Un journaliste arrêté par la police cambodgienne pour ses reportages sur des centres d'escroquerie en ligne

Hem Vanna

Le journaliste Hem Vanna. Photo d'un post de CPJ. Source : groupe de défense des droits humains ADHOC. Reproduite avec permission.

Hem Vanna, journaliste en ligne, a été arrêté le 3 février après avoir posté un reportage vidéo concernant un supposé complexe d'escroquerie au Cambodge. Son arrestation a mis en lumière l'augmentation du nombre de journalistes victimes de harcèlement pour leurs reportages sur des centres d'escroquerie en ligne dans le pays, ainsi que les efforts de répression du gouvernement.

Les centres d'escroquerie sont un problème bien établi au Cambodge car les réseaux de criminalité organisée créent des bureaux illégaux d'escroquerie et kidnappent des personnes, souvent des travailleurs migrants qu'ils attirent dans le pays sous de fausses promesses d'opportunités d'emploi. Ils les forcent aussi à mener des escroqueries en ligne sophistiquées. Ces opérations sont particulièrement insidieuses car elles font des victimes qui incluent à la fois les cibles d'arnaques et ceux forcés à travailler comme des esclaves sous la menace de torture ou de mort. Les autorités cambodgiennes travaillent sur des mesures répressives contre cette pratique depuis qu'elle a commencé à attirer l'attention internationale en 2021.

Le 30 janvier, Hem Vanna, un éditeur de HVNN TV Online, a posté un reportage vidéo concernant un supposé complexe d'escroquerie en ligne localisé près d'un poste de police à Poipet. Les autorités l'ont convoqué au poste de police de Poipet le 3 février et l'ont accusé d'avoir « cherché à ternir la réputation de l'institution ».

Dans une interview de Kiripost News, Khun Dim, un collègue de Vanna, a raconté son expérience au poste. Il a déclaré : « Nous y sommes allés ensemble et ils nous ont accusés à cause du reportage que nous avons publié. Ils ont dit que nous avions diffusé des inexactitudes, en expliquant que le bâtiment n'est pas à 100 mètres mais à 700 mètres du poste de la police militaire ».

Avant son arrestation, Vanna avait appelé les autorités à ne pas menacer les journalistes, affirmant qu'ils ont une fonction de « miroir de la société », reliant les dirigeants et les citoyens.

Vanna a été poursuivi en vertu des articles 301 et 495 du code pénal cambodgien, qui qualifient comme crime l'interception ou l'enregistrement de conversations privées ainsi que l'incitation. S'il est condamné, il risque une peine maximale de trois ans d'emprisonnement.

Plusieurs organisations de la société civile ont signé une déclaration condamnant l'arrestation de Vanna.

L'arrestation et la condamnation de ce journaliste sont encore un nouvel incident qui démontre la tendance du gouvernement à faire taire les journalistes par un usage abusif du droit pénal.

Les autorités auraient pu demander des éclaircissements ou, si nécessaire, solliciter une rectification par des moyens légaux et proportionnés, conformément à la loi sur la presse.

Am Sam Ath, directeur des opérations du groupe des droits de l'homme cambodgien Licadho, s'est plaint de l'utilisation des lois comme des armes afin d'intimider les journalistes. Il indique : « Si nous nous intéressons à l'espace de la liberté de la presse, il semble se réduire, en particulier depuis que le Cambodge dispose d'une loi de la presse, mais les autorités ne semblent pas privilégier l'application de cette loi pour les journalistes ».

Selon les organismes de surveillance des médias, cinq journalistes cambodgiens ont été arrêtés en 2025 pour leurs reportages. Au cours de ces deux derniers mois seulement, six journalistes ont été arrêtés et accusés d'infractions pénales en raison de leurs reportages sur la montée des tensions à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, et sur de présumés complexes d'escroquerie en ligne.

Des milliers de ressortissants cambodgiens et étrangers ont été secourus après avoir été forcés de travailler dans de présumés centres d'escroquerie en ligne à travers le pays. Le gouvernement cambodgien s'est engagé à mener davantage de descentes et d'arrestations pour sauver les travailleurs migrants et arrêter la prolifération de centres d'escroquerie soupçonnés d'entretenir des liens avec des réseaux de criminalité organisée.

L'arrestation de Vanna et le ciblage de journalistes couvrant la question des centres d'escroquerie ont suscité des inquiétudes au sein de groupes médiatiques internationaux. Shawn Crispin, haut représentant de l'Asie du Sud-Est du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a vivement conseillé les autorités à se concentrer sur la lutte contre la cybercriminalité plutôt que de surveiller ceux qui attirent l'attention sur ce problème.

L'arrestation de Hem Vanna est un acte de représailles manifeste du fait d'avoir enquêté sur l'industrie de la cybercriminalité au Cambodge. Le journalisme n'est pas un crime, contrairement à la cybercriminalité. Les autorités doivent cesser d'utiliser des lois pénales vagues pour réduire au silence des reportages critiques sur une problématique d'importance nationale et mondiale.

Cédric Alviani, directeur du bureau d'Asie-Pacifique de Reporters sans frontières (RSF), a déclaré que les autorités ne devraient pas faire taire les journalistes couvrant des questions d'intérêt public.

Le journaliste Hem Vanna a simplement fait son travail en exposant des actes de violence et l'existence d'un complexe d'escroquerie en ligne. Son reportage relève clairement de l'intérêt public et il est choquant que les autorités essayent de le faire taire.

Sebastian Strangio, rédacteur pour l'Asie du Sud-Est du magazine en ligne The Diplomat, a écrit que les autorités devraient accueillir favorablement la surveillance médiatique des centres d'escroquerie en ligne si elles souhaitaient que les mesures répressives soient un succès.

Compte tenu des allégations crédibles de collusion des élites avec les réseaux d'escroqueries basés au Cambodge, ainsi que de plusieurs années de mesures répressives inefficaces, il est naturel, voire nécessaire, de s'interroger sur la nature et l'étendue de la campagne actuelle de lutte contre l'escroquerie. Il en va de même du traitement réservé par le gouvernement à la presse. Si les mesures répressives contre l'escroquerie étaient authentiques, le gouvernement accueillerait, vraisemblablement, favorablement une couverture médiatique impartiale. Son apparente réticence à la surveillance suscite des soupçons selon lesquels la répression actuelle pourrait ne pas être ce qu'elle paraît être.

Le 11 février, le groupe ADHOC pour les droits de l'homme a adressé une lettre d'intervention auprès du tribunal provincial de Banteay Meanchey, lui demandant d'intervenir pour la libération du journaliste Vanna.

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