L'Inde pleure la disparition de Dilip Kumar, le «roi de la tragédie» de Bollywood

Actor Dilip Kumar with his wife actress Saira Banu in 2011. Image via Wikipedia by Bollywood Hungama.

L'acteur Dilip Kumar avec son épouse, l'actrice Saira Banu, en 2011. Image via Wikipédia par Bollywood Hungama; sous licence CC BY 3.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]

De nombreuses personnes en Inde sont attristées par la disparition de l'un des acteurs les plus populaires de Bollywood [fr] — et ancien député — Dilip Kumar, décédé le 7 juillet à l'âge de 98 ans, suite à des problèmes de santé. Il faisait partie d'un groupe d'acteurs et de producteurs légendaires de l'industrie cinématographique indienne, et avait travaillé sur plus de 60 films au cours de six décennies, de 1944 à 1999. Son jeu remarquable a laissé une impression perpétuelle dans le cœur des cinéphiles.

Une autre légende de Bollywood, Amitabh Bacchan, lui a rendu hommage sur Twitter :

Le rideau se tire sur une ère épique… Elle ne reviendra jamais…

Dilip Kumar [fr], de son vrai nom Mohammed Yusuf Khan, est né en 1921 dans la ville de Peshawar, dans l'actuel Pakistan. Lui et sa famille ont émigré à Mumbai, en Inde, en 1930. Il fit ses débuts dans le cinéma en 1944 dans Jwar Bhatta (”Marées hautes et basses”), créé par la célèbre maison de production Bombay Talkies [fr]. Sa productrice, Devika Rani, l'a persuadé de changer son nom à consonance musulmane pour celui qui l'a rendu célèbre, attirant le public indien hindou majoritaire de Bollywood.

En 1947, Kumar se fait remarquer avec le film à succès Jugnu (”La Libellule”), qui a reçu des critiques favorables. Au fur et à mesure qu'il montait en popularité, Kumar gagnait également en réputation. Il n'a jamais regardé en arrière, devenant l'un des acteurs les mieux payés d'Inde dans les années 1950.  Au moment où il est apparu dans le film historique épique Mughal-E-Azam [fr] (”Le grand Mughal”), sorti en 1960, Kumar était une star à part entière, et le film est devenu l'un des plus gros succès du box-office de l'industrie cinématographique indienne.

L'actrice Sophie Choudry se souvient :

Même quand j'étais petite, les cinéphiles passionnés de ma famille me montraient Aan, Jugnu, Mughal-E-Azam, Andaz, Devdas et bien d'autres. Pour nous, c'était le cinéma au plus haut niveau, et il était un pur génie à l'écran. Il restera inégalé.
#DilipKumar #roiducinema #legende #finduneepoque

Le jeu impeccable de Kumar a été largement reconnu. En 1954, Il a remporté le prix du meilleur acteur aux Filmfare Awards [fr] pour le film Daag (”La tache”). Il remportera ce prix sept fois de plus au cours de sa carrière.

Le magazine Filmfare a évoqué sa mémoire en publiant un collage de photos le montrant aux côtés des actrices avec lesquelles il a formé des duos populaires à l'écran :

En plus de son jeu d'acteur et de sa beauté, les duos cinématographiques de #DilipKumar sont également devenus mémorables. Voici un portrait, en compagnie de certaines de ses grandes dames

”Roi de la tragédie”

Kumar doit son surnom à ses rôles dans plusieurs histoires d'amour déchirantes au cours des années 1940 et 1950, dans lesquelles son personnage perd tragiquement l'objet de son affection ou finit par mourir.

Un homme politique du parti Bharatiya Janata, Amitava Chakravorty, a tweeté :

Seul acteur avec un nombre maximum de films avec une fin tragique qui est devenu une grande icône… Il fut désigné comme Roi de la Tragédie.

RIP #DilipKumar

Cependant, la popularité de Kumar ne se limitait en aucun cas à son travail à l'écran. Il a également joué un rôle central en matière de devoir civique. Dans les années 1950, par exemple, lorsque l'Inde connaissait des bouleversements majeurs, notamment des relations tendues entre Hindous et Musulmans [fr], Kumar a inspiré un sentiment d'unité au lendemain de l'indépendance, aidant les citoyens à se projeter au-delà des barrières de l'identité religieuse.

Il a également été à la tête de nombreuses initiatives sociales et de bienfaisance, a plaidé pour l'intégrité nationale et a dirigé des initiatives de collecte de fonds pour les forces armées indiennes. L'épisode qui reste sans doute le plus célèbre à propos de l'acteur légendaire — un fervent partisan de la lutte pour l'indépendance de l'Inde, concerne le fait qu'il a passé une nuit en prison pour avoir dénoncé les abus de pouvoir des autorités coloniales britanniques.

Il n'était donc pas surprenant que Kumar se soit finalement aventuré en politique. En 2000, il a été nommé au Rajya Sabha [fr] (Le Conseil des États) en tant que député par le Congrès national indien. Au cours de son mandat de six ans, il a consacré une grande partie de son temps à la construction et à l'amélioration de la Bandstand Promenade dans le quartier de Bandra à Mumbai.

Se souvenir de la légende

Que ce soit en Inde ou à travers le monde, les utilisateurs des médias sociaux ont rendu hommage à Dilip Kumar. La célèbre actrice indienne Shabana Azmi a tweeté :

Le jeu d'acteur n'est pas comme une course de chevaux où celui qui court le plus vite est considéré comme le meilleur. Un Othello qui fait autorité peut-être un Hamlet désastreux, alors comment jugez-vous un bon acteur?Par sa polyvalence, et il ne pourra jamais y avoir un autre #DilipKumar. Tragédie ou comédie, il était incroyable.

Melanie Greenberg, une résidente de Chicago qui anime une chaîne YouTube de critique de films indiens, a tweeté :

Je regarde présentement Yahudi. Dilip Kumar dans un combat à l'épée, portant une kippa. Je suis sous le charme! 😍😍

L'ancien Premier ministre népalais, Baburam Bhattarai, se souvient à quel point les films de Kumar ont fait partie de sa jeunesse :

Je rends mes sincères hommages au légendaire acteur Dilip Kumar (Yusuf Khan) à l'occasion de sa triste disparition. Je ne pourrai jamais oublier les jours romantiques des années 1970 au Chandigarh College of Architecture lorsque nous avions l'habitude d'envahir les salles de cinéma et les théâtres en plein air pour profiter de ses films comme Mughal-E-Azam et autres.

Compte tenu de son lieu de naissance, Kumar était — à juste titre — également populaire au Pakistan, où les cinéphiles ont pleuré sa mort. En 1998, Dilip Kumar devint le premier et le seul Indien à recevoir le Nishan-e-Imtiaz, la plus haute distinction civile pakistanaise.

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