L'Amérique latine continue d'investir dans la cryptomonnaie malgré la crise

Illustration par Erick Retana

Cet extrait est tiré de l'article écrit par Carlos Gutiérrez Bracho pour Connectas et est publié sur Global Voices dans le cadre d'un accord entre les deux plateformes médiatiques.

L'effondrement de la plateforme d'échange de cryptomonnaies FTX, créée par Sam Bankman-Fried en 2019 et déclarée en faillite le 11 novembre, a détérioré la confiance envers l'ensemble de l'industrie des monnaies numériques. Évaluée à 32 milliards de dollars, elle était considérée comme une des plus importantes plateformes de crypto et plusieurs voient maintenant cet effondrement comme un rappel douloureux des risques d'investissement sur le marché numérique. Est-ce le début de la fin pour la cryptomonnaie?

Divers organes médiatiques font souvent des prédictions sombres sur le marché de la cryptomonnaie, et ceux-ci se sont intensifiés depuis la chute du FTX. Cependant, ce ne sont pas tous les pays qui partagent ce point de vue. Par exemple, bien qu'un déclin de 200 % sur marché de la crypto ait « terrorisé » les investisseurs spéculatifs aux États-Unis, la plateforme média Rest of World mentionne que des entrepreneurs et des ardents latino-américains de la crypto sont « plus optimistes ». C'est peut-être dû au fait qu'ils ont l'habitude d'une telle volatilité.

L'Argentine a un taux d'inflation annuel de 88 % et est un des pays de la région avec le plus gros volume de transactions de cryptomonnaie. Selon le journal argentin La Nación, « on estime que 15 % des Argentins utilisent les cryptos. » Malgré leur volatilité, « ces actifs offrent une valeur refuge face à une économie instable. Dans certains cas, ils génèrent aussi des revenus. »

Une augmentation stable dans l'utilisation des cryptomonnaies a été enregistrée en Amérique latine. En effet, le New Payments Index de 2022 montre que 51 % des consommateurs de l'Amérique latine et des Caraïbes ont effectué au moins une transaction avec des cryptoactifs. Environ 54 % d'entre eux sont aussi optimistes face à la performance des actifs numériques en tant qu'investissement.

En moyenne, l'Amérique latine et les Caraïbes détenaient 6 % du volume mondial de cryptomonnaie entre 2017 et 2020. En 2020, ce nombre a augmenté à 15,8 % et profite depuis d'une croissance exponentielle, selon la rapport de Global Financial Integrity Cryptocurrencies: A Financial Crime Risk within Latin America and the Caribbean. De plus, quatre pays de l'Amérique latine se trouvaient dans le top 20 du classement mondial de l'Indice d'adoption des cryptomonnaies de 2021 : le Venezuela, l'Argentine, la Colombie et le Brésil.

Un marché en croissance de 40 % en Amérique latine

Le 2022 Geography of Cryptocurrency Report, par Chainalysis a révélé que l'Amérique latine a reçu 562 milliards de dollars en crypto entre juillet 2021 et juin 2022. C'est une augmentation de 40 % par rapport à la même période l'année précédente. Aussi, basé sur ces chiffres, on retrouve 5 des 30 pays les plus importants pour ce marché : le Brésil (7e position), l'Argentine (13e), la Colombie (15e), l'Équateur (18e) et le Mexique (28e).

Le Salvador est également un pays à prendre en considération dans la région. Le pays soulignait en septembre, son premier anniversaire à devenir le premier pays au monde à adopter le bitcoin comme monnaie légale. Cependant, le gouvernement de Nayib Bukele est désormais sous haute surveillance dû à son manque de transparence dans ses politiques économiques relativement aux cryptomonnaies. Autre sujet d'intérêt est le Petro vénézuélien. C'est la première cryptomonnaie émise par un gouvernement et qui est soutenue par ses ressources naturelles.  Certains analystes croient cependant que cette devise n'a pas joué un rôle fondamental dans l'économie du pays.

Les experts s'accordent à dire que nous vivons présentement un « hiver crypto » : c'est tout l'écosystème financier numérique qui est affecté. Ce qui veut dire que cette crise est sûrement passagère et que le phénomène crypto reprendra des forces, mais forcément avec de différentes règles. Luis J. Canessa, le dirigeant argentin de la planification de Chivo Maker Association croit que « presque toutes les institutions financières et les grosses entreprises ont maintenant des personnes évaluant l'écosystème du crypto de manière rigoureuse afin de pouvoir le percer. » Chivo Maker est constitué d'individus et d'entreprises qui sont « convaincus que la transformation du monde se fera à travers les bitcoins », ajoute-t-il.

