Conférence des Nations unies PEID4 : les États des Caraïbes et du Pacifique réitèrent l'appel à négocier un traité de non-prolifération des combustibles fossiles

Participants invités à l'évènement « Financer une transition juste vers une sortie des combustibles fossiles : Tracer la voie pour les petits États insulaires en développement », en marge de la Conférence PEID4. Photo de Dylan Kava fournie par Climate Tracker, reproduction autorisée.

Cet article a été initialement publié sur le site de Climate Tracker. Une version modifiée est reproduite ci-dessous avec autorisation. 

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais.]

L'État caribéen d'Antigua-et-Barbuda, composé de deux îles, a [récemment] accueilli la 4e conférence internationale sur les petits États insulaires en développement (PEID4) [fr]. Cet événement mondial, qui a lieu une fois tous les dix ans, est consacré aux vulnérabilités et aux défis propres à ces pays. La conférence vise à favoriser le développement durable au travers de la collaboration internationale, à renforcer la résilience face à la crise climatique et à promouvoir le progrès économique, social et environnemental.

Lors de la séance plénière d'ouverture du sommet, la République des îles Marshall a officiellement annoncé son soutien à la proposition de traité de non-prolifération des combustibles fossiles, devenant ainsi le 13e État à rejoindre la coalition aux côtés des nations suivantes : Vanuatu, Tuvalu, Tonga, Fidji, Salomon, Niué, Antigua-et-Barbuda, Timor oriental, Palaos, Colombie, Samoa et Nauru.

Ces pays progressistes en matière de climat mènent des efforts à l'échelle mondiale dans le but d'obtenir un mandat de négociation en vue d'un nouveau mécanisme juridique. Il s'agit d'une part, d'assurer une transition juste vers une sortie du pétrole, du gaz et du charbon et d'autre part, d'augmenter les chances que la planète ne dépasse pas le seuil de réchauffement de 1,5° C.

La présidente des îles Marshall, Hilda Heine, explique que « les combustibles fossiles sont au cœur de la crise planétaire à laquelle nous sommes aujourd'hui confrontés. Mon pays […] comprend les dangers que représentent les énergies fossiles et la nécessité absolue de prendre des mesures au vu de l'urgence de la menace. »

Face à des répercussions climatiques de plus en plus graves, ce soutien de la part de la présidente souligne le rôle prépondérant de la nation insulaire dans la lutte contre les changements climatiques et la défense des droits humains.

Pourquoi un autre traité ?

Élaborée sur le modèle d'accords internationaux ayant abouti, à l'instar du Traité sur la non-prolifération nucléaire, cette nouvelle initiative vise à favoriser la coopération mondiale afin d'atténuer les changements climatiques en s'attaquant à l'une de ses causes principales : la production et la consommation d'énergies fossiles.

Ses trois objectifs clés consistent à­ :

  • stopper l'expansion de la production de combustibles fossiles en mettant fin aux nouveaux projets d'exploration et d'extraction ;
  • mettre en œuvre un plan de transition juste et équitable pour les travailleurs et les communautés qui dépendent de l'industrie des énergies fossiles ; et
  • promouvoir et soutenir la transition vers des sources d'énergies renouvelables.

En luttant directement contre la production et la consommation de combustibles fossiles, le traité a pour but d'assurer un avenir plus sûr, plus sain et plus durable. À présent que la République des îles Marshall fait partie [de la coalition], la proposition est soutenue par 12 petits États insulaires en développement sur 39, ainsi que par la Colombie – un important pays en développement producteur de charbon et de gaz.

Susana Muhamad, ministre colombienne de l'Environnement et du Développement durable, lors de la conférence PEID4. Photo de Dylan Kava fournie par Climate Tracker, reproduction autorisée.

