Le blocus environnemental de la montagne Kožuf en Macédoine du nord : « Nous resterons là jusqu'au bout »

Des activistes bloquant la route menant au centre de ski de la montagne Kožuf.

Des activistes bloquent la route menant à la station de ski de la montagne Kožuf. Sur les pancartes, on peut lire : « L'écocide est un crime », « Ils veulent couper les veines de la montagne Kožuf », « Le peuple est le sauveur de la montagne » et « Ils veulent tuer la montagne Kožuf ». Photo tirée de Meta.mk, utilisée avec permission.

Cet article écrit par Antonija Popovska est paru en premier sur Meta.mk le 14 juillet 2025. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de  partenariat de contenu avec la Fondation Metamorphosis.

L'annonce de la construction de deux petites centrales hydroélectriques le long de la rivière Došnica (aussi appelée Doshnica) a alarmé les associations de défense de l'environnement et les activistes locaux qui mènent actuellement un blocus. La rivière se situe sur Kožuf (aussi appelé Koshuv), une montagne au sud de la Macédoine du nord, proche de la frontière avec la Grèce. Elle prend source sous le pic de Zelen Breg (la colline verte), près d'une station de ski qui n'a jamais ouvert ses portes. Les activistes expliquent que plus de 1 000 mètres cubes de forêt ont été abattus afin de préparer la construction en elle-même.

C'est lors d'une chaude journée de juillet que l'équipe de Meta.mk roule lentement sur la route menant vers Smrdliva Voda, l'endroit où une grande manifestation a eu lieu contre la construction de centrales électriques le 29 juin 2025. Le paysage est pittoresque, rempli de grands arbres verdoyants.

Le Kožuf et le nouveau barrage près du village de Konsho. Photo tirée de Meta.mk, utilisée avec permission.

Le Kožuf et le nouveau barrage près du village de Konsho. Photo tirée de Meta.mk, utilisée avec permission.

À quelques kilomètres du Smrdliva Voda (les eaux nauséabondes), un site touristique populaire offrant des sources chaudes, l'équipe se dirige vers Asan Cheshma, où l'on trouve de nombreux véhicules garés et de nombreux éco-activistes, citoyens et supporteurs venant des quatre coins de la Macédoine du nord. Des habitants de Delčevo, de Skopje, et de Gevgelija sont tous réunis dans un seul objectif : empêcher toute construction sur la montagne qui pourrait détruire la nature et ses trésors. Cela fait pratiquement un mois qu'ils bloquent jour et nuit la route.

Perdre de la forêt

Kristijan Alchinov, apiculteur professionnel, apithérapeute et activiste de longue date pour le Kožuf s'inquiète de la grande zone déjà déforestée.

Kristijan Alchinov. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.

Kristijan Alchinov. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.

Il explique :

Ако дојде, пак, до изградба, ќе треба да се прекопува течението на реката Дошница долж 4 километри, а со ширина од 8 метри. Тоа значи дека целата флора, фауна и ендемичните видови, ќе бидат уништени. Дошница е најчистата река во Македоинја, од која може да се пие вода и е наше богатство и затоа не смее да се дозволи чепкање во нејзината разновидност. Покрај рибите, пастрмката, разновидните ракови, ендемичните мовови, една од најважните видови е медоносната пчела апис мелифера македоника, чие живеалиште е Црвени стени, кој е всушност еден долг предел по течението на Дошница. Тие би биле буквално истребени од нивното живеалиште, а тоа богатство е непроценливо и тоа не може да се мери со ниеден државен, општествен и каков и да е интерес и профит.

Si une construction était entreprise, la rivière Došnica devrait être draguée sur quatre kilomètres et élargie pour atteindre huit mètres de large. Cela veut dire que toute la faune, la flore et les espèces endémiques seraient détruites. La Došnica est la rivière la plus propre de Macédoine, de laquelle on peut boire l'eau, et c'est notre trésor, sa diversité ne doit donc pas être dérangée. En plus du poisson, des truites, de divers crustacés et de mousses endémiques, l'une des espèces les plus importantes est l'abeille mellifère locale, Apis mellifera macedonica [en], qui a pour habitat la Crveni Steni [la Roche rouge], qui s'étend tout le long d'une grande partie de la Došnica. Elles seraient donc littéralement exterminées de leur habitat, et cette richesse n'a pas de prix. C'est bien plus que n'importe quelle mesure d'intérêt ou de profit d'État, social ou économique.

Kristijan Alchinov et les autres activistes expliquent qu'ils n'abandonneront pas et qu'ils ne laisseront pas de tels « projets sournois » s'entreprendre.

Le ministre de l'Environnement devrait tenir parole

Marina Tomova, une activiste originaire de Gevgelija appartenant à l’association de société civile Change Makers, explique que, dès qu'ils apprenaient qu'un camion et un semi-remorque s'approchaient de la zone, ils les bloquaient près de Smrdliva Voda.

Marina Tomova. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.

Marina Tomova. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.

