
.Jeunes étudiantes afghanes lors d’un examen universitaire. Capture d’écran extraite de la vidéo « Afghan girls take university exams two weeks after classroom attack », diffusée sur la chaîne YouTube de l’AFP News Agency. Utilisation conforme au principe de l'utilisation avec permission.
Cet article, rédigé par Fareshtah en 2025, est publié avec son consentement dans le cadre d’une couverture spéciale consacrée aux témoignages de jeunes femmes et de jeunes filles afghanes depuis la prise de pouvoir des Talibans en août 2021.
Je n’avais pas encore intégré l’université lorsque nous avons appris les informations concernant les négociations de paix entre les États-Unis et les Talibans en février 2020. Nous avions alors espéré l’avènement de la paix et d’un avenir meilleur.
En même temps, la guerre entre les forces talibanes et gouvernementales s’intensifiait. La situation sécuritaire se dégradait, et en raison de vagues de chaleur extrêmes, les cours universitaires ainsi que les formations en compétences juridiques étaient dispensés à la fois en présentiel et en ligne.
J’ai vu aux informations que les provinces tombaient les unes après les autres, mais je continuais à penser à mes objectifs et à les poursuivre. Le 13 août 2021, la guerre est arrivée aux portes de notre ville, Herat. Le lendemain, j'ai essayé de me connecter à mon cours en ligne dans ma chambre quand mon frère a ouvert la porte et a dit : « Laisse, c’est fini. »
La fin des rêves
Avec la chute de Herat, il n’y a plus eu d’examen, ni de présentation, ni aucune nouvelle du cours ou de sa continuation. Tous mes espoirs se sont soudainement envolés, comme si j’étais dans un très beau rêve et que quelqu’un m’avait réveillé brutalement.
Un choc si violent qu’il m’a coupé la parole et même les larmes. J’ai eu l’impression que mon âme s’était séparée de mon corps, et qu’il ne restait plus qu’un corps sans vie.
Mon cœur brûlait du désir de continuer l’université et le cours de compétences juridiques, mais dans un désespoir total, je ne pouvais rien faire d’autre que pleurer.
Après quelques mois, les universités privées ont rouvert, tandis que les universités publiques restaient fermées. Ce n’est que six mois plus tard qu’elles ont finalement repris leurs activités. J’ai alors étudié de manière intensive durant les trois derniers semestres et achevé la rédaction de mon mémoire. Sa soutenance était prévue un samedi (24 décembre), suivie de la cérémonie de remise des diplômes de ma promotion le lundi (26 décembre).
Cependant, le mardi 20 décembre 2022, un décret a été publié interdisant aux filles de fréquenter les universités.
J’ai contacté mon professeur, et il a dit : « Venez soutenir votre mémoire, puisque vous avez validé votre cursus. »
Un samedi matin, je me suis rendue à l’université, heureuse d’avoir obtenu l’autorisation de soutenir mon mémoire, mais également attristée par le fait que de nombreuses autres étudiantes avaient dû abandonner leurs études.
À mon arrivée à l’entrée de l’université, un membre des Talibans a bloqué le passage et m’a empêché de descendre du rickshaw qui m’y avait conduit.
Je suis finalement descendue et je me suis dirigée rapidement vers le portail de l’université, mais il s’est interposé devant moi, arme à la main.
J’ai ignoré ses paroles et je me suis approchée du portail. Il a saisi la bandoulière de mon sac d’ordinateur, l’a tirée violemment et m’a dit : « Tu ne comprends pas ce que je te dis ? Ou je dois te tirer une balle dans la tête ? »
Il a tiré en l’air, et un sifflement étrange et désagréable a rempli mes oreilles.
Un passant s’est approché de moi et m’a dit : « Ma chère, s’il vous plaît, partez. » C’était l’un des agents de sécurité de l’université que je connaissais. Je suis alors partie et me suis rendue à la maison d’édition Shame Danesh. Dès mon entrée, ma colère a éclaté et les larmes ont coulé sur mon visage. Mes yeux étaient devenus comme la mer, impossible à assécher.
Je ne me préoccupais plus du regard des autres en me voyant pleurer en quittant les lieux. Je rentrais chez moi en larmes lorsqu’il m’a semblé entendre mon téléphone portable sonner.
D’un objectif à d'autres.
J’ai commencé des cours en ligne d’informatique et d’anglais, mais après quelques mois, ils ont de nouveau été suspendus en raison des restrictions imposées par les Talibans, et aucune reprise n’a été annoncée depuis.
Un décret a été publié autorisant les filles à suivre des cours de formation, et je me suis inscrite à un cours en présentiel. Toutefois, cette décision a rapidement été remise en cause et ces cours ont de nouveau été interdits.
J’espère un avenir meilleur et plus lumineux pour mon pays. Notre génération, qui a été confrontée à cette injustice et à cette ignorance, ne formera pas une génération qui se soumettra à l’oppression et à l’ignorance. Elle ne permettra pas que l’histoire se répète une troisième fois avec une expérience aussi douloureuse.