Canessa, qui a aussi participé au projet Bukele, considère l'arrivée de la cryptomonnaie, et de sa technologie « considérablement révolutionnaire », comme étant un important changement de paradigme dans l'industrie de la finance mondiale. Sans aucun doute, cela a amorcé un débat entre le modèle traditionnel et la technologie de la crypto. « Même si ce n'est pas la même chose », ce débat nous rappelle les tensions entre Uber et les taxis traditionnels en ce qui concerne « ce qu'on faisait traditionnellement versus les innovations technologiques qui apportent du changement. » Il maintient que ce phénomène est toutefois normal, alors que « chaque fois qu'une option perturbatrice apparaît sur le marché, quelqu'un sera forcément dérangé par cette perturbation. »

La journaliste économique salvadorienne Mariana Belloso convient que ces temps de crises sont temporaires et que nous assisterons en réalité à un « mouvement vers le traditionnel ». En d'autres mots, vers l'utilisation des cryptomonnaies émises et contrôlées par les banques centrales. Selon elle, le problème n'est pas tant la technologie, mais plutôt l'avidité de ceux qui veulent faire de l'argent facilement et prendre avantage des autres. Elle explique que ce manque de contrôle a entraîné les compagnies à laisser prendre des décisions de jeunes professionnels qui n'ont généralement pas beaucoup d'expérience en administration ou en finance.

Les défis pour son adoption

Le Global Financial Integrity (GFI) explique aussi qu'il existe deux problèmes majeurs relatifs à l'adoption des cryptomonnaies par l'Amérique latine. Le premier étant une compréhension limitée du sujet par les gens. Sur une échelle de 0 à 5 (5 étant une connaissance maximale), on la place faiblement à 2,08.

L'autre problème est l'incapacité du gouvernement de prévenir, détecter, d'investiguer ou de poursuivre en justice les crimes économiques qui peuvent survenir suite à l'adoption de cryptoactifs et d'autres technologies émergentes. Selon une analyse de la GFI, les cryptomonnaies ont été utilisées pour commettre des crimes, comme de la fraude, de l'escroquerie, de l'hameçonnage et de l'extorsion. The Economist partage cet avis et mentionne que « de nombreux blanchisseurs d'argent, fraudeurs et arnaqueurs » sont impliqués dans ces transactions numériques.

GFI croit que les cryptoactifs sont là pour de bon, mais qu'ils devront être réglementés afin d'offrir une garantie et une protection autant pour les utilisateurs que pour les investisseurs. Parmi les actions, elle recommande que des mesures soient mises en place pour améliorer la compréhension de l'écosystème de la crypto dans chaque pays. Cela comprend : le développement d'une réglementation qui assurera transparence et prévisibilité en renforçant les formations spécialisées et l'échange d'informations entre les différents secteurs de la société.

Toutefois, la réglementation est peut-être le plus gros dilemme que les cryptomonnaies, comme le bitcoin par exemple, aient à affronter. Selon le chercheur argentin Julio César Marchione et ses collègues, c'est le premier à être complètement décentralisé, ouvert et non réglementé pour faire des transactions pair-à-pair. Les chercheurs soulignent que la décentralisation est à son cœur, ce qui veut donc dire de « ne pas avoir aucune restriction quant à son utilisation » ou qui ne nécessite aucune autorisation. Même si les recherches mettent l'accent sur cet écosystème de cryptomonnaie étant le plus représentatif d'entre eux, ce n'est pas le seul. Il y en a environ 8 000 autres, qui partagent le même principe malgré leurs caractéristiques spécifiques.

Certes, il s'agit une ressource financière technologique qui a subi d'énormes pertes financières et beaucoup de maux de tête dus aux erreurs continuelles ; ce qui causa des doutes considérables. Par contre, comme le mentionnent les experts, la perspective n'est pas entièrement sombre, pas plus que les cryptomonnaies ne disparaîtront. Il revient maintenant aux gouvernements de trouver des procédures qui garantiront la sécurité du placement. Puis, les investisseurs doivent apprendre à gérer de la meilleure façon leurs devises numériques.

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