Le plus grand scandale financier de l'histoire du Mozambique passe en jugement

Parmi les personnes impliquées dans l'affaire figurent l'ancien ministre des Finances, le fils de l'ancien président, ainsi que des responsables des services secrets du pays.

Une capture d'écran de la diffusion par Televisão de Mozambique du procès des « dettes cachées ». Source : YouTube – août 2021

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en portugais, ndt.]

Le procès des « dettes cachées » du Mozambique, le plus grand scandale financier et de corruption que le pays ait jamais connu, a débuté le 20 août 2021.

Dix-neuf accusés passent en jugement, dont Ndambi Guebuza, fils de l'ancien président de la République Armando Guebuza. Ils sont accusés de trafic d'influence, corruption passive, blanchiment d'argent, détournement de fonds, abus de pouvoir ou de fonction, falsification de documents et association de malfaiteurs. 

La corruption a commencé pendant le mandat de Guebuza, au pouvoir entre 2005 et 2015. À l'époque, certains responsables ont contracté secrètement plus de 2 milliards de dettes en dollars américains . Ni le parlement ni les entités financières officielles du Mozambique n'étaient au courant de ces transactions.

L'affaire a été signalée par des sources d’information étrangères tels que le Wall Street Journal en avril 2016. D'après les enquêtes, les personnes impliquées vont de l'ancien ministre des Finances au fils d'Armando Guebuza, en passant par des membres des services secrets mozambicains.

En raison du scandale, de nombreux partenaires de coopération du Mozambique, y compris le Fonds monétaire international, avaient suspendu leur soutien au budget de l'État.

Selon la radio Deutsche Welle, une étude publiée en mai 2021 indique que les dettes cachées ont réduit l'activité démocratique et créé  de l'autoritarisme au Mozambique, le secteur de l'éducation étant le plus touché.

 

Environ deux millions de Mozambicains ont été plongés dans la pauvreté absolue de 2016 à 2019 en raison de ces dettes cachées, comme le révèle une étude [en] intitulée Coûts et conséquences des dettes cachées pour le Mozambique, menée par le Public Integrity Center (CIP).

Elle indique également qu'avec les coûts directs de ces dettes, estimés à 674,2 millions de dollars américains, 56 000 salles de classe et 898 centres de santé auraient pu être construits.

En outre, chaque citoyen mozambicain a payé, à travers ces mêmes coûts, 159 dollars américains (environ 10 000 meticals mozambicains) pour soutenir la dette entre 2016 et 2019.

Dettes cachées : le début de l'enquête

Les dettes ont été contractées entre 2013 et 2014 auprès des succursales britanniques des banques d'investissement Credit Suisse et VTB par les sociétés d'État mozambicaines Proindicus, EMATUM (Empresa Moçambicana de Atum) et Mozambique Assets Management (MAM). Ces prêts ont été secrètement avalisés par le gouvernement, dirigé à l'époque par Armando Guebuza, sans l'approbation du Parlement ou du tribunal administratif.

Pour mieux comprendre cette affaire, en 2015, le gouvernement du Mozambique et ses partenaires ont réalisé un audit mené par le cabinet de gouvernance et d'évaluation des risques Kroll pour déterminer ce qui s'était réellement passé. Le rapport de 64 pages fournit des explications détaillées suite à une enquête menée sur les dettes contractées par les sociétés EMATUM, Proindicus et MAM.

Le document a montré qu'il y avait des écarts dans les prix payés et celui des biens et services livrés, indiquant qu'il existe toujours des différences dans la manière exacte dont les 2 milliards de dollars ont été dépensés, malgré des efforts considérables pour réduire ces écarts.

Le cabinet Kroll, selon le rapport, n'a pas été en mesure d'effectuer une quelconque évaluation fiable des biens et services fournis par les entreprises sous contrat en raison de la portée de trois contrats d'approvisionnement.

Jugement et réaction des Mozambicains

En plus du procès actuellement en cours, le ministère mozambicain de la justice a ouvert une enquête autonome sur plusieurs personnes soupçonnées d'avoir participé au stratagème, dont l’ancien ministre des Finances Manuel Chang, d'anciens directeurs de la Banco de Mozambique et d'anciens dirigeants du Crédit Suisse – l'institution bancaire qui a rendu les prêts possibles.

M. Chang a été accusé d'avoir approuvé des prêts illégaux selon la loi mozambicaine et de les avoir cachés aux autres membres du cabinet. Il est détenu en Afrique du Sud depuis plus de deux ans et demi, à la demande des États-Unis où il a été inculpé pour avoir fraudé des investisseurs américains. Les responsables débattent toujours de l'opportunité d’extrader M. Chang vers le Mozambique ou les États-Unis.

The trial of the #hiddendebts case began a little after 9:00 am. Almost 1 hour passed and the judge, MP and lawyers present previous points. The focus is on the pre-trial detention deadlines, as well as the release of members of the secret services to be free pending trial.

— Alexandre (@AllexandreMZ) August 23, 2021

Le procès de l'affaire #dettescachees a commencé peu après 9h00. Près d'une heure s'est écoulée et le juge, le député et les avocats présentent les points précédents. L'accent est mis sur les délais de la détention provisoire, ainsi que sur la libération des membres des services secrets pour qu'ils soient libres en l'attente de leur procès.

— Alexandre (@AllexandreMZ) 23 août 2021

Quant à Ndambi Guebuza, le fils aîné de l'ancien président du Mozambique, il nie avoir reçu des pots-de-vin, et son avocat affirme que sa détention est illégale. Selon un rapport de l'Observador, basé sur la combine révélée, le fils d'Armando Guebuza aurait reçu 33 millions de dollars de pots-de-vin pour influencer son père afin que celui-ci approuve un projet de protection côtière qui a servi de prétexte à un énorme prêt de 2,2 milliards de dollars.

Durant les premiers jours du procès, l'un des prévenus a révélé une information nouvelle à propos de l'actuel président de la République, Filipe Nyusi, affirmant que ce dernier avait approuvé le projet de protection maritime au centre des prêts lorsqu'il était ministre de la Défense nationale.

Le procès a fait naître, dès son entame, un large débat sur son équité et le manque d'indépendance au sein du ministère de la Justice du Mozambique. Le Centre pour l'intégrité publique (CIP) a qualifié le procès en lui-même de victoire pour le pays.

The judgment of the hidden debts case:
– A victory for the CIP in the fight against corruption
Read the full text: https://t.co/yQMaZZasu8

Le jugement de l'affaire des dettes cachées :
– Une victoire pour le CIP dans la lutte contre la corruption
Texte intégral à lire sur : https://t.co/yQMaZZasu8

Mais tout le monde n'est pas aussi optimiste. Certains affirment que les personnes puissantes et leurs familles (comme le fils de l'ancien président) ​​bénéficient injustement des lois et de la structure de gouvernance du Mozambique.

Upon hearing what is being said in the judgment of #HiddenDebts, society should question the rights of the children of the presidents, on account of the protection they have as if they were the children of kings. It hurts all of us who pay taxes.

— RAFAEL MACHALELA (@rafaelmachalela) August 31, 2021

Ce que veut dire le jugement de #DettesCachees, c'est que la société devrait s'interroger sur les droits des enfants des présidents, au vu de la protection dont ils bénéficient comme s'ils étaient les enfants de rois. Cela fait du tort à tous ceux qui paient des impôts.

— RAFAEL MACHALELA 🇲🇿 (@rafaelmachalela) 31 août 2021

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