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L’enquête sur la mort du « prisonnier graffeur » azerbaïdjanais Bayram Mammadov est close

Catégories: Asie Centrale et Caucase, Azerbaïdjan, Droit, Droits humains, Education, Jeunesse, Liberté d'expression, Manifestations, Médias citoyens

Bayram Mammadov. Photo aimablement fournie par Vahid Aliyev et reproduite avec son autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]

Six mois après la découverte [1] à Istanbul du corps du militant azerbaïdjanais Bayram Mammadov par les garde-côtes de la Turquie, le bureau du procureur turc a divulgué le dernier rapport d'autopsie, mettant ainsi un terme à l'enquête sur sa mort. Selon les résultats de l'examen médico-légal, il est mort noyé. Il avait 26 ans.

Bayram Mammadov était connu en Azerbaïdjan comme l'un des deux « prisonniers de la statue », ou « prisonniers graffeurs ». Le 8 mai 2016, armés d'une bombe de peinture, Mammadov et Giyas Ibrahimov avaient tagué les phrases Qul Bayramınız Mübarək (Bonne journée de l'esclave) et Fuck the system sur la statue de l'ex-président Heydar Aliyev [2] [fr] en anticipation du Festival des fleurs, jour marquant l'anniversaire de l'ancien chef d'état.

Qul Bayramınız Mübarək joue sur les mots azeri Gül et Qul, le premier signifiant fleur et le second, esclave. Lors de leur arrestation le lendemain, les deux hommes ont été accusé de possession de drogue, le ministère de l'Intérieur ayant soi-disant « découvert » deux kilos d'héroïne dans leurs demeures respectives. Ils ont d'abord été condamnés à quatre mois de détention préventive. Puis, en octobre 2016, Giyas Ibrahimov a écopé [3] de dix ans de prison, le même verdict étant prononcé deux mois plus tard à l'encontre de Bayram Mammadov. En mai 2019, tous deux ont été pardonnés et libérés. Bayram Mammadov a toutefois été de nouveau arrêté à de multiples reprises [4] et a déclaré avoir été torturé lors de ces périodes d'incarcération.

En février 2020, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé que le procès et les verdicts envers les deux jeunes hommes bafouaient [5] plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l'homme, ordonnant au gouvernement azerbaïdjanais de leur verser une compensation de 36 000 €.

Bayram Mammadov comptait utiliser cette somme pour étudier à l'étranger. Il a emménagé à Istanbul en novembre 2020 dans le but de passer des examens d'anglais, continuant à essayer de s'inscrire dans des universités étrangères.

Il a été vu par ses ami·es pour la dernière fois le 29 avril.

Suite à l'annonce de son décès, les amis et amies du militant ont contacté en Turquie un groupe d'avocats et avocates indépendant·es au sein de la Progressive Lawyers Association [6] [tr] (Association des avocats et avocates progressistes), qui a partagé sur tweeter un communiqué le 7 décembre :

À l'attention du public et des médias. Voici notre communiqué sur l'enquête menée à propos de la mort de l'anarchiste azerbaïdjanais Bayram Mammadov. #BayramMammadov [7] pic.twitter.com/zV1MwYW4qm [8]

— ÇHD İstanbul Şube (@CHDistanbul) 7 décembre 2021 [9]

Ce communiqué conclut, en se fondant sur les résultats de l'autopsie, que Mammadov est bien mort noyé.

Après sa mort, son père est allé à Istanbul afin de ramener son fils à la maison pour un ultime adieu. Bayram Mammadov a été enterré le 9 mai, la veille du Festival des fleurs et le jour même de son arrestation cinq ans auparavant.