« L'entreprise de construction est arrivée avec un tracteur afin de charger des machines qui étaient déjà là. Ils ont expliqué que leur permis avait été révoqué et qu'ils allaient emporter les machines pour les enlever du site. Mais malheureusement, c'était un mensonge. Tant que le permis de construire n'est pas révoqué, nous ne bougerons pas », explique Marina Tomova. « Le ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du Territoire, Izet Medziti, a déclaré vouloir faire le maximum pour le bien des citoyens. Nous le prenons au mot, même si le gouvernement a malheureusement décidé que le permis de construire durerait jusqu'en avril 2026. » Marina Tomova est résolue à rester sur le blocus jusqu'au bout et à faire tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer toute activité de construction sur le site.

L'éco-activiste Risto Kamov a expliqué qu'une requête a été soumise par les manifestants au parlement de Macédoine du nord, conjurant le gouvernement de respecter les accords internationaux qu'il a signé, lesquels exigent une consultation publique pour la construction de projets pouvant menacer l'environnement :

Врз основа токму на овие договори, во Црна Гора и во БиХ вакви хидроцентрали не се градат од 2022 година. За жал, почнавме со заштитата на Дошница поради мегаломански проект за изградба на хидроцентрали кои сакаат да ја стават реката во цевка на 20 километри, што ќе значи уништување на целиот биодиверзитет и уништување на сите ендемски видови, не само пчелите, пастрмките, туку и други животни ендемични кои ги има само на Кожув планина. Ние бараме да се почитуваат конвенциите бидејќи секаде во Европа се вадат цевките од реките, и се оставаат реките да одат по својот природен тек. Еднаш засекогаш да престанеме со овие девастирачки проекти.

Conformément à ces accords, aucune centrale hydroélectrique n'a été construite au Monténégro ou en Bosnie-Herzégovine depuis 2022. Malheureusement, nous avons dû commencer à protéger la Doshnica à cause d'un projet mégalomaniaque de construction de centrales hydroélectriques qui devait acheminer la rivière par tuyau sur 20 kilomètres, ce qui engendrerait la destruction de toute la biodiversité et des espèces endémiques ; non seulement les abeilles et la truite, mais aussi d'autres animaux endémiques que l'on ne trouve que sur le Kožuf. Nous demandons le respect des conventions, car partout ailleurs en Europe, les tuyaux sont retirés des rivières et celles-ci suivent leur cours naturel. Il faut arrêter ces projets dévastateurs une bonne fois pour toutes.

Katerina Ilijovska, technologue et activiste originaire de Skopje appartenant à l’ association pour l'environnement Yes for Less, faisait aussi partie du blocus routier :

Живеев во Шпанија, пред неколку месеци се вратив овде. Формирав еко-здружение. Прв пат сум на Кожув и не можам да разберам како луѓето кои се од овој крај не се овде во поголем број. Во Шпанија лани имаа суша поради климатските промени, не можеа да се полеваат јавните површини, имаше рестрикции, немаше вода. Од овде доаѓа тоа дека е важно да ја чуваме природата. Не сме свесни што имаме како богатство. Не сфаќаме колкава важност има планината. Верувам дека ќе успееме да спречиме изградба на објекти. Има многу примери од Црна Гора и Босна, се изгласаа закони со кои се забрани изградба на мали хидроцентрали. Има и документарци со луѓе кои седеле на вакви блокади по 365 дена, и на крај нивниот активизам вродил со плод. И ние верувам дека ќе успееме.

J'ai habité en Espagne et je suis revenue ici il y a quelques mois. J'ai fondé une association écologiste. Ce n'est pas la première fois que je viens au Kožuf et je ne comprends pas qu'il n'y ait pas plus de locaux sur le blocus. L'année dernière, en Espagne, il y eut une sécheresse en raison du changement climatique : les zones publiques ne pouvaient être irriguées et des restrictions furent imposés ; il n'y avait pas d'eau. C'est de là qu'est venue l'idée de préserver la nature. Nous ne nous rendons pas compte des trésors dont nous disposons ici. On ne se rend pas compte de l'importance de la montagne. Je pense que nous réussirons à empêcher la construction de ces infrastructures. Il y a de nombreux exemples au Monténégro ou en Bosnie-Herzégovine, où des lois interdisant la construction de petites centrales hydroélectriques ont été adoptées. Il y a aussi des reportages sur des personnes ayant tenu un blocus comme celui-ci pendant 365 jours, et leur activisme a porté ses fruits en fin de compte. Nous pensons que nous y arriverons, nous aussi.

Les activistes montent la garde sur la montagne jour et nuit, dormant à tour de rôle dans des tentes. Des supporteurs de différentes villes viennent les soutenir en leur amenant de l'eau et de la nourriture.

Blocus routier au Kožuf. Photo tirée de Meta.mk, utilisée avec permission.

Blocus routier au Kožuf. Photo tirée de Meta.mk, utilisée avec permission.

Même si les maires des municipalités environnantes de Demir Kapija, Gevgelija et Kavadarci [en] ont été à l'initiative d'une proposition de déclaration du Kožuf en tant que parc national, seul Lazar Petrov, maire de Demir Kapija, a participé à la dernière manifestation de Smrdliva Voda, alors que les trois maires avaient été invités.

Dans les Balkans, de nombreux groupes d'activistes ont protesté contre la construction de plus de 2 700 petites centrales hydroélectriques, que les experts qualifient de menaces pour l'environnement et les sources d'eau douce.

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