Susana Muhamad, ministre colombienne de l'Environnement et du Développement durable, souligne que « les îles Marshall ont toujours joué un rôle de premier plan dans les négociations sur le climat. Leur représentation claire des réalités des changements climatiques aide à faire avancer les pourparlers en vue d'un traité de non-prolifération des combustibles fossiles qui soit contraignant, indispensable à une transition cohérente et conforme à la justice sociale. »

Le soutien international au traité s'étend au-delà de ces 13 pays : plus de 2 500 organisations de la société civile, dans une centaine de villes, appellent également à des mesures urgentes pour sortir progressivement des combustibles fossiles et investir dans des solutions d'énergie propre. Ce changement est d'autant plus essentiel pour les États vulnérables sur le plan climatique, tels que ceux situés dans les Caraïbes.

La dépendance aux énergies fossiles face à la vulnérabilité climatique

Les États des Caraïbes, souvent décrits comme dépendants soit de l'importation soit de la production de combustibles fossiles, sont particulièrement exposés aux effets néfastes des changements climatiques.

La montée des eaux provoque des inondations dans les zones basses, des déplacements de populations [fr] et des dommages aux infrastructures. L'augmentation de la fréquence et de l'intensité des ouragans cause des ravages, avec pour conséquences des pertes de vies humaines, une instabilité économique et un recul du développement.

En outre, certains pays riches en pétrole et en gaz – tels que le Suriname, le Guyana [fr] et Trinité-et-Tobago – possèdent d'importantes réserves de combustibles fossiles et jouent un rôle significatif dans le paysage énergétique de la région.

Suite à la découverte de vastes gisements de pétrole en mer, le Suriname et le Guyana ont émergé en tant que nouveaux acteurs de l'industrie pétrolière mondiale – une source d'optimisme pour la croissance économique, l'emploi et la production de revenus. De son côté, Trinité-et-Tobago représente depuis longtemps un acteur majeur des secteurs pétrolier et gazier dans les Caraïbes. Le pays en retire les bénéfices économiques qui vont de pair, mais se trouve également confronté à des défis liés à la pollution environnementale, aux émissions de carbone et à la diversification économique.

On constate cependant une prise de conscience grandissante de la nécessité pour les pays caribéens producteurs de pétrole et de gaz d'entreprendre une transition vers des systèmes énergétiques plus propres et plus durables, tels que le solaire, l'éolien et l'hydroélectricité. Investir dans des infrastructures et des technologies d'énergies renouvelables peut également stimuler le développement économique, créer des emplois verts et réduire la dépendance aux importations de combustibles fossiles.

Franchir le pas pour un avenir meilleur

Sir Molwyn Joseph, ministre de la Santé, du Bien-être et de l'Environnement d'Antigua-et-Barbuda, lors de la conférence PEID4. Photo de Dylan Kava fournie par Climate Tracker, reproduction autorisée.

Sir Molwyn Joseph, ministre de la Santé, du Bien-être et de l'Environnement à Antigua-et-Barbuda, a insisté sur le fait qu'il était « extrêmement important pour les petits États insulaires en développement d'agir solidairement. Nous ne pouvons pas compter sur les grandes puissances économiques, responsables de la prolifération des énergies fossiles qui provoquent le réchauffement de la planète et dévastent les pays insulaires […]. J'espère convaincre l'ensemble des îles des Caraïbes de se joindre à cette coalition. »

Reste à voir quels États caribéens franchiront le pas de soutenir la proposition de traité sur les combustibles fossiles. Les statistiques [fr] confirment que les énergies fossiles sont responsables de 86 % des émissions de CO2 sur les dix dernières années. Près de deux tiers des gaz à effet de serre ayant rejoint l'atmosphère depuis la révolution industrielle peuvent être attribués à seulement 90 compagnies d'énergies fossiles. Au niveau mondial également, les gouvernements sont en passe de produire 110 % de combustibles fossiles de plus [fr] que ce qui est compatible avec l'objectif de 1,5° C.

Les petits États insulaires en développement comptent parmi les plus vulnérables face aux changements climatiques, bien qu'ils contribuent pour moins de 1 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. À l'occasion de leur rencontre à Antigua-et-Barbuda, l'appel [était] clair : la sortie progressive des énergies fossiles et la transition énergétique mondiale doivent être des priorités – qu'il convient de mettre en œuvre rapidement, de manière juste et à l'aide de financements.

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