L'Unesco propose de classer la Grande Barrière de corail, inscrite au patrimoine mondial, comme étant « en danger »

L'image montre des coraux blanchis dans l'océan.

Blanchissement de la Grande Barrière de corail en 2020. Image utilisée avec l'aimable autorisation de l'AIMS (Institut australien des sciences maritimes) ©Australian Institute of Marine Science 2011 (CC 3.0)

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt].

Dans un rapport du Centre du patrimoine mondial, l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) a préconisé des mesures pour protéger l'avenir de la Grande Barrière de corail, le plus grand écosystème de corail sur Terre, qui s'étend au large la côte australienne.

Le rapport, intitulé « Système d'information sur l'état de conservation » (SOC), préconise l'inscription de la Grande Barrière de corail sur la liste des sites « en danger ». Il préconise également au gouvernement australien de « prendre des mesures rapides » pour la préserver face au changement climatique,
« conformément à l'accord de Paris de 2015 sur le climat ». Au-delà du changement climatique, le rapport pointe du doigt d'autres menaces importantes, telles que le blanchissement des coraux, les rejets de dragage et le déversement des déchets, le développement côtier et l'intervention humaine.

Sussan Ley, la ministre australienne de l'environnement, a été « stupéfaite » à l'annonce de cette préconisation, la qualifiant d'arbitraire et de politique. Lors d'une conversation téléphonique avec Audrey Azoulay, la directrice générale de l'UNESCO, elle a affirmé que l'organisme s'écartait des processus habituels. Elle a invoqué un manque de consultation sur le sujet et affirmé que l'Australie était traitée de manière injuste :

I agree that global climate change is the single biggest threat to the world’s reefs but it is wrong, in our view, to single out the best managed reef in the world for an ‘in danger’ listing.

J'admets que le changement climatique constitue la plus grande menace pour les récifs de la planète. Mais à mon avis, cibler le récif le mieux géré au monde pour l'inscrire sur la liste des sites « en danger » est une erreur.

La ministre de l'environnement a défendu la gestion du récif par son gouvernement, la qualifiant de « modèle de référence ».

Elle a aussi déclaré que son gouvernement avait été « pris de court » par un « retournement de situation », affirmant qu'il avait été garanti que ce type de préconisation ne serait pas proposée tant que le comité au complet ne se serait pas réuni en juillet.

Fanny Douvere, docteure et coordinatrice du Programme marin du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, a rejeté ces allégations dans un
communiqué :

There is no doubt, based on the scientific information, that the Great Barrier Reef is in danger and it is important that the international community is aware of that. There is no process or procedure that requires us to share the content [of reports].

Il ne fait aucun doute, d'après les données scientifiques, que la Grande Barrière de Corail est en danger, et la communauté internationale doit impérativement le savoir. Nous ne sommes pas tenus de partager le contenu des rapports.

Elle a également nié des allégations selon lesquelles le gouvernement chinois aurait exercé des pressions politiques, dans le cadre de ses différends diplomatiques qui perdurent avec l'Australie.

La spéculation va bon train dans les médias traditionnels sur l'ingérence politique présumée de la Chine avec ce rapport :

L'Australie a été prise de court avec l'annonce de l'inscription de la Grande Barrière de corail sur la liste « en danger » par un comité de l'ONU présidé par la Chine, sans processus scientifique ou consultation en bonne et due forme. #auspol https://t.co/wJvNcSWaHP— Greg Brown (@gregbrown_TheOz) 22 juin 2021

Imogen Zethoven, experte-conseil en environnement, a présenté un point de vue très différent sur la plateforme en ligne Pearls and Irritations:

The Government deliberately fuelled a conspiracy theory that China must have been involved in the UNESCO report. It is alleged that the Prime Minister’s Office backgrounded journalists along these lines for the first 24 hours of the release.

Le gouvernement a délibérément alimenté les théories complotistes sur l'implication de la Chine dans le rapport de l'UNESCO. Il semblerait que le Cabinet du Premier ministre ait fourni de l'information à ce sujet aux journalistes pour publier dans les 24 heures suivant la sortie du rapport.

