
Photo fournie par Serje Lahoud via Pexels. Utilisée sous Licence Pexels
La guerre qui a débuté entre les États-Unis et l'Iran le 28 février a abouti à un cessez-le-feu de deux semaines, négocié le 8 avril grâce aux efforts de conciliation du Pakistan. Islamabad a invité les deux pays à entamer des négociations. Bien que la première série de pourparlers tenue à Islamabad du 11 au 12 avril se soit soldée par une impasse, les discussions se sont poursuivies à huis clos, à l'abri des regards indiscrets des médias. Tandis que les dirigeants politiques cherchaient une voie vers la paix, une présentatrice de GTV News était confrontée à une autre épreuve, étant devenue la cible de harcèlement en ligne et de commentaires injurieux.
Les 11 et 12 avril, des médias du monde entier se sont réunis au Centre de conventions Jinnah d'Islamabad, la capitale du Pakistan, situé à moins de deux kilomètres du lieu où les pourparlers se sont tenus. Alors que les réseaux sociaux s'enflammaient de commentaires sur l'organisation logistique et même sur le logo des gobelets à café offerts aux journalistes, une photographie de Gharida Farooqi, présentatrice de GTV News, vêtue d'un ensemble vert, est devenue virale — accompagnée de remarques désobligeantes sur sa tenue vestimentaire. Certains comptes ont diffusé des images retouchées d'elle, tandis que d'autres se sont livrés à du harcèlement sexiste et ont partagé des vidéos de la présentatrice générées par IA.
Gharida Farooqi, habituée au harcèlement en ligne, a porté plainte auprès de l'Agence nationale d'enquête sur la cybercriminalité (NCCIA) peu après que les images commencent à circuler. En parallèle, elle a discrètement rassemblé des preuves afin d'identifier les responsables.
‼️‼️‼️IMPORTANT ANNOUNCEMENT
گیارہ 11 اپریل 2026 سے جنہوں نے میری تصویر/لباس بارے بےہودہ غلیظ ہراسانی پر مبنی gender based digital violenceاور cyber crime کی منظم کیمپین چلائی ان سب کے خلاف میں نے فوری NCCIA میں شکایت درج کروا دی تھی۔ NCCIA نے بہترین کاروائی کرتے ہوئے ان سب کے… pic.twitter.com/wYOLsJKffN
— Gharidah Farooqi (T.I.) (@GFarooqi) April 24, 2026
‼️‼️‼️ Annonce importante
Le 11 avril 2026, j'ai déposé une plainte auprès de l'Agence nationale d'enquête sur la cybercriminalité (NCCIA) contre des individus impliqués dans un harcèlement numérique et une cybercriminalité coordonnés et sexistes à mon encontre, motivés par une photographie et le choix de mes vêtements. La NCCIA a agi promptement et a engagé des poursuites, procédant à des arrestations. pic.twitter.com/wYOLsJKffN
— Gharidah Farooqi (T.I.) (@GFarooqi) 24 avril 2026
Dans un tweet récent, elle a confirmé que les individus impliqués avaient désormais été arrêtés.
محمد ثاقب ولد شمیم اختر، ان کئی مجرمان میں سے ایک، جو میرے خلاف ہراسانی کردار کُشی digital violence اور cyber crime کی کیمپین، جو میرے لباس میری شخصیت کو لے کر 11 اپریل 2026 سے چلتی رہی، میں ملوث رہے۔ مزید مجرمان کی گرفتاریوں کیلئے بھی مسلسل چھاپے مارے جا رہے ہیں اور باقی گرفتار… pic.twitter.com/lpW8KitKDE
— Gharidah Farooqi (T.I.) (@GFarooqi) April 25, 2026
Mohammad Saqib, fils de Shamim Akhtar, fait partie des individus accusés d'avoir participé à une campagne de harcèlement, de diffamation et de cyberharcèlement à mon encontre — visant à la fois ma tenue vestimentaire et ma personnalité — depuis le 11 avril 2026. Les autorités poursuivent leurs opérations pour appréhender les autres personnes impliquées. pic.twitter.com/lpW8KitKDE
— Gharidah Farooqi (T.I.) (@GFarooqi) 25 avril 2026
Elle a reçu un large soutien de ses amis et abonnés pour avoir dénoncé ces agissements. Nombreux sont ceux qui ont souligné qu'une journaliste doit être jugée sur son travail, et non sur sa tenue vestimentaire. Muneeb Qadir, auteur de « l'Âge de l'intolérance », a déclaré que les coupables devraient être punis de manière exemplaire.
