Le Népal devient le pays d'Asie du Sud le plus cher pour faire son plein alors que la guerre des États-Unis contre l'Iran fait flamber les prix à la pompe

A petrol station in Kathmandu. Image by Ralf Lotys via Wikimedia Commons. CC BY-SA 3.0

Une station-service à Katmandou. Image de Ralf Lotys via Wikimedia Commons. CC BY-SA 3.0.

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Comme le rapporte le journal Rising Nepal Daily, Sumitra Khatiwada, une habitante de Katmandou disposant d'un revenu mensuel fixe, voit les coûts pour subvenir aux besoins de sa famille augmenter semaine après semaine depuis mars 2026. Du gaz domestique aux légumes, même les transports, tout augmente en même temps. « Si les prix continuent d'augmenter, la vie deviendra encore plus difficile pour les travailleurs. » déclare-t-elle, réclamant d'urgence au gouvernement de renforcer la surveillance des marchés et de prévenir les hausses de prix artificielles.

Son inquiétude reflète une crise nationale. Le gouvernement a augmenté le prix du carburant pour la quatrième fois en un mois en avril 2026, faisant du Népal le pays aux carburants les plus chers des pays avoisinants. À Katmandou, suivant les nouvelles augmentations, l'essence coûte désormais 249 roupies népalaises (NPR) le litre (1,40 €) et le diesel est à 207 NPR le litre (1,17 €).

Une guerre à l'étranger, une crise locale

L'entreprise Nepal Oil Corporation (NOC) a déclaré qu'à cause de la guerre en cours dans l'Asie de l'Ouest, les prix du marché international des produits pétroliers sont en constante augmentation. Le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran a perturbé les exportations qui transitent par le détroit d'Ormuz, par lequel est acheminé presque un tiers du pétrole maritime mondial.

D'après le Rising Nepal Daily, en janvier 2026 l'essence était à peine à 137 NPR le litre (0,76 €). En seulement 18 jours, le prix de l'essence a bondi de 45 NPR par litre, une augmentation de 60 % en moins de 3 semaines, en parallèle le diesel et le kérosène ont augmenté de 40 NPR par litre, un rythme d'augmentation jamais connu au Népal, bien plus rapide qu'au début de la guerre entre la Russie et l'Ukraine.

La vulnérabilité du Népal dépasse celle de la plupart de ses voisins. Selon la plateforme numérique indépendante The Logical Indian, le Népal est entièrement dépendant des produits pétroliers importés, la NOC étant l'importateur et le distributeur exclusif  s'approvisionnant principalement auprès de l'Inde dans le cadre d'un accord bilatéral de longue date. Le secteur du transport constitue plus de 60 % de la consommation des produits pétroliers.

Selon le Département des Douanes, durant les 7 premiers mois de l'année fiscale
2025-2026, le Népal a dépensé 139,10 milliards NPR (environ 800 millions €)
rien qu'en importations d'essence, de diesel et de GPL. Comme l'indique le journal Nepal News, dépourvu de raffinerie locale et avec un seul distributeur, il n'existe presque aucune marge de manœuvre face aux hausses des prix à l'échelle internationale.

La station-service la plus chère d'Asie du Sud

Une comparaison régionale met en lumière la situation du Népal. L'essence au Népal a atteint 219 NPR le litre (1,22 €), c'est plus qu'au Pakistan (1,15 €), qu'au Sri Lanka (1,06 €), qu'en Inde (0,83 €), qu'au Bhoutan (0,86 €), qu'aux Maldives (0,88 €), qu'en Afghanistan ( environ 0,77 €) et qu'au Bangladesh (0,70 €). Comme l'indique la publication de la plateforme d'actualités basée au Népal PressAdda, même des pays comme le Pakistan ou le Sri Lanka, qui traversent leurs propres crises économiques, ont des prix moins élevés qu'au Népal.

