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Le Nigeria se détériore et devient une nation en proie à l'insécurité

Catégories: Afrique Sub-Saharienne, Nigéria, Gouvernance, Médias citoyens, Politique

Policiers à Kaduna, dans le centre-sud du Nigeria. Image par Allan LEONARD/MrUlster [1] , 8 novembre 2013. ( CC BY-NC 2.0 [2] ).

Le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique et l'une des plus grandes économies du Continent, est devenu un État en proie à l'insécurité. Du banditisme armé [3] dans le Nord-ouest au terrorisme djihadiste de Boko Haram [4] dans le Nord-est, la sécurité s'y est détériorée.

L'ironie des défis sécuritaires actuels du Nigéria est que le pays a fait, et continue de faire, d'énormes investissements de ressources financières, humaines, matérielles et militaires afin de promouvoir le développement, la paix et la sécurité de l'Afrique au niveau du continent. Cela explique pourquoi « les pays africains ont toujours des attentes envers le Nigeria» malgré ses nombreux « défauts en tant que nation», affirme [5] John Usanga, ambassadeur du Nigeria en Guinée-Bissau. Pourtant, le Nigéria se classe [6] actuellement au 17e rang des États les moins pacifiques au monde, selon le Global Peace Index 2022.

Attaque dans le train à destination d'Abuja-Kaduna

Le 28 mars 2022, un train à destination d'Abuja-Kaduna a été la cible des terroristes, et au moins 62 personnes ont été prises en otage [7] tandis que neuf ont été tuées. Dans une vidéo enregistrée avant la libération de l'une des personnes enlevées, les bandits auraient déclaré [8] que « le gouvernement devrait se hâter de nous rencontrer avant que nous ne transformions cet endroit en abattoir, car tuer ces personnes n'est rien pour nous ». Mais ce qui était plus choquant, c'est l'affirmation du bandit : « Ce n'est pas une question d'argent. On ne peut pas faire ça pour de l'argent. Le gouvernement sait ce que nous voulons », selon [9] le Vanguard, un journal nigérian. Cet acte de violence était apparemment motivé par une dispute personnelle entre les bandits et des responsables gouvernementaux. Dans ce paysage politique, il n'est pas surprenant que les citoyens soient terrifiés, avec 242 326 Nigérians [10] fuyant à l'étranger rien qu'à la fin de 2019, selon le département en charge des migrants et des réfugiés du Vatican.

Boko Haram

Boko Haram, un groupe terroriste fondé en 2002 dans le Nord-est de Maiduguri, a été la plus grande menace de l'armée nigériane au fil des ans. Le groupe terroriste serait responsable de la mort de plus de 350 000 Nigérians depuis 2009, selon [11] le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). En 2014, le groupe dont le nom « Boko Haram [12] » signifie « l'éducation occidentale est interdite » a enlevé 276 élèves âgées de 16 à 18 ans, pour la plupart des chrétiennes de l'école secondaire publique pour jeunes filles de la ville de Chibok [13] dans l'État de Borno, au Nigéria. A ce jour, 109 de ces filles  sont toujours en captivité [14]. Plus récemment, le 6 juin, des terroristes de Boko Haram ont incendié trois camions [15] sur la route très fréquentée de Damaturu-Maiduguri à Borno, dans le Nord-est du Nigeria, rapporte SaharaReporters, une agence de presse nigériane.

Les Nigérians ont peur [16] pour leur sécurité et à juste titre. En 2019 [17], environ 12 meurtres ont été enregistrés pour 1 000 habitants, et 838 cas d'enlèvement ont été signalés en 2018 [18], selon Statista, une société allemande de collecte de données. 

Normalisation de la violence ?

Cependant, la situation sécuritaire dans le pays n'est pas seulement menacée par le banditisme armé ou le terrorisme, mais aussi par des citoyens ordinaires. 

Le 29 mars, au stade MKO Abiola d'Abuja, la capitale, après le coup de sifflet final, les supporters nigérians  [19]ont pris d'assaut [19] le terrain et détruit le stade. Cette violente attaque faisait suite à la défaite du Nigeria à la Coupe d'Afrique des Nations, une compétition dans laquelle ils étaient censés être favoris [20], précise ESPN. En plus de cela, le pays ne s'est pas qualifié pour la Coupe du monde pour la deuxième fois de son histoire — pour la première fois depuis 2006 [21]Des supporters ghanéens auraient été contraints de descendre sur la pelouse après qu'un certain nombre d'entre eux aient été attaqués dans les tribunes. Ces violences pourraient être à l'origine de la crise cardiaque dont a été victime le Dr Joseph Kabungo [22], l'agent antidopage du match Abuja-Ghana, décédé peu après le coup de sifflet final.

De même, au stade Sani Abacha de Kano le 16 avril, des supporters enragés du Kano Pillars [23] ont pris d'assaut le terrain à la 82e minute, détruisant des véhicules, attaquant d'autres supporters, obligeant les joueurs et les officiels à courir pour se mettre en sécurité et conduisant prématurément à l’arrêt du match. Cet incident s'est produit moins d'un mois après les scènes horribles du match de qualification du Nigeria pour la Coupe du monde contre le Ghana au stade MKO Abiola, à Abuja.

Cela montre également que les citoyens ne sont pas toujours les victimes, mais peuvent aussi être de violents [24]agresseurs. Par conséquent, l'insécurité au Nigéria ira de mal en pie, avec des acteurs de mauvaise foi aggravant la situation, sciemment ou non. En revanche, dans un véritable rapport annuel réel du Global Peace Index, des pays africains [25]comme l'île Maurice, le Botswana et même le Ghana, les voisins du Nigeria sont considérés comme des pays beaucoup plus sûrs. L'île Maurice et le Ghana sont actuellement les 28e et 38e pays les plus en sécurité dans le monde.

Presque toutes les régions du pays sont en proie à l'insécurité [26]. Cette instabilité est le résultat direct du fait que les civils, les entités gouvernementales et le personnel de sécurité nationale se livrent régulièrement à des activités classées comme terroristes. Le Nigeria doit agir immédiatement en tant que front unifié (citoyens et gouvernement) pour mettre en œuvre une stratégie visant à retarder, mais finalement à inverser cette tendance rapide, en défendant son peuple et sa nation afin qu'il puisse continuer à être un Nigeria « uni » pour les générations futures.