
Des kits scolaires destinés aux enfants du primaire au lycée dans la préfecture d'Amou, dans la Région des Plateaux à plus de 140 km de Lomé, Togo ; Image de la Ligue Togolaise pour la Protection de l'Enfance, utilisée avec permission
Au Togo, une initiative nationale basée sur la solidarité citoyenne permet de soulager les dépenses financières des parents à la veille de chaque rentrée scolaire.
Dans ce pays qui compte plus de 9,5 millions d'habitants, et où l’éducation dans le service public est obligatoire et gratuite, l'année scolaire 2025-2026 débute officiellement le 15 septembre 2025 sur toute l'étendue du territoire national. Après une pause de deux mois (de mi-juillet à mi-septembre), plus de 3 millions d'élèves reprennent le chemin de l'école. Les autorités continuent de travailler pour améliorer l'éducation – par le biais des recrutements et formation des enseignants, et d’investissements dans la rénovation et la construction des infrastructures scolaires, mais pour les parents, le but principal est de voir leurs enfants réussir à la fin de l'année scolaire.
Le taux de scolarisation brut ainsi que le taux d'achèvement – la proportion des élèves qui terminent l'année scolaire – au Togo, du primaire au lycée, connait une nette évolution au fil des années. En avril 2025, le site d'information Lechiquier publie :
…le taux brut de scolarisation au primaire dépasse 100%. Il était de l’ordre de 111,70% en 2023, 116,70% en 2024 et une prévision de 116,20% pour l’année 2025.
Dans le même sillage, le taux d’achèvement du primaire a évolué de 88,80% en 2023 à 94,60% en 2024. Pour l’année 2025, le gouvernement table sur une augmentation de 121,70%.
Ce taux supérieur à 100% peut s'expliquer par le fait qu'il dépasse largement la valeur initiale.
Une école gratuite
Ce résultat impressionnant – le Togo fait parti des cinq pays africains ayant des taux de scolarisation élevés – est le fruit de plusieurs réformes opérées par les autorités dans le secteur éducatif. En 2008, la gratuité de l'école est décrétée – en préscolaire et au primaire dans le secteur public sur l'ensemble du territoire national. Depuis la rentrée scolaire 2021-2022, l’enseignement dans les collèges et lycées publics est également devenu gratuit, une mesure que les autorités maintiennent pour la rentrée 2025-2026.
Ces différentes mesures permettent de lutter contre les inégalités dans l'accès à l'éducation. Mais des efforts restent à fournir, notamment la dotation des élèves en kits scolaires (cahiers, livres, stylos, crayons, gomme, un taille-crayon, sac écolier) pour assurer une couverture universelle et remédier à des situations d'inégalité.
En début de l'année 2023, le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) au Togo est passé de 35 000 francs CFA (64 dollars américains) depuis 2012 à 52 500 francs CFA (95 dollars américains). Si cette mesure est prise pour soulager une population togolaise active de plus de 4 millions d'habitants, l'application de cette mesure ne satisfait pas l'ensemble de la population qui déplore toujours une mauvaise santé économique ainsi que des conditions de vie difficiles dans le pays.
L'apport des associations
Dans ce contexte de crise financière, l'achat des fournitures et kits scolaires constitue le plus gros des soucis des parents d'élèves à l'approche de la rentrée scolaire. Mais la société civile togolaise offre des solutions: des citoyens – jeunes comme adultes – n'hésitent pas à apporter leur soutien pour aider les parents à faire face aux dépenses.
Constitués en plusieurs associations dans le pays, de nombreux citoyens sillonnent les villages et les lieux reculés pour accompagner et soutenir les enfants, surtout les plus vulnérables. Cet effort représente une alternative sociale et solidaire qui inspire et motive les associations éprises de la protection des enfants, de l'éducation et du développement.
C'est l'exemple de la Ligue Togolaise pour la Protection de l'Enfance (LTPE) qui a soutenu, le 29 août 2025, plus de 5 000 enfants dans douze villages de la préfecture d'Amou, dans la région des plateaux.
Le 29 août 2025, plus de 5 000 enfants de la préfecture d’Amou venus de 12 localités différentes ont reçu des kits scolaires grâce à l’initiative « Éducation pour tous : 1 élève, 1 kit, 1 choix de vie » portée par la #LTPE. pic.twitter.com/LMroVuE9oY
— Ligue Togolaise pour la Protection de l'Enfance (@LTPE_ONG) August 30, 2025
Interviewé par le média togolais Plume d'Afrique, Nina Afi Kazoulé, coordinatrice de la LTPE explique l'étendue de cette action :
Nous voulons par cette action éviter le décrochage scolaire. Et nous savons que le décrochage scolaire peut être dû à l'incapacité financière des parents, aux grossesses en milieu scolaire, bref à tous les comportements qui ne sont pas appropriés à adopter par un apprenant.

Des jeunes aux côtés des enfants bénéficiaires des kits scolaires à Vogan ; Image de Magnim Vision, utilisée avec permission
A Vogan, ville situé à 45 km au nord-est de Lomé, l'association Togovi Bé Sourire et Action for Peace and Good Governance (APGG) ont mobilisé plusieurs autres associations pour mener une action similaire les 5 et 6 septembre dans le village de Zooti N'titikope. Plus 300 enfants vulnérables ont bénéficié de kits scolaires ; et 20 jeunes filles dans ledit village seront suivies et accompagnées pour une réinsertion scolaire effective.
Lomé, la capitale togolaise, compte également des enfants vulnérables qui sont soutenus par d'autres groupes, dont l’association Premiers Pas pour l’Enfance (3PE) qui se donne pour mission de promouvoir l’égalité des chances dans l’éducation à travers des actions de solidarité, notamment le paiement de frais de scolarité et la distribution de fournitures aux enfants. Son président Akilou Demon indique au média Ledefenseur :
Nous voulons que tous les enfants aient accès à l’éducation, car l’enfant a droit à l’école. Si certains en sont privés, ce n’est pas juste. Notre ambition est de leur donner une chance égale de réussir et de contribuer demain au développement de notre patrie.
Si sur la forme les résultats des nombreuses réformes sont visibles, des insuffisances demeurent pourtant sur le chantier éducatif au Togo. A l'intérieur du pays, les conditions dans lesquelles étudient plus de la majorité des enfants ne sont pas toujours à la hauteur des attentes.
Ainsi, les infrastructures scolaires, notamment les salles de classes ne répondent pas aux normes surtout dans les villages. Les enfants étudient sous des paillotes avec peu de tables-bancs (complétés à certains endroits avec des briques) et sont obligés de se déplacer ou d’interrompre les cours en cas d’intempéries. Cet état de fait justifie le lancement, en 2021, des travaux de construction de 30000 salles de classes et qui seront équipées de tables-bancs en bois. Toutefois, en septembre 2024, le gouvernement annonce une réduction des projets d'amélioration de plus de la moitié, passant de 30 000 à seulement 14 632 salles de classes.
Même si la société civile peut pallier à certaines carences du système éducatif, il revient à l’État, qui a décrété l'éducation gratuite et obligatoire d’améliorer la qualité de l'enseignement et de former de nouveaux enseignants pour atteindre une vraie égalité des chances pour tous les enfants togolais.






