Les Africains restent largement invisibles à Taiwan

Capture d'écran de la chaîne YouTube GuanXi Taiwan.

Sauf indication contraire, tous les [liens renvoient vers des sites en anglais]

À Taïwan, le continent africain reste largement invisible sur le plan culturel, économique et politique. C'est la raison pour laquelle la Journée de l'Afrique, célébrée à Taipei le 25 mai de chaque année, offre une rare occasion de célébrer les cultures africaines, même si ce n'est que pour une journée.

Photo tirée d'une exposition au Centre national de la photographie et de l'image de Taipei, montrant un stagiaire africain et un formateur taïwanais dans les années 1960 à Taïwan. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

Aujourd'hui, Taiwan entretient des relations diplomatiques complètes uniquement avec le Royaume d'Eswatini [fr] sur le continent africain et dispose d'un bureau de représentation au Somaliland . Cependant, l’île n’a pas toujours eu si peu de relations politiques et économiques avec l’Afrique. En effet, lorsque les Nations unies ont été créées en 1945, la République de Chine – tel était et est encore aujourd’hui le nom officiel de Taiwan (ROC) – était un membre fondateur du nouvel ordre politique né de la Seconde Guerre mondiale.

Alors que la plupart des pays africains ont obtenu leur indépendance des puissances coloniales à partir de la fin des années 1950 et des années 1960, les nouveaux États ont établi des relations diplomatiques complètes avec la République de Chine. Même si la République populaire de Chine (RPC) a été créée en 1949, elle n'a pas obtenu de reconnaissance diplomatique en Afrique pendant très longtemps. Au cours de cette période, la République de Chine était largement présente en Afrique et a lancé des programmes de développement centrés sur l'agriculture, les infrastructures et la formation professionnelle. Elle a également invité les étudiants du continent à se former à Taiwan, principalement en tant qu'ingénieurs, experts agricoles, infirmiers et médecins. C’était une époque où l’Afrique était visible sur l’île, à travers sa médiatisation, ses échanges commerciaux, la présence d’étudiants étrangers, mais aussi à travers les experts taïwanais déployés sur le continent.

Tout cela a radicalement changé [fr] après octobre 1971, lorsque la RPC a remplacé la République de Chine à l’ONU, avec en effet un soutien et un lobbying importants de la part des pays africains avec lesquels Pékin a développé des relations amicales à partir des années 1960. Après cette date, le nombre d’alliés diplomatiques de Taiwan a fortement chuté et est désormais réduit à un ou deux si l’on inclut le Somaliland dans le décompte, bien qu’il ne soit pas reconnu internationalement comme un État indépendant.

Pour en savoir plus, lire Forging bonds: people-to-People diplomacy between Taiwan and Somaliland (Forger des liens : diplomatie de peuple à peuple entre Taiwan et le Somaliland)

Aujourd’hui, l’Afrique est rarement visible à Taiwan, que ce soit sur le plan culturel, économique ou politique. L'île ne dispose pas de centre universitaire axé sur l'Afrique et les médias locaux couvrent rarement l'actualité liée au continent. Il y a quelques étudiants africains, certains sont restés et se sont parfois mariés avec des Taïwanais, mais même s'il n'existe pas de statistiques officielles, la plupart des Africains interrogés affirment qu'il n'y en a probablement que quelques centaines dans un pays de 23 millions d'habitants. Certains étudiants ont également été victimes d'arnaques d'exploitation, comme le montre ce rapport d'enquête du très respecté média basé à Taipei, The Reporter (報導者) :

有一群來自非洲烏干達學生的身影,他們原本滿心期待、飛越萬里來台讀大學,但多數時間卻變成在工廠裡打工。那些學校招生時的各種承諾,在學生抵台後卻無一兌現。

Il existe des groupes d'étudiants africains qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour étudier à Taiwan avec de grandes attentes, mais ils ont passé la plupart de leur temps dans des usines à travailler pour gagner leur vie. Les diverses promesses faites par ces écoles lors de l’inscription n’ont pas été tenues après l’arrivée de ceux-ci à Taiwan.

Lire la suite : Taïwan et Burkina Faso : une histoire diplomatique tumultueuse [fr]

La scène pour les musiciens à l'Afrofest. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

C'est la raison pour laquelle la célébration de la Journée de l'Afrique à travers un événement culturel nommé Afrofest dans la capitale Taipei est une occasion rare de voir les Africains et les Noirs vivant à Taiwan se rassembler pour célébrer et partager leur identité et leur culture à travers la musique, la danse et la nourriture.

Le 25 mai est appelé Journée de l’Afrique[fr] en référence au jour où le prédécesseur de l’actuelle Union africaine, alors appelée Organisation de l’unité africaine (1963-2002), a été créé le 25 mai 1963. Cette date, anciennement connue sous le nom de Journée de libération de l’Afrique, a commencé comme une déclaration politique dans les années 1960, alors que la décolonisation conduisait enfin à l'indépendance du continent.

Cette année, l'événement Afrofest s'est déroulé dans une grande tente du Taipei Expo Park.

Voici une galerie de photos présentant la joie de la musique et de la danse africaines, principalement, où Africains, Taïwanais, Noirs et autres non-Taïwanais se mélangent au son des rythmes africains.

Tout le monde danse à l’Afrofest. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

Célébration des rythmes africains. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

La musique ne connaît pas de frontières. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

Pour en savoir plus : Highlighting Taiwan’s international invisibility (Mise en évidence de l'invisibilité internationale de Taïwan)

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