Des commentaires odieux qui l'ont poussée à porter plainte
Ce n'est pas la première fois qu'elle est prise pour cible. Elle a souvent été victime d'abus en ligne et d'attaques personnelles liées à son travail, mais cette fois-ci, ce sont ses vêtements qui ont été visés. À chaque fois, elle s'est tournée vers les autorités pour porter plainte— et ce cas n'a pas fait exception.
Le soir du 11 avril, ses photos ont commencé à circuler sur X (anciennement Twitter). Certains utilisateurs l'ont même comparée à une journaliste iranienne portant la burqa intégrale — un vêtement ample couvrant tout le corps et porté par certaines femmes musulmanes — et ont utilisé cette comparaison pour remettre en question les valeurs morales de la société pakistanaise.
Ahmed Hassan Bobak, partisan du Pakistan Tehreek-e-Insaf (Mouvement du Pakistan pour la justice) et président du Comité national pour la paix et l'harmonie interconfessionnelle, a affirmé que le pays se dirigeait vers un déclin moral et sociétal islamique.
جناح کنونشن سینٹر کے مناظر
ایرانی خاتون صحافی اور پاکستانی خاتون صحافی
فرق واضح ہے یہ فرق آپکو پاکستان کے اخلاقی اسلامی معاشرتی زوال کی داستان سنا رہا ہے pic.twitter.com/bKrhBB4QZA
— Ahmad Hassan Bobak (@ahmad__bobak) April 11, 2026
Scènes de l'aile du centre de convention
Journaliste iranienne et journaliste pakistanaise
La différence est flagrante ; elle témoigne du déclin moral et social du Pakistan, notamment de son islam. pic.twitter.com/bKrhBB4QZA
— Ahmad Hassan Bobak (@ahmad__bobak) 11 avril 2026
Un autre compte a même comparé l'événement à un bordel :
یہ کیا کوٹھا پروگرام چل رہا ہے،
اللہ پاکستان کے حال پہ رحم فرمائے، ہم اسلامی جمہوریہ کم اور بے غیرت جمہوریہ زیادہ لگ رہے ہیں ۔۔۔
یہ ہے وہ کلچر جو ہمارے نامعلوم چاہتے ہیں ہے وقت ۔۔۔ https://t.co/dkUlO0ljT4 pic.twitter.com/WEyeEoMQyF— نکتہ چیں (@SpotsWriter) April 11, 2026
Quel genre de réseau de prostitution est-ce là,
Qu'Allah ait pitié du Pakistan ; nous ressemblons moins à une République islamique et plus à une république san scrupules…
Voilà la culture que réclament nos désirs inavoués en ce moment… https://t.co/dkUlO0ljT4 pic.twitter.com/WEyeEoMQyF— نکتہ چیں (@SpotsWriter) 11 avril 2026
Plusieurs personnes ont rappelé qu'au Pakistan, contrairement à l'Iran, les femmes ne sont pas légalement tenues de respecter un code vestimentaire strict. De nombreux hommes ont rapidement qualifié son apparence de « vulgaire », et malheureusement, certaines journalistes ont également tenu des propos tout aussi durs et désobligeants.
Fauzia Yazdani, écrivaine et militante des droits humains, a partagé une capture d'écran d'un tweet où des femmes journalistes déclaraient :
IFJ Gender coordinator 🤷♀️🤦🏾♀️ https://t.co/Y0ZQIZdRYU pic.twitter.com/I2fXdlaFmM
— Fauzia Yazdani (@yazdanifauzia) April 13, 2026
Coordonnatrice des questions de genre de l'IFJ 🤷♀️🤦🏾♀️ https://t.co/Y0ZQIZdRYU pic.twitter.com/I2fXdlaFmM
— Fauzia Yazdani (@yazdanifauzia) 13 avril 2026
Harcèlement des femmes journalistes au Pakistan
Selon un rapport d'ONU Femmes, intitulé « Tipping Point: Online Violence Impacts, Manifestations, and Redress in the AI Age » (Point critique : Impacts, manifestations et réparation face à la violence en ligne à l'ère de l'IA) , publié à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2026, 45% des femmes journalistes et professionnelles des médias ont déclaré pratiquer l'autocensure sur les réseaux sociaux pour éviter les abus — une augmentation de 50% depuis 2020. Le rapport souligne comment ces pressions écartent de plus en plus les femmes du débat public et limitent leur participation à l'égalité des chances dans l'espace médiatique. Dans de nombreux cas, les femmes journalistes s'autocensurent ou évitent tout simplement de signer leurs articles afin de réduire le risque de représailles ou de pressions institutionnelles.