Fiona Katauskas, caricaturiste indépendante, a rejeté cette théorie complotiste sur la Chine :

C'est curieux de voir que le gouvernement se concentre sur la possible responsabilité de la Chine dans la classification de la Grande Barrière de corail comme étant en danger, et non sur le sujet principal : la Grande Barrière est réellement en danger

— Fiona Katauskas (@FionaKatauskas) 21 juin 2021

De nombreux·ses australien·ne·s ont été abasourdi·e·s par la réaction de Sussan Ley et l'ont fait savoir sur les réseaux sociaux :

I’m surprised the government is surprised about the listing of the Great Barrier Reef as ‘in danger’. UNESCO has been warning this for years & years . You can manage it as well as you like but climate change is killing it and we’re doing nothing about that in Australia .
— Sarah Macdonald 💉 (@sarahvmac) June 21, 2021

Je suis surprise que le gouvernement soit surpris de l'inscription de la Grande Barrière de corail sur la liste des sites en danger. L'UNESCO mettait en en garde à ce sujet depuis des années. Gérez-le à votre façon, mais le changement climatique est en train de la détruire et l'Australie ne fait rien pour empêcher ça.
— Sarah Macdonald 💉 (@sarahvmac)  21 juin 2021

Sussan Ley en résumé : « nous sommes d'accord, le changement climatique est en train de détruire la Grande Barrière de corail, mais nous ne ferons rien pour y remédier ».#auspol

— PrincessPooket (@JBPooket) 21 juin 2021

Peter Gleick, climatologue américain, a partagé un point de vue similaire :

Le gouvernement australien semble plus contrarié par le fait que l'UNESCO recommande l'inscription de la Grande Barrière de corail sur la liste « en danger », que par le fait qu'elle soit effectivement en danger.

Sussan Ley et Terri Butler, au sujet de la Grande Barrière de corail considérée « en danger » https://t.co/mW1D7Zbrmm

— Peter Gleick 🇺🇸 (@PeterGleick) 23 juin 2021

Sur le site d'information anglais The Guardian, un article retrace les « décénnies de dommages » causés sur le récif. L'incident le plus récent date de 2020. Il s'agissait de la troisième décoloration de masse [fr] du récif en cinq ans.

Le caricaturiste du Guardian connu sous le nom de First Dog on the Moon s'est moqué du gouvernement australien et de sa réticence à reconnaître pleinement la menace grandissante pour le récif.

Nom d'un chien. Pour qui se prennent-ils à l'UNESCO ? Inscrire la Grande Barrière de corail sur la liste des sites « en danger » ! Après tout ce que nous avons fait pour la préserver !

| First Dog on the Moon https://t.co/3slbAY5NhZ

— grace pettigrew (@broomstick33) 23 juin 2021

Et il continue, raillant la réaction du gouvernement et sa vulnérabilité
manifeste :

Everybody is upset about the reef and “climate change” but nobody cares that the government’s feeling have been hurt. I mean who is the real victim here?!

Tout le monde est contrarié au sujet du récif et du « changement climatique » mais personne ne se préoccupe du gouvernement, qui a été blessé. Enfin je veux dire, qui est la véritable victime ici ?!

Cette controverse a ravivé des divisions existantes au sein du gouvernement sur le sujet de la politique climatique. Scott Morrion, le Premier ministre, n'a toujours pas engagé le pays vers la réduction à zéro des émissions nettes de carbone d'ici à 2050, malgré la pression internationale. Le jour de la publication du rapport, Barnaby Joyce a été élu à la tête du Parti national d'Australie (partenaire minoritaire de la coalition) et a pris les fonctions de vice-premier ministre. M. Joyce est un fervent opposant aux objectifs 2050.

L'Australie est l'un des 21 pays membres du Comité du patrimoine mondial et contestera sans aucun doute l'inscription sur la liste « en danger » lors de la réunion de l'UNESCO en juillet.

[Depuis la rédaction de cet article, la réunion a eu lieu et l'UNESCO a accordé un sursis à l'Australie et décidé de reporter la décision à 2023, ndlt].

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