Décès en Jamaïque de la première poétesse dub, Jean « Binta » Breeze

La poétesse dub jamaïcaine Jean « Binta » Breeze lors d'une performance. Photo par Very Quiet sur Flickr, CC BY-SA 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]

Jean « Binta » Breeze, poétesse dub pionnière, conteuse et activiste culturelle, dont les performances poétiques d'une honnêteté sans faille ont touché de nombreux cœurs, est décédée le 5 août à l'hôpital de l'Université des Indes occidentales à Kingston. Jusqu'à sa mort, elle a vécu chez elle, dans la campagne de Hanover. Elle souffrait depuis quelque temps de BPCO [fr], une maladie pulmonaire chronique. Elle avait 65 ans.

Breeze, née Jean Lumsden en 1956, a été élevée par ses grand-parents agriculteurs dans la campagne jamaïcaine. En 2019, dans un entretien télévisé, elle a évoqué sa grand-mère qui s'asseyait chaque soir dans sa chambre pour lui réciter des poèmes dont elle se souvenait encore par cœur.

Elle a étudié à l'école d'art dramatique jamaïcaine de Kingston. Après avoir rencontré Linton Kwesi Johnson [fr], pionnier de la scène poésie dub [fr] émergente qui vivait au Royaume-Uni, il l’a invité à assister et participer au Black Book Fair en Angleterre. Dans les années 1970 et au début des années 80, la poésie dub en Angleterre a combiné les messages socio-politiques avec le spoken word, les accompagnant de musique dub et d'une lourde ligne de basse marquant le rythme et l'accent, comme en témoigne l'œuvre du musicien Dennis Bovell [fr].

Breeze a été la première femme interprète de dub à émerger et à se faire un nom. Telle un conteuse traditionnelle jamaïcaine, elle scandait des phrases répétées dans un style narratif. Elle s'inspirait souvent d'histoires personnelles pour sensibiliser les gens aux problèmes sociaux. Son poème Mad Woman [La Folle, ndt.], dont une version éditée  a été interprétée par la jeune lauréate du concours de chant du Festival de la Jamaïque, exprimait la sensibilité et la douleur de la maladie mentale en Jamaïque, dont elle a elle-même fait l'expérience. Son premier recueil de poésie, Ryddim Ravings (1988) abordait également ce sujet. Dans une émission de radio de la BBC en 2006, Breeze a d'ailleurs donné son point de vue sur la compréhension et le traitement de la schizophrénie. Cependant, sa poésie pouvait aussi être joyeuse et entraînante.

Le Royaume-Uni étant devenu son pays d'adoption pendant quelques années, Breeze a enseigné les études théâtrales au Brixton College pendant deux ans, pour finalement s'installer à Leicester, dans les Midlands, où elle a enseigné la création littéraire en tant que membre honoraire à l'école d'anglais de l'université de Leicester. Elle a obtenu un doctorat honorifique es lettres de l'université en 2018. Elle a également reçu une Musgrave Medal d'argent, décernée par l’Institute of Jamaica, ainsi qu'un prix en l'honneur de son oeuvre créée tout au long de sa vie, décerné par le festival de poésie jamaïcaine. Avant ces accolades, Breeze était devenue en 2012 chevalier de l'ordre de l'Empire britannique (MBE) pour services rendus à la littérature.

Jean « Binta » Breeze et sa fille, Imega Breese McNab, à l’anniversaire de la poétesse en 2017. Photo de Fae Ellington, utilisée avec son autorisation.

Elle a consacré sa vie à la performance et à l'écriture — pas seulement en poésie, mais aussi pour le théâtre, la télévision et le cinéma. Plus tard, au cours de sa vie, Breeze a partagé son temps entre le Royaume-Uni et la Jamaïque. Très demandée par les festivals littéraires et culturels, elle a effectué de nombreuses tournées internationales, se produisant dans les Caraïbes, en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Afrique.

le Cercle de poésie londonien a tweeté à l'annonce de son décès :

« Je remue désormais les cieux »
Nous avons la tristesse d'apprendre le décès de la poétesse Jean Binta Breeze, jamaïco-londonienne tant aimée. Son poème Rising, récemment affiché dans le métro dans le cadre du projet Poems on the Underground, est partagé ci-après. pic.twitter.com/AHs47FAJT6

— The Poetry Society (@PoetrySociety) 5 août 2021.

Son poème dreamer a été affiché dans le métro de Londres, en compagnie d'autres œuvres de poètes jamaïcains, à l'occasion du soixante-dixième anniversaire du Windrush, marquant le début de la migration des Antillais après la Seconde Guerre mondiale.

Ses agents britanniques, Renaissance One Writers and Events, ont partagé leur chagrin suite à son décès :

Nous sommes atterrés d'annoncer la mort de notre chère amie Jean « Binta » Breeze MBE, poétesse, artiste, metteuse en scène de théâtre, chorégraphe, actrice et enseignante, chez elle en Jamaïque à l'âge de 65 ans.

Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses amis en ce moment tragique. pic.twitter.com/yP3bkIAX4F

— Renaissance One Writers &amp ; Events (@renaissanceone) 5 août 2021.

La presse britannique a également salué la vie de Breeze, le Guardian anglais la présentant comme « l'une des poètes contemporains les plus importants et les plus influents. »

De retour en Jamaïque, la journaliste Fae Ellington, qui l'avait récemment interviewée pour la télévision, a tweeté une photo accompagnée d'un message :

Marche bien mon amie sœur, poétesse, Jean « Binta » Breeze, MBE.

Ton interview dans Profil a inspiré, informé et diverti.

Le souffle est parti mais ton héritage perdure. #JeanBintaBreeze#Poétesse pic.twitter.com/bCAm1P2IK4

- Fae A. Ellington🇯🇲 (@FaeEllington) 5 août 2021

S'adressant à Global Voices, Ellington a ajouté :

Jean ‘Binta’ Breeze was my sister friend. My dear friend. A brilliant poet. Her life's experiences provided her a varied palette from which she painted stories…her poems. She was authentic, true to herself and honest to a fault about herself. Walk good, my sister friend. She was a most outstanding poet who was celebrated in Jamaica, the UK and Europe.

My condolences to her son Gareth and wife Celia, daughter Imega and husband Alan, and daughter Caribe.

Jean « Binta » Breeze était mon amie sœur. Une amie précieuse. Une brillante poétesse. Les expériences qu'elle a vécues lui ont fourni une palette variée à partir de laquelle elle a peint des histoires… ses poèmes. Elle était authentique, fidèle à elle-même et parfaitement honnête envers elle-même. Marche bien, mon amie sœur. C'était une poétesse exceptionnelle qui a été célébrée en Jamaïque, au Royaume-Uni et en Europe.

Mes condoléances à son fils Gareth et sa femme Celia, sa fille Imega et son mari Alan, et sa fille Caribe.

Justine Henzell, cofondatrice du Festival littéraire de Calabash en Jamaïque, a tweeté ses condoléances, rappelant que la poétesse s'était produite au festival en 2004 :

Si triste d'apprendre le décès de l'incroyable poétesse jamaïcaine Jean Binta Breeze. Elle nous avait fait l'honneur de sa présence @calabashfest en 2004 pic.twitter.com/CknVzZzCtT

— Justine Henzell (@JustineHenzell) 5 août 2021

La poétesse lauréate de la Jamaïque, Olive Senior, a posté une photo de Breeze lors d'un événement organisé par la bibliothèque nationale à Montego Bay :

Jean Binta Breeze en 2015 lors de @natlibja l'événement Montego Bay pic.twitter.com/a40BRgPALf

— olive senior (@olivesenior) 5 août 2021

L'Organisation du secteur privé de la Jamaïque (PSOJ) a posté un tweet émouvant :

C'est avec un profond regret que nous avons appris le décès de Jean « Binta » Breeze, MBE, célèbre poétesse dub jamaïcaine et mère de notre directrice exécutif, Imega Breese McNab. Nous présentons nos sincères condoléances à la famille et aux amis de cette icône jamaïcaine. pic.twitter.com/wDjDS4YrGg

— Le PSOJ (@thePSOJ) 5 août 2021

Le poète et activiste culturel jamaïcain Owen « Blakka » Ellis, qui a étudié avec Breeze en Jamaïque à l'école d'arts dramatiques en 1978, a déclaré à Global Voices :

I was the one who named her ‘Binta’. At the time, the radical black artists at what is now the Edna Manley College of the Visual and Performing Arts were all choosing African middle names. Among other meanings, ‘Binta’ signifies ‘close to the heart’ or ‘daughter.’

C'est moi qui l'ai surnommée « Binta. » À l'époque, les artistes noirs radicaux de ce qui est aujourd'hui le Collège des arts et performances visuels d'Edna Manley choisissaient tous des prénoms africains. Entre autres significations, « Binta » signifie « proche du cœur » ou « fille ».

Ellis a ajouté :

For me, a key feature of her legacy as a Caribbean poet is in how she beautifully embodied the intersection between literary rigour and performance power.

Pour moi, un élément clé de son héritage en tant que poétesse caribéenne est la façon dont elle a superbement incarné la rencontre entre la rigueur littéraire et la puissance de la performance.

Breeze était adorée, tant en Jamaïque que dans sa seconde patrie, le Royaume-Uni, où sa voix imposante et passionnée manquera certainement.

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