
Des apiculteurs auprès d'une ruche d'aabeille ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de Groupe Academia RD Congo
Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec www.icicongo.net. L'article original, écrit par Elisha Kindy, est à retrouver sur le site Icicongo.
Le changement climatique impacte négativement les espèces humaine, animale et végétale partout dans le monde: c'est le cas en République Démocratique du Congo (RDC) où les ruches d’abeilles sont mises à sec; alors qu'elles jouent un rôle vital pour la sécurité alimentaire non seulemnt dans ce pays mais aussi sur le continent.
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Au Nord-Kivu, région située à l'est de la RDC, dans la ville de Butembo, le dérèglement climatique affecte directement le secteur de l’apiculture: les ruches ne produisent presque plus et la production de miel s’effondre. De plus, les arbres ne fleurissent pas. Cette situation place les apiculteurs dans une précarité inquiétante.
À Ndando, à une dizaine de kilomètres au sud de Butembo, aucun bruit ne provient plus des ruches. Vêtu d'une combinaison qui le couvre de la tête aux pieds, machette et seau d’un côté, fumoir de l’autre, Mwanzi Zephanie, apiculteur reconnu dans la région, offre une visite guidée de ses ruches. Mais la première est vide, tout comme la deuxième et les autres. L'apiculteur est amer:
C’est la première année que cela se produit, à cause du dérèglement climatique. Avant, le miel était abondant, surtout à partir du quatrième mois de l’année jusqu’au mois de juillet. Mais cette année, tout a changé. Des insectes inconnus attaquent les ruches et certaines abeilles finissent par s’en aller. Conséquences : le miel devient de plus en plus rare.
Depuis plus de trois décennies, Mwanzi Zephanie entretient une dizaine de ruches. Il vit de ce métier, qui fait sa fierté, et son identité. Mais maintenant, il n'y a rien pour encourager les colonies d’abeilles: ni fleurs, ni nectar – seulement les séquelles visibles de pluies irrégulières, de sécheresses prolongées et d’un climat devenu imprévisible.
L’apiculture en danger
La chute de la production du miel a des répercussions directes sur les marchés des environs de Butembo. Le litre de miel qui se vendait à sept dollars américains au premier semestre de l’année 2025, se négocie ce premier semestre de 2026 entre 10 à 12 dollars américains selon les revendeurs. Cette inflation fragilise les consommateurs: le miel, apprécié pour ses vertus nutritives et thérapeutiques, devient un produit de luxe.
Vutsapu Michaël, président du conseil d’administration de l’ONG Academia Group, une organisation qui intervient dans la promotion de l’apiculture et la protection de l’environnement dans la région se plaint :
Le climat ne nous laisse plus le choix.
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Inquiet, il suggère un changement urgent :
Nous assistons à la disparition progressive des fleurs mellifères. Si rien n’est fait, l’apiculture va disparaître. Il est urgent de repenser nos pratiques et de préparer les producteurs aux exigences du climat actuel.
Selon lui, les organisations et ONG qui pourraient intervenir peinent à accompagner les communautés. Il explique :
Aujourd’hui les pépinières forestières sont aussi affectées. Mais les formations sur le changement climatique coûtent de plus en plus cher, et les sensibilisations sur cette question demeurent insuffisantes.
Se conformer aux cycles climatiques
Malgré cette crise, Vustapu Michaël conseille le reboisement ciblé en arbres mellifères, notamment le calliandra, le grevillea et l’eucalyptus mellifère. Selon lui:
Ces arbres résistent mieux aux variations climatiques et fournissent un nectar régulier.
Cet environnementaliste encourage ainsi les apiculteurs locaux à suivre une formation en apiculture moderne et soutient que les ruches traditionnelles sont moins résistantes aux perturbations du climat:
Les ruches modernes protègent mieux les colonies d’abeilles et améliorent la production. Les apiculteurs doivent se conformer aux cycles climatiques plutôt qu’aux saisons habituelles, afin d’éviter des pertes inutiles.
Ainsi, il propose de freiner la déforestation, de limiter la culture sur brûlis, et restaurer les zones humides et protéger les essences locales.
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Or pour répondre aux besoins en bois de chauffe, bois d’œuvre et en matériaux de construction, les plantations d’eucalyptus, très répandues dans la région, sont de plus en plus abattues.
L’aménagiste Gloire Mulondi, enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université Catholique du Graben à Butembo (Nord-Kivu), déplore :
Cette coupe massive prive également les abeilles d’une ressource essentielle : le nectar.
Outre les effets du dérèglement climatique, les conflits armés dans le Nord-Kivu ont occasionné une insécurité grandissante dans les zones de production de miel et favorisé des déplacements massifs de populations. Ceci constitue également un facteur déterminant, note un producteur: la poursuite des hostilités empêche les producteurs, qui craignent pour leur sécurité, à accéder librement aux zones de production.






