
Deux caméras de sécurité fixées sur un poteau. Image d'illustration de l'utilisateur Atypeek Dgn via Pexels. Utilisée sous Licence Pexels.
Pendant des années, une routine bien connue s'appliquait à ceux qui enfreignaient le code de la route à Dhaka, au Bangladesh : une brève confrontation avec un agent de la circulation, quelques mots pour tenter de négocier et, parfois, la remise discrète d'une somme d'argent (pot-de-vin). D'autres fois, les conducteurs passent simplement entre les mailles du filet. Cette époque touche peut-être à sa fin.
Depuis le 7 mai 2026, des caméras de surveillance routière dotées d'intelligence artificielle (IA) ont été installées sur les routes principales de Dhaka par la police métropolitaine de Dhaka (DMP) aux carrefours et intersections stratégiques. Ces caméras fonctionnent grâce à un logiciel officiellement baptisé « Système de détection des infractions à la loi sur le transport routier de 2018 basé sur l'IA. » Lorsqu'un conducteur commet une infraction, une notification est envoyée sur le téléphone du propriétaire du véhicule en l'espace de quelques heures.
Il s'agit de la première fois que le Bangladesh déploie un système numérique entièrement automatisé de contrôle routier, capable d'enregistrer des infractions sans aucune intervention humaine.
Fonctionnement du système de caméras IA
Quand un véhicule brûle un feu rouge, franchit la ligne d'arrêt ou bloque la voie gauche, une caméra IA scanne automatiquement la plaque d'immatriculation et génère immédiatement un dossier d'infraction. Le logiciel enregistre quelques secondes de vidéo, croise ces données avec la base de l'Autorité des transports routiers du Bangladesh (BRTA) pour identifier le propriétaire du véhicule et lui envoie une notification d'infraction à son adresse.
En d'autres termes, si vous brûlez un feu rouge ou roulez à contresens, les preuves ainsi que la notification officielle de l'infraction sont transmises directement au propriétaire du véhicule. Les personnes recevant ces avis peuvent également visionner en ligne la vidéo de leur infraction.
Golam Rasul, ancien chef de la branche spéciale de la police, a écrit dans une publication Facebook : « En journée, vous pourriez peut-être éviter une amende en discutant avec un agent de la circulation, en intervenant auprès de quelqu'un, en passant un coup de fil ou, si vous êtes audacieux, en mentionnant le nom d'un oncle influent. Mais cette caméra IA n'a ni esprit, ni sentiments, ni pitié, et elle ne se laisse pas intimider. Elle ne connaît que deux choses : les règles et votre plaque d'immatriculation. »
La DMP a confirmé que les caméras sont actuellement opérationnelles à cinq intersections majeures et que leur installation se poursuit dans d'autres zones.
Plus de 1 000 cas en 10 jours, des milliers d'autres sont attendus
Selon la police métropolitaine de Dhaka (DMP), les feux de signalisation sophistiqués et la plateforme de traitement électronique des infractions ont permis de recenser environ 1 000 cas depuis leur mise en service le 7 mai. La DMP ambitionne de généraliser l'enregistrement entièrement automatisé des infractions à travers Dhaka d'ici six mois, éliminant ainsi en grande partie la nécessité pour les agents ou inspecteurs de la circulation de dresser des procès-verbaux manuellement. Toute violation du code de la route ou de la réglementation des transports, où que ce soit dans la ville, entraînera automatiquement l'ouverture d'un dossier et l'envoi d'une amende. La DMP a annoncé son intention d'installer des caméras à au moins 500 emplacements dans la capitale au cours des six prochains mois.
Il y a un autre point important à noter : peu importe qui est au volant au moment de l'erreur, le dossier sera établi au nom du propriétaire du véhicule. Que vous conduisiez votre propre voiture ou que vous confiiez le volant à un autre conducteur, les points de pénalité seront déduits du permis de conduire du propriétaire. Conformément au règlement de la BRTA, chaque conducteur a 12 points sur son permis ; une fois ces points épuisés, le permis est annulé.
Des réactions mitigées sur les groupes Facebook dédiés à la circulation
Les groupes Facebook Traffic Alert (plus de 447 000 abonnés) et Dhaka Traffic Update (37 300 abonnés) sont animés par de vifs débats depuis que les caméras ont été mises en service.
Beaucoup s'en réjouissent sincèrement. Osman Gani, qui travaille en tant que chauffeur privé, a déclaré : « Avant les gens négligeaient le port de la ceinture, mais maintenant que les infractions entraînent automatiquement l'ouverture d'un dossier, tout le monde est contraint de se conformer au code de la route. Lorsque les conducteurs suivent les règles, on se sent un peu plus en sécurité sur la route. »
Mais les critiques sont également nombreuses. Dans le groupe Dhaka Traffic Alert, un utilisateur nommé Ismail Hossain a écrit :
Les caméras IA verbalisent les voitures des particuliers aux feux… très bien. Mais qu'en est-il des bus locaux qui prennent des passagers au milieu de la route ? Des rickshaws qui circulent à contre-sens ? Des bus qui crachent une fumée noire sans certificat de conformité technique ? Des véhicules de transport qui bloquent la route en l'absence d'arrêts désignés ? Quand est-ce que la caméra devient « automatique » pour eux ? S'il y a une loi, elle doit s'appliquer à tout le monde. Verbaliser uniquement les voitures privées et les deux-roues ne constitue pas un système de « gestion intelligente du trafic ». Si l'on ignore les principaux perturbateurs de la circulation, les gens ne remettront pas seulement l'IA en question — ils questionneront le système tout entier.
Un autre utilisateur, Omar Faruk, a soulevé une préoccupation différente : « Les piétons ne respectent pas non plus les feux. Quand le feu est vert pour les véhicules, les piétons traversent tout de même, ce qui oblige les voitures de devant à avancer petit à petit puis à s'arrêter. Si la caméra cible ces voitures, pourquoi le propriétaire devrait-il en porter la responsabilité ? »
Sur une note plus encourageante, un utilisateur nommé BrilliantAlligator9993 a partagé une photo prise à 5h15 du matin à Banglamotor et Karwan Bazar, montrant des conducteurs respectant effectivement les feux de signalisation à cette heure matinale. La légende indiquait : « Ravi de voir que les gens ont écouté et respectent les feux. J'ai vraiment hâte de voir comment la DMP gérera les bus, les CNG [véhicule au gaz naturel] et les auto-rickshaws »
L'apparition d'escrocs a également inquiété les gens. Des fraudeurs appellent les propriétaires de véhicules, prétendant à tort qu'ils ont été pris en flagrant délit d'infraction au code de la route, et exigent de l'argent. La DMP a averti le public qu'aucune amende ne doit être réglée auprès d'un particulier, mais uniquement via les canaux bancaires officiels.
Un autre incident est brièvement devenu viral : une photo circulant en ligne semblait montrer une caméra IA dérobée sur un tronçon de route d'une centaine de mètres. Le compte X « Voice of Gen-Z » a publié :
দেশের বিভিন্ন স্থানে লাগানো অত্যাধুনিