Cameroun : la nouvelle génération prête à relever les défis technologiques du pays

Children in the technology laboratory in Cameroon.

Des enfants dans le laboratoire de technologie. Image de Cynthia Ebot Takang, utilisée avec permission.

A travers le Cameroun, et surtout pendant les vacances d’été (de fin juillet à début septembre), de plus en plus de parents inscrivent leurs enfants à des programmes de formation en codage, robotique et intelligence artificielle. Ce qui n’était autrefois qu’un intérêt marginal est en train de devenir une véritable tendance nationale : la maîtrise du numérique n’est plus perçue comme un luxe, mais comme une nécessité.

Alors que l’intelligence artificielle et les technologies avancées commencent à transformer le monde en profondeur, l’Afrique court une fois de plus le risque d’être laissée pour compte. De nombreux enfants africains n’ont toujours pas accès à une initiation précoce aux technologies, ce qui accentue les inégalités éducatives et économiques déjà existantes. Mais un changement est en cours. Au Cameroun, de plus en plus de parents prennent les choses en main en inscrivant leurs enfants à des programmes d’intelligence artificielle et de codage, afin de leur garantir une place dans le monde de demain.

L’an dernier, à Yaoundé, capitale du Cameroun, un enfant de quatre ans s’est présenté devant une salle remplie de parents, de mentors et d’amis. Beaucoup ne s’attendaient qu’à quelques sourires timides. À la surprise générale, il a pourtant présenté avec assurance un projet collectif : un jeu interactif qui aide les utilisateurs à choisir des repas sains selon leur âge, leur état de santé et leur genre. Ce projet était organisé dans le cadre d’un boot camp de cinq semaines consacré à l’intelligence artificielle pour les enfants. Organisé par le boot camp Kitadis, l’événement s’est poursuivi cette année avec une édition 2025.

L’outil a été inspiré par la propre mère du chef d’équipe, étant enceinte, qui avait des difficultés à planifier ses repas. Le projet a remporté le « Demo Day » (l’événement final de présentation du bootcamp d’intelligence artificielle de cinq semaines destiné aux enfants) au cours duquel les participants exposaient leurs idées devant leurs camarades et leurs enseignants.

Dans un pays où l’accès à la technologie demeure inéquitable et où l’innovation est souvent considérée comme le domaine des adultes, ce moment a démontré que même les plus jeunes Camerounais sont capables d’identifier des problèmes concrets et de créer des solutions pour les résoudre.

Le point de départ du changement

À Yaoundé, à Ngoa-Ekelle (un quartier situé au cœur de la capitale), le Centre Kitadis est l’un des pôles qui vit ce changement. Dès 9 heures, une salle de classe se remplit d’enfants âgés de 4 à 13 ans, les doigts tapant rapidement sur les claviers, guidés par deux jeunes formateurs. L’objectif ne se limite pas à l’apprentissage de la dactylographie ou de PowerPoint : il s’agit d’éveiller la créativité grâce à la technologie.

Le fondateur de l’entreprise Star Light Inc., Mabu Celeb Njienyo, qui dirige le camp, est convaincu que l’éducation numérique est essentielle pour former une génération capable de résoudre les problèmes. Il a déclaré :

Tout le monde se plaint, mais peu de gens utilisent la technologie pour résoudre les problèmes.

Le programme coûte 10 000 FCFA (17 USD) pour l’inscription et 20 000 FCFA (33 USD) pour les frais de scolarité, dans un pays où le salaire minimum mensuel est de 43 969 FCFA (79 USD) pour la plupart des travailleurs du secteur formel hormis l'agriculture.

Le programme s’achève par une journée de démonstration, au cours de laquelle les participants exposent leurs créations devant leurs parents et un panel d’évaluateurs. Les enfants collaborent en groupe, et le contenu pédagogique est élaboré de façon à permettre même aux novices absolus de réaliser un projet concret et fonctionnel après cinq semaines. « Nous poursuivons l’accompagnement après le camp en créant des clubs technologiques dans leurs établissements scolaires », a précisé Njienyo.

