Madagascar: la Gen Z mène la révolte contre le délestage et les coupures d'eau en milieu urbain

Le logo de Gen Z Madagascar, utilisé avec permission

Depuis des années, Madagascar fait face à des crises sociales régulières dues principalement  à un délestage continu et une disparition de l'eau dans les foyers pendant des heures, parfois même des journées entières. Cette situation a occasionné des frustrations qui ont conduit à de nouvelles manifestations dans le pays en septembre 2025.

La majorité de la population reste d'habitude stoïque face à ces privations, surtout par peur d’arrestations ou de représailles. Mais excédée, la génération Z (la jeunesse malgache qui dépend aussi de l'accès aux réseaux sociaux et a besoin de recharger les portables) a lancé un appel à manifestation avec un mouvement spontané, baptisé « Leo délestage (“marre de ces délestages’ en français)» . L'appel à se manifester pacifiquement est relayé massivement sur les réseaux sociaux et attire un millier de personne dans le cadre d'une manifestation pacifique à Antananarivo, la capitale et dans plusieurs régions de Madagascar pour protester contre les délestages quotidiens et de réclamer un droit fondamental: l'eau et l’électricité. La situation prend une tournure violente avec des débordements et des tensions nocturnes. Au moins cinq personnes sont mortes, ce jour-là, dont deux enfants, et plusieurs sont blessées.

Infrastructure fragile

Dans le pays d'une population de 30 millions, l’entreprise publique Jiro sy Rano Malagasy (JIRAMA) est chargée de la production et de la distribution d’électricité et d’eau potable. Mais le niveau des cours d’eau fluctue fortement durant la saison sèche actuelle et les barrages hydrauliques ne fournissent pas suffisamment  d’eau, de plus que les installations sont jugées vétustes. 

À Antananarivo, certains quartiers subissent plusieurs heures de délestage. Beaucoup d’habitants ne reçoivent pas d’eau courante ou ne reçoivent que très peu ; et les camions‑citernes et les cuves de secours sont insuffisants. L’eau des puits, souvent non traitée, devient le seul recours.

Faute d’eau, les habitants déposent leurs bidons en file devant les pompe publiques, qui ne fournissent de l’eau qu’au compte-gouttes et n’ouvrent qu’à des heures fixes. De plus, l'eau est payante: 2000 ariary  (environ 0,50 dollar américain) les 20 litres.

Des bidons alignés pour l'aprovisionnement en eau. Photo prise sur la page Facebook de Ny vaovaon'ny Kolo TV, utilisée avec permission

Violence étatique

Le rassemblement du 25 septembre 2025 prévu à Ambohijatovo, un parc public à Antananarivo est interdit par les autorités. Malgré ces restrictions, les manifestants bravent les consignes, et les rassemblements restent pacifiques. Toutefois, les autorités déploient un important dispositif sécuritaire et utilisent du gaz lacrymogènePlusieurs arrestations sont effectuées; et des témoignages rapportent des cas de violences physiques à l’encontre de manifestants, y compris des influenceurs.

Cette vidéo de TV5 monde montre la tentative des manifestants d’entrer dans le stade d’Ambohijatovo pour s’exprimer. La vidéo montre un tir de gaz lacrymogène.

Dans la vidéo, l'un des manifestants déclare :

Nous avons besoin d’électricité, les entrepreneurs n’en peuvent plus.

Sur ces affiches brandies par les manifestants, on peut lire des messages tels que : « Laissez-nous faire entendre nos droits », “Population qui ne fait pas la politique mais marre du délestage” et “Nous ne voulons pas de troubles, juste la reconnaissance de nos droits”.

Des pancartes brandis par les manifestants. Photo: MaybeMatchbox, utilisée avec permission

Pillages et couvre-feu instauré

À la tombée de la nuit du 25 septembre, des scènes de pillages éclatent dans plusieurs quartiers d'Antananarivo. En réaction, Angelo Ravelonarivo, préfet de la police de la région d'Analamanga, annonce l’instauration d’un couvre-feu nocturne, de 19 heures à 5 heures, et qui reste en vigueur jusqu’au rétablissement complet du calme.

En dépit de cette interdiction, des actes de vandalisme continuent toute la nuit : supermarchés, centres commerciaux, banques sont pris pour cible par des groupes de casseurs qui profitent du retrait total des forces de l’ordre pour dévaliser tout ce qui est accessible. Des incendies sont déclenchés à divers endroits, provoquant de vives inquiétudes parmi les habitants.

Des magasins brulés. Photo: Rossana Lanja, utilisée avec permission

Réactions sur les réseaux sociaux

Sur la toile, les internautes partagent leur ressenti, de nombreuses images et des appels à l’aide. Ces publications reflètent à la fois l’indignation, la fatigue et l’espoir d’un changement porté par la jeunesse.

Cette vidéo montrant une femme qui a osé franchir le barrage de la gendarmerie avec son quad a largement circulé sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook.

Son audace a été saluée par la population, qui l’a qualifiée de femme courageuse. Elle a toutefois été arrêtée par les gendarmes. Fitiavana Mickael, un influenceur malgache arrêté brutalement puis libéré le lendemain, a appelé à la libération de cette femme.

Je demande également la libération d'Alissa car c'est une mère qui a réclamé la justice.

Suite à cet appel ansi que celui d'autres internautes, elle a été libérée. Elle est mère d’un bébé âgé de trois mois.

Sur Facebook, Ohappydeal.mg, l’une des entreprises vandalisées, a exprimé sa tristesse face aux évènements :

« Ce que j’ai construit en 12 ans est parti en un clin d’œil.
Ça fait mal 😭💔
J’accepte ta volonté, Seigneur 🙏 »

De nombreux professionnels ont pris la parole pour exprimer leur solidarité, leur indignation ou encore appeler à des solutions concrètes face à la crise. Sur le réseau professionnel LinkedIn, Lalaina Minah Ranaivomanana, une citoyenne malgache publie :

Je suis de cette fameuse Gen Z de Madagascar ❤️🇲🇬.
Nous avons trimé pour trouver du travail, et lorsqu'on en a eu un, on nous prend 20% de notre salaire. La majorité d'entre nous ont du mal à joindre les deux bouts. Mais nous payons nos impôts de bon coeur POUR NOTRE PAYS.
Nous payons les factures d'eau et d'électricité. Nous essayons tous de donner de notre personne et de faire de notre mieux.

Pourtant :
👉 Nous n'avons que 3 heures d'électricité par jour
👉 Nous devons attendre 1H à 3H du matin pour avoir de l'eau : une longue queue pour ESPERER remplir nos bidons jaunes
👉 Nous ne sommes pas en sécurité dans notre propre pays

Nous n'avons pas engagé de violence !
Nous ne voulons pas provoquer les forces de l'ordre ! D'ailleurs nous avons pensé qu'ils étaient là pour nous protèger 💔

Nous voulons juste DE L'EAU ET DE L'ÉLECTRICITÉ. Nous ne faisons que FAIRE VALOIR NOS DROITS ! 🇲🇬🇲🇬

Sur LinkedIn également, Santatra Rakotovao, utilisatrice de Linkedin, se complaint des conséquences du délestage sur son travail de freelance et fait appel également aux défenseurs des droits humains et du droit international à regarder de près la situation:

Tu t’étonnes que les réunions en ligne depuis Madagascar soient souvent retardées ou même annulées ?
Essaie de pitcher ton client quand la lumière s’éteint sans prévenir.

Essaie de livrer un projet quand tu dois d’abord faire la queue avec des bidons parce qu’il n’y a pas d’eau au robinet.

Ici, le peuple paie ses factures.
Mais au lieu de services, il récolte coupures, obscurité, soif et VIOLENCE.

Et malgré ça, certains osent encore dire aux freelances Malgache :
« Ton travail vaut 200 € maximum. »
Comme si survivre dans ces conditions ne demandait pas une force et une résilience hors norme.

À Madagascar, ce n’est pas du low cost.
C’est du talent bridé par l’injustice.
C’est une jeunesse qui devrait créer, mais qui se bat juste pour allumer la lumière et remplir un verre d’eau.

J’appelle ici les défenseurs des droits humains et du droit international : regardez de près la situation.

Ce n’est pas seulement un problème de factures ou de freelances. C’est une question de dignité humaine et de justice.

hashtagMadagascar hashtagHumanRights hashtagStopViolence hashtagGeneration

Le 26 septembre 2025, les manifestations se poursuivent partout dans les provinces. Dans la province d’Antsiranana ou Diego Suarez, au nord de Madagascar un étudiant de l'université a été tué. Dans cette vidéo de Fit Prod-action, les étudiants de l’Université d’Antsiranana entament une marche vers le centre-ville, aux côtés du corps de leur camarade décédé par balle comme le montre cette video publiée par Ny vaovaon'i KOLO TV

La situation a pris un nouveau tournant avec le limogeage le 27 septembre du ministre de l’Énergie, Olivier Jean Baptiste par le président Andry Rajoelina. Bien que cette décision soit présentée comme une solution pour apaiser la colère populaire, elle ne semble pas suffire à calmer la rue : les manifestants, estimant que le problème dépasse un simple changement de ministre, poursuivent leur mobilisation.

Pour en savoir et voir plus, suivre aussi le compte Instagram du photographe malgache Rijasolo: La crise politique malgache vue par le photographe Rijasolo 

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