Une journaliste géorgienne condamnée à deux ans de prison, suscitant l’indignation à l'échelle nationale et internationale.

Capture d'écran du procès de Mzia Amaglobeli, reportage de TV Pirveli.

Une célèbre journaliste d'investigation a été condamnée à deux ans de prison pour avoir frappé un chef de la police lors d'une protestation anti-gouvernementale. Un verdict qui a suscité une condamnation généralisée de la société civile nationale et de diplomates internationaux.

Mzia Amaghlobeli, fondatrice de l’organe de presse Batumelebi, a été condamnée par le Tribunal municipal de Batumi le 6 août, pour avoir prétendument résisté et fait usage de la violence contre les forces de l’ordre pendant une manifestation de masse en janvier. Des images de la scène circulant dans les médias géorgiens, montrent Amaghlobeli frappant Irakli Dgebuadze, le chef de la police lors d’une manifestation.

Au tribunal pendant sa défense, Amaghlobeli a déclaré avoir agi sous le coup de l’émotion, après avoir été témoin de la détention violente de ses collègues et était piétiné dans une débandade. Elle a également accusé Dgebuadze de cracher sur elle et de tentative d’agression physique pendant qu’elle était en détention. Le tribunal était rempli de journalistes et des partisans, beaucoup d’entre eux brandissant des pancartes et réclament la liberté de la presse et accusant le gouvernement de faire taire la dissidence.

Elle avait initialement été inculpée pour avoir infligé des blessures corporelles- crime passible de jusqu’à sept ans de prison- mais a finalement été condamnée pour des chefs  d’accusation moins graves. Son équipe de défense a critiqué le procès comme étant politiquement partial et a soutenu qu’Amaghlobeli n’avait pas reçu un procès équitable.

« Disproportionnée et motivée par la politique »

Dans les heures qui ont suivi le verdict, 24 missions diplomatiques – dont l’Union européenne (EU), le Royaume -Uni, l’Allemagne, la France, le Canada, et l’Ukriane – ont publié une déclaration conjointe condamnant la sentence comme étant « disproportionnée et motivée par la politique, » et demandant la libération immédiate d’Amaghlobeli.

« Nous sommes profondément préoccupés par la condamnation de Mzia Amaghlobeli, » indique la déclaration avertissant que sa détention et la répression plus large contre les médias indépendants représentent « une érosion inquiétante de la liberté de presse en Géorgie. »

Les diplomates ont aussi souligné la détention provisoire prolongée d’Amaghlobeli – elle a été arrêtée à Batumi le 11 janvier 2025- qui selon eux a considérablement empiré sa santé et sa vue.

La déclaration  publiée au nom de la coalition pour la liberté de presse (MFC), un partenariat de plus de 50 pays à travers six continents, dévoués à défendre la liberté de la presse dans le monde, a accentué la pression croissante sur les organisations médiatiques d’Amaghlobeli. C’est la fondatrice de deux papiers – Batumlebi et Netgazeti – tous deux considérés comme les principaux organes de presse de Géorgie. Le MFC considère son arrestation comme faisant partie d’une  campagne d’intimidation plus large contre les journalistes et la société civile de Géorgie.

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Répressions plus larges

Amaghlobeli est largement respecté pour ses comptes rendus sur des questions en rapport avec la corruption, les abus de pouvoir, et la violation des droits humains dans la région politiquement turbulente d’Adjara, une région demi-autonome située sur la côte de la mer noire de Géorgie.

En partie à cause de leur position stratégique, Il existe une histoire de luttes de pouvoir entre les autorités locales et centrales. Parmi les allégations de corruption, la partie au pouvoir a récemment pris des mesures pour écarter l'opposition et renforcer le contrôle sur la gouvernance régionale.

Depuis le début de l’année 2024, la Géorgie a connu des multitudes manifestations à répétition contre le partie au pouvoir, le Rêve géorgien, que les critiques accusent de s’éloigner de l’UE et de se rapprocher de la Russie. Malgré son fort soutien public en faveur de l'adhésion à l'UE, le gouvernement géorgien a interrompu les efforts d'adhésion l'année dernière, provoquant de nouvelles tensions. De plus, les élections parlementaires de 2024 dans le pays ont été entachées par des allégations d'intimidation des électeurs, d'irrégularités et de suppression des médias.

Dans ce climat, les journalistes, les figures de l'opposition et les activistes ont fait face à une répression croissante  – allant de la surveillance et des campagnes de diffamation à des accusations criminelles et à l'emprisonnement.

Le cas d'Amaghlobeli est désormais perçu comme un symbole de cette répression et un avertissement frappant sur le rétrécissement de l'espace démocratique dans un pays autrefois considéré comme un leader régional de l'intégration européenne.

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