Juste à l’autre bout de la ville, dans un autre centre de formation — le BLIS Global Center, situé à Biyem-Assi Lac (un quartier du centre de Yaoundé) — l’organisation est plus soutenue. Les enfants y arrivent dès 8 heures du matin, enfilent des blouses blanches de laboratoire et se lancent dans diverses activités : programmation de robots, conception d’objets avec des imprimantes 3D, ou encore assemblage de systèmes mécaniques simples. Leur espace de travail ressemble à un mini-laboratoire, avec des câbles, des simulateurs, des roues et des ordinateurs éparpillés autour de leurs postes de travail.

Le directeur technique en charge de la programmation et de la robotique au centre, Che Emmanuel Anye, estime qu’enseigner les technologies aujourd’hui n’est plus une option. Il a déclaré à Global Voices :

La langue de demain ne sera ni l’anglais ni le français, ce sera la technologie.

Le programme de trois ans de BLIS Global commence dès l’âge de six ans et initie progressivement les enfants aux technologies pratiques : conception de poubelles automatiques, simulation de systèmes électroniques, et même création de premiers prototypes destinés à un usage commercial. Les frais annuels s’élèvent à 100 000 FCFA (167 USD) et couvrent des formations en codage, robotique et développement de talents. Mais ce qui rend le programme encore plus marquant, c’est son engagement en faveur de l’inclusion, en accueillant des enfants issus de milieux divers. Cette année, grâce à différents sponsors, Sœur Balbine Lemana, fondatrice et directrice de l’orphelinat Sainte Rita, a pu inscrire dix enfants au centre.

Cette formation leur a fait comprendre l’importance de l’éducation technique, qu’ils négligeaient auparavant. Aujourd’hui, ils adorent créer beaucoup de choses.

Pour elle, des programmes comme celui proposé par BLIS Global montrent que l’accès aux opportunités ne devrait pas dépendre de la richesse. Dans les deux centres, la transformation est palpable. Les enfants n’apprennent pas seulement à utiliser des ordinateurs ; ils commencent à imaginer comment ils peuvent façonner le monde grâce à cela. Des circuits électriques aux interfaces de jeux, ils passent du simple jeu à un véritable projet.

Beaucoup d’enfants inscrits dans ces centres et ailleurs dans le pays choisissent de s’orienter vers une formation plus technique. Ils affirment connaître à la fois les avantages et les risques de la technologie, mais se disent prêts à exploiter pleinement ses bienfaits pour soutenir leur communauté.

Parmi les projets sur lesquels ils ont travaillé, on compte : un prototype de vélo électrique, une canne électronique pour les personnes malvoyantes, et une poubelle autonome.

L’inspecteur pédagogique national du Cameroun pour l’informatique, Godson Muluh, soutient ce mouvement. Lauréat en 2024 du concours Google Gemini AI, il est convaincu que l’éducation technologique doit commencer le plus tôt possible.

Les vacances sont l’occasion d’apprendre d’autres compétences, comme l’utilisation de la technologie. La plupart des écoles ne peuvent pas enseigner en profondeur les compétences numériques pendant l’année scolaire. Commencer cela tôt aide à choisir un métier et à gagner confiance avec la technologie, ce qui est important aujourd’hui dans tous les domaines de la vie.

Il a raconté que commencer à apprendre l’informatique tôt lui a donné une avance au lycée, ce qui l’a distingué des autres élèves.

Tu peux faire le strict minimum avec l’IA, et elle fera le travail difficile à ta place. Plus les enfants comprennent cela tôt, mieux cela est.

Dans des classes autrefois pleines de craie et de poussière, les enfants au Cameroun apprennent aujourd'hui à coder, programmer des robots et créer des outils qui répondent à de vrais besoins. Pour certains, comme ce garçon qui a développé un jeu sur la nutrition pour sa mère, c’est une expérience très personnelle. Pour d’autres, c’est le début d’un parcours dans un monde où les solutions sont faciles à trouver, juste en quelques clics.

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