Les prix à la pompe ne sont que le sommet de l'iceberg. Le diesel coutait 139 NPR le litre en février, soit une hausse de 31 % en à peine un mois. La Banque Mondial prévoyait que la croissance économique du Népal ralentirait encore de 2,3 % l'année fiscale 2025-2026, qui avait déjà baissé de 4,6 % en 2024-2025, reflétant partiellement l'impact des conflits en Asie occidentale.

Le prix du riz a déjà augmenté de 100 NPR à 200 NPR (d'environ 0.56 € à 1.11 €) par sac de 25 kg, alors que les légumes restent coûteux. Les organismes de surveillance des prix avertissent que le prix du carburant joue un rôle multiplicateur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, une légère hausse du carburant peut signifier une hausse notable des prix de la nourriture, des transports et des biens de première nécessité en quelques semaines.

Les tarifs des transports ont eux aussi officiellement augmenté. Le Département de la Gestion des Transports a approuvé une hausse de 16,71 % sur les tarifs des billets des liaisons interrégionales, ainsi que sur les tarifs de fret de 21,68 % sur les itinéraires de montagne et de 15,75 % sur ceux vers la région du Teraï.

« Comme les frais de fret ont triplé, les prix du marché pourraient augmenter de presque 50 %. Si les tensions s'aggravaient davantage, ça serait un désastre », a déclaré le président de l'Association népalaise des commissionnaires de transport, Rajendra Sangraula.

Le premier test économique du nouveau gouvernement

Le gouvernement du Parti nationale indépendant [fr] (RSP) népalais, dirigé par le Premier ministre Balendra Shah [fr] plus connu sous le nom Balen, a été élu au pouvoir suivant les élections en mars 2026. Ces élections ont eu lieu après la chute de l'ancien gouvernement dirigé par K.P. Sharma Oli, à la suite des manifestations de la Gen Z en septembre 2025 [fr]. Ces manifestations étaient motivées par la colère du peuple envers la mauvaise gestion économique et l'interdiction des réseaux sociaux imposée par le gouvernement.

Le gouvernement du RSP a mis en place plusieurs mesures d'urgence pour gérer cette crise. Comme rapporté par le Rising Nepal Daily, lors d'une réunion du Conseil des ministres, les droits de douane et la taxe d'infrastructure sur le carburant ont été réduits de 50 % pour assurer une continuité d'approvisionnement. Le gouvernement a aussi instauré le week-end de deux jours, le samedi et le dimanche pour les administrations et les établissements d'enseignement afin de réduire leur consommation de carburant. D'après le journal Ratopati, les quotas de carburant attribués aux hauts fonctionnaires ont été réduits, et l'approvisionnement en gros de carburant est contrôlé. De même, à cause de la pénurie soudaine de GPL, l'entreprise NOC a ordonné aux distributeurs de ne fournir que des bouteilles de gaz domestique remplies à moitié aux familles afin de prolonger les stocks déjà limités.

Mais ces mesures n'ont pas inversé la tendance. Malgré l'exonération fiscale de 50 %, l'impact ressenti a été minime en raison de la hausse continue des prix du pétrole brut à l'échelle mondiale. Selon Ratopati, Chandika Bhatta, directeur général de NOC, a déclaré une perte d'environ 14 milliards de NPR (environ 80 millions €), soit 930 millions de NPR par jour, d'après les données recueillies entre le 30 mars et le 8 avril 2026.

Un manque gouvernemental est apparu au sein même du ministère. Un membre du ministère aurait déclaré qu'avec l'absence d'un ministre dédié, il était difficile de statuer sur les ajustements de prix, soulignant que la décision de contrôler l'inflation ou de favoriser l'approvisionnement par le biais de la tarification automatique « n'est possible qu'au plan politique. »

Les associations de consommateurs ont publiquement réclamé plus d'aide. « La hausse des prix du carburants a déjà impacté les consommateurs.
L'entreprise semble être uniquement concentrée sur le décompte de ses pertes »,
a déclaré le président du Forum national des consommateurs, Prem Lal Maharjan. « Qui écoutera les plaintes des consommateurs ? »

Les citoyens manifestent dans les rues et sur les réseaux sociaux

La colère a dépassé la frustration personnelle. Le 16 avril, l'ensemble des associations d'étudiants ont organisé une manifestation à Maitighar, une place publique située au centre de Katmandou, capitale du Népal. Ils demandaient la révocation immédiate des taxes imposées sur les produits pétroliers. Les manifestants brandissaient des pancartes réclamant un ajustement des prix et un plan d'aide pour les citoyens, tandis que les représentants des étudiants menaçaient de nouvelles manifestations si le gouvernement n'agissait pas.

Sur les réseaux sociaux, où 48 % de la population népalaise est active, l'un des plus haut taux en Asie du Sud, la crise du carburant est devenue un débat public important. Les analystes ont souligné que, surmonter ces défis pour un gouvernement qui a surfé sur la vague du populisme numérique et qui en a bénéficié, n'allait pas être une tâche facile.

Le secteur du transport routier a également protesté officiellement. La Fédération Nationale des Transports Routiers du Népal a publié un communiqué dans lequel elle déclare que la hausse des prix a provoqué la colère des consommateurs et que cela va directement affecter le secteur du transport routier. Il est aussi rappelé l'accord écrit préalablement, exigeant un ajustement automatique des tarifs lorsque le prix du carburants varie de plus de 5 NPR par litre.

La question structurelle plus profonde

Les économistes pointent une vulnérabilité qui persistera après la crise. L'économiste Gunakar Bhatta a déclaré au Rising Nepal Daily qu'une crise énergétique prolongée accentuerait la pression du côté de l'approvisionnement, tant pour les produits importés et les produits locaux. « Quand le prix des produits alimentaires et non alimentaires augmentent, les gens sont forcés de dépenser davantage pour subvenir à leurs  besoins. » déclara-t-il.

L'ancien vice-président de la Commission nationale de la planification Dipendra Bahadur Kshetri a averti que si les opérations militaires visant l'Iran se poursuivaient, les népalais travaillant dans les pays du Golfe pourraient perdre leurs travails, un risque majeur étant donné que les envois de fonds rien que pour les septs premiers mois de l'année fiscale 2025-2026 ont déjà totalisé 1 261 milliards de NPR (un peu plus de 7 millions €).

L'entreprise NOC signale que les prix pourraient encore augmenter de 20 à 30 %.
En effet, elle doit à son unique fournisseur, l'Indian Oil Corporation, 16.37 millions de NPR (environ 91 millions €), et dont le prochain paiement arrive le 23 avril.

Cependant les analystes suggèrent qu'il existe une issue vers une solution durable. Le Népal génère déjà 90 % de son électricité grâce à la production hydroélectrique, et le pays figure parmi ceux qui ont adopté le plus rapidement les véhicules électriques en Asie du Sud. Comme l'a rapporté le journal Climate Home News, les véhicules électriques représentent maintenant jusqu'à presque trois quarts des véhicules neufs vendus au Népal. Ceci n'est possible qu'en partie grâce aux dispositions mises en place réduisant les taxes à l'importation à 43 % pour les véhicules électriques contre 257 % pour les véhicules thermiques. Même si chez les particuliers, l'adoption de véhicules électriques ne cessent d'augmenter, du côté du transport public et du transport de marchandises, les flottes de véhicules restent entièrement dépendant du diesel, ce qui représente un argument de taille contre la crise qui touche les népalais aujourd'hui et pour que le gouvernement accélère la transition écologique.

Pour Sumitra Khatiwada et des millions d'autres disposant d'un revenu mensuel fixe, la prochaine annonce de l'entreprise NOC est redoutée, car c'est de l'argent en moins pour les courses de la semaine prochaine.

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