Au Pakistan, cette tendance est visible depuis des années, en particulier depuis l'essor du Mouvement du Pakistan pour la justice dans les années 2010. Au fil du temps, les femmes journalistes sont devenues de plus en plus la cible de violence basée sur le genre facilitée par la technologie (TFGBV). Elles sont victimes de harcèlement en ligne, de campagnes de diffamation persistantes, de désinformation et de divulgation de données personnelles. Nombre d'entre elles ont également reçu des menaces de viol et de mort, tandis que des deepfakes et des images sexualisées générées par IA ont été créées et diffusées à leur encontre.
Après l'attentat terroriste perpétré contre l'école militaire de Peshawar en 2014, qui a coûté la vie à 144 élèves et membres du personnel, la loi de 2016 sur la prévention des crimes électroniques (PECA) a été introduite dans le cadre du Plan d'action national (PAN) en 20 points afin de lutter contre le cyberterrorisme. Elle comprenait également des dispositions visant à protéger les femmes du harcèlement en ligne. Cependant, au fil du temps, sa mise en œuvre n'a pas pleinement permis d'atteindre ces objectifs. Les critiques affirment que la loi est de plus en plus utilisée contre la liberté d'expression, les militants, les personnalités politiques et les journalistes. En 2025, un amendement a encore renforcé ses dispositions.
En savoir plus : Criminalized and silenced: The weaponization of Pakistan's PECA Act (Criminalisation et réduction au silence : l’instrumentalisation de la loi PECA au Pakistan)
Depuis des années, les femmes font part de leurs inquiétudes sur diverses plateformes concernant les menaces auxquelles elles sont confrontées. Sous le gouvernement de l'ancien Premier ministre Imran Khan (2018-2022), en 2020, un groupe de femmes journalistes a témoigné devant la Commission permanente des droits de l'homme de l'Assemblée nationale concernant des cas de harcèlement en ligne. En réponse à une déclaration commune de femmes journalistes dénonçant une campagne de cyberharcèlement orchestrée par des responsables gouvernementaux et leurs sympathisants, Reporters sans frontières (RSF) a appelé les autorités pakistanaises à mettre fin aux menaces et aux messages haineux en ligne. À l'instar de Gharida Farooqi, la journaliste Asma Shirazi a été la cible répétée d'une campagne de désinformation sexiste sur Internet en raison de son travail et de ses opinions.
Selon le rapport Digital Security Helpline 2025 de la Digital Rights Foundation, 47 des 88 journalistes ayant sollicité de l'aide en 2025 étaient des femmes. Leur service d'assistance téléphonique offre un soutien aux victimes de harcèlement, de chantage, de diffusion non consentie d'images, d'usurpation d'identité et d'attaques en ligne coordonnées.
Lubna Jarrar, secrétaire générale du Syndicat des journalistes de Karachi (KUJ), coordinatrice genre de la Fédération internationale des journalistes (IFJ) au Pakistan et formatrice aux médias, a déclaré à Global Voices via WhatsApp que les femmes sont souvent objectifiées dans les médias, un problème persistant selon elle. Elle a souligné que malgré la présence croissante des femmes dans toutes les professions, y compris le journalisme, leur apparence éclipse fréquemment leurs propos, leur travail et leurs réalisations. « Il est regrettable que les femmes doivent travailler plus dur que les hommes pour être prises au sérieux, même lorsqu'elles font le même travail avec le même professionnalisme », a-t-elle affirmé.
Elle a ajouté : « Si nous critiquons la tenue de certaines journalistes, pourquoi ne pas commenter les costumes mal coupés, les cheveux ou la barbe négligés, la mauvaise posture ou les montures de lunettes peu conventionnelles chez les hommes ? Souvent, nous nous concentrons sur les propos des hommes simplement en raison de leur genre. Une partie des journalistes est prise plus au sérieux parce qu'ils sont des hommes, tandis que l'on attend des femmes qu'elles se soucient davantage de porter des “vêtements appropriés” que de se concentrer sur leur travail. »






