Militantisme LGBTQ+ au Moyen-Orient : la clé pour mettre fin aux politiques rétrogrades ?

Capture d'écran de la vidéo Youtube, Imprisoned in Egypt for Raising the Rainbow Flag (Emprisonné en Égypte pour avoir arboré le drapeau arc-en-ciel), par Human Rights Watch.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en anglais, ndlt.]

Rédigé en anglais par Camille Arquette

Alors que de nombreux pays autour du globe adoptent davantage de politiques et d'usages en faveur de la communauté LGBTQ+, certains dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) naviguent à contre-courant.

De l’Égypte à la Turquie, en passant par l’Iran, les gouvernements du MENA repoussent l'inclusion des personnes LGBTQ+ : ils vont jusqu’à recourir aux réseaux sociaux et aux téléphones portables pour les repérer et les cibler. La stigmatisation sociale fait également obstacle au progrès. En effet, la communauté LGBTQ+ du Moyen-Orient est sérieusement menacée, et les défenseurs des droits internationaux doivent faire pression sur les gouvernements du MENA pour qu'ils réforment leurs politiques, afin de créer une société plus inclusive et dépourvue de toute forme de peur ou d'oppression.

Alors que la législation relative à la communauté LGBTQ+ varie d'un pays à l'autre au sein du MENA, la majorité des nations possède des lois strictes contre l’homosexualité, en grande partie héritées des puissances coloniales, telles que la France ou la Grande-Bretagne. En outre, certains ont adopté des lois fondées sur des interprétations de la charia. Ces réglementations s'opposent aux relations sexuelles entre personnes de même sexe ou à l’expression de la transidentité. En raison de ces cadres juridiques et de la stigmatisation sociale ciblant les personnes queers ou transgenres dans la région, il est devenu bien plus difficile pour les membres de la communauté LGBTQ+ de construire et de maintenir des espaces sûrs et inclusifs.

Lors d’une affaire majeure survenue en Égypte, Sarah Hegazy [fr], une féministe queer égyptienne, a été arrêtée après avoir brandi le drapeau arc-en-ciel durant un concert au Caire en 2017. La photo a été postée sur Facebook et partagée à de nombreuses reprises, attirant l'attention tant des détracteurs que des alliés de la communauté LGBTQ+. Quelques jours après la diffusion virale de l'image, le gouvernement égyptien est intervenu en arrêtant la militante pour « avoir rejoint un groupe illégal qui vise à interférer avec la constitution ». Le gouvernement a également examiné l’enregistrement du concert et a arrêté des douzaines d'autres membres du public hissant le drapeau de la fierté, ainsi que des citoyens qu'ils ont jugés gay ou transgenre. Le gouvernement a placé Sarah Hegazy en détention provisoire pendant trois mois durant lesquels, placée à l'isolement complet, les autorités égyptiennes l'ont torturée [fr] à coup de décharges électriques. Elles ont également encouragé les autres prisonnières à l'agresser et la maltraiter. Après sa libération, Sarah Hegazy s’est exilée à Toronto, mais, hélas, elle s’est suicidée en 2020.

Depuis le concert, le gouvernement égyptien a lancé une campagne d'arrestations massive :

Dans le cadre de cette campagne, les autorités égyptiennes ont créé de faux profils sur des sites de rencontres entre personnes de même sexe afin de piéger les personnes queers.

En Iran, pays tristement célèbre pour avoir exécuté [fr] des personnes LGBTQ+, les réseaux sociaux sont sous surveillance constante. La communauté LGBTQ+ continue de migrer vers Twitter, Instagram et Telegram pour exprimer son mécontentement envers le régime iranien. Du point de vue de ce dernier, l’homosexualité est considérée comme un péché passible de mort.  « En Iran, nous n'avons pas d’homosexuels », s'exclamait en 2007 l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad, tandis que Mehrdad Bazrpash, membre du parlement, assurait que « violer leurs droits constituait un immense honneur pour la République islamique ». De fait, la communauté LGBTQ+ d’Iran subit l’oppression et l'aliénation imposées par les autorités.

La chasse aux personnes LGBTQ+ en Iran se révèle invasive et souvent brutale. Les autorités perses sont autorisées à parcourir les applications de rencontres, telles que Grindr ou Hornet, afin de faire chanter et de piéger les individus en les attirant dans de dangereux guet-apens. Elles peuvent en outre facilement pirater des applications comme Hotgram ou Talaeii, une version autorisée en Iran de Telegram (qui a été interdit en 2018), en raison de leur faible politique de confidentialité. Les fondateurs peuvent également être dupés et amenés à communiquer avec des agents gouvernementaux. De telles contraintes et atteintes à la vie privée forcent de nombreux membres de la communauté LGBTQ+ à fuir vers des pays plus libéraux.

Une atmosphère hostile aux LGBTQ+ émerge également en Turquie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan évoque régulièrement la communauté de manière malveillante et humiliante, ce qui contribue à ce pic de haine envers les LGBTQ+. Durant de nombreuses années, la Turquie a été considérée comme un pays tolérant qui se démarquait au sein d’une région MENA socialement très conservatrice. Bien que l’homosexualité y demeure légale, M. Erdogan a investi d'importantes ressources afin de cibler la communauté, ce qui fait craindre une possible augmentation des crimes haineux dans le pays. Netflix a notamment dû annuler une série turque incluant un personnage gay, le gouvernement ayant refusé de délivrer une autorisation de tournage. En outre, en juin dernier, des médias turcs ont mené un boycott des équipements sportifs de la société française Décathlon qui s'était déclarée solidaire de la communauté LGBTQ+. Certains Turcs voient dans ces actes un leurre visant à détourner l'attention de la politique économique et sociale défaillante menée par le gouvernement.

Bien que ne faisant pas partie du Moyen-Orient, il faut noter que l’Afghanistan, qui partage une frontière avec l’Iran, traverse actuellement une crise menaçant les personnes LGBTQ+. Même si l'état de droit n'a jamais vraiment protégé cette communauté lors de l’occupation étasunienne, le risque de violence et d'injustices augmentera de manière significative sous le nouveau gouvernement taliban. Avant l’occupation militaire étasunienne de l’Afghanistan en 2001, les talibans étaient tristement célèbres pour leurs exécutions publiques de personnes queers.

Maintenant qu'ils sont de nouveau au pouvoir, des conséquences similaires sont attendues. Selon un article du Los Angeles Times, les talibans ont réprimé de nombreux pans de la population ces dernières semaines, dont la communauté LGBTQ+. En outre, un juge taliban a récemment confirmé à un média allemand que, conformément à la charia, l'homosexualité est illégale et la personne accusée sera lapidée ou ensevelie sous un mur.  Ces dernières années, de nombreuses personnes queers en Afghanistan ont fait leur coming-out auprès de leurs familles et ont commencé à utiliser leurs téléphones pour communiquer et se soutenir les uns les autres. Elles craignent désormais que les talibans ne confisquent leurs appareils, utilisant les informations qui s'y trouveraient afin de traquer d’autres membres de la communauté.

Un immeuble d’habitation de Tel-Aviv, en Israël,  éclairé aux couleurs de l'arc-en-ciel lors de la Pride Week 2015. Photo prise par Edgardo W. Olivera (CC BY 2.0).

Malgré les progrès accomplis concernant les droits LGBTQ+ dans certains secteurs de la région, la communauté souffre toujours. En Israël, un pays dont le gouvernement est fortement influencé par les groupes religieux, la législation a progressé à pas de géant afin de répondre aux besoins de la communauté LGBTQ+. Dans toute la région, des activistes se sont battus sans relâche pour leurs droits. La Tunisie constitue un parfait exemple de la force de la communauté LGBTQ+ qui a fait pression avec succès sur le gouvernement afin qu'il mette un terme aux examens anaux lors d’un jugement pour homosexualité.

Alors que ces efforts marquent une grande avancée, des lois punissant les relations entre personnes de même sexe subsistent. Les autorités gouvernementales se fient de plus en plus à la technologie pour identifier et traquer les membres de la communauté. Dans l’idée de ce qui a été réalisé en Tunisie, les défenseurs internationaux des droits LGBTQ+ doivent continuer à faire pression sur les gouvernements de la région MENA afin qu'ils changent de politique, ce qui améliorerait la situation des personnes LGBTQ+, leur garantissant protection et tolérance, tout en mettant fin au modèle rétrograde aujourd'hui manifeste dans la région.

Camille Arquette est une consultante spécialiste de terrorisme international s'intéressant aux droits LGBTQ+.

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