :

“[The lockdown] helped me in so many ways. So if you're at home and suffering with your thoughts, just go out for a walk or a run. Or do a workout in the garden and let out some endorphins.”

[Le confinement] m'a aidé à bien des égards. Donc, si vous êtes à la maison et que des pensées négatives vous submergent, sortez simplement marcher ou courir. Ou faites une séance d'entraînement dans le jardin et laissez sortir des endorphines.

À la lumière de la pandémie, un certain nombre d'organisations sportives, dont la National Basketball Association (NBA) et la Premier League anglaise (EPL) ont adopté de nouvelles campagnes et politiques pour soutenir la santé mentale de leurs joueurs.

En février 2020, l'EPL a lancé la campagne Heads Up (la Tête haute) menée par le duc de Cambridge, le prince William. La campagne visait à encourager les conversations sur la santé mentale dans le football. Heads Up est un partenariat entre Heads Together et la Football Association (FA) qui souhaitaient exploiter la popularité du football pour provoquer une conversation généralisée sur la santé mentale.

Outre-Atlantique, le premier match éliminatoire de la NBA a coïncidé avec la première semaine du mois de sensibilisation à la santé mentale en mai. La NBA a lancé une campagne d'un mois avec le slogan : « Votre bien-être mental est aussi important que votre santé physique ». La campagne comportait également divers documents en ligne, notamment un podcast sur la santé mentale; un portail de formulation d'objectifs pour les enfants ; et une série documentaire d'Oprah Winfrey et du prince Harry axée sur la santé mentale.

Alors que les événements sportifs commencent à reprendre, les athlètes seront confrontés à une pression accrue autour de leurs performances. Avec des initiatives telles que celles prises par la NBA et l'EPL, il sera impératif que d'autres associations sportives s'attaquent d'urgence à ces problèmes pour éviter des cas comme celui de Naomi Osaka. La NBA a bien capturé cela dans sa campagne de sensibilisation mentale de mai :

“We’ve heard the lessons since childhood: Brush your teeth before bed. Stretch before running. Don’t eat right before swimming. And yes, it’s important to keep tabs on how your body is running physically. But it’s just as important to be aware of how you’re doing mentally.”

Nous avons appris ces leçons depuis l'enfance : Brosse-toi les dents avant d'aller te coucher. Étire-toi avant de courir. Ne mange pas juste avant de nager. Et oui, il est important de garder un œil sur la façon dont votre corps fonctionne physiquement. Mais il est tout aussi important d'être conscient de comment vous allez mentalement.

Alors que l'EPL et la NBA ont pris des mesures larges mais lentes pour préserver la santé mentale, les inquiétudes continuent d'affecter la NFL qui reste muette sur les effets des blessures à la tête, des commotions cérébrales, du stress post-jeu et de la dépression chez ses joueurs. L'ancien quart-arrière de la NFL, Ryan Leaf, a critiqué la NFL pour avoir ignoré les problèmes de santé mentale des anciens joueurs.

La santé mentale a attiré l'attention et continuera de peser sur le monde du sport alors que les joueurs acceptent l'isolement de ces 18 derniers mois. Il appartiendra également aux organisations de sports d'action qui gèrent à la fois les sports individuels et d'équipe de mieux aborder la santé mentale et de le faire avec plus d'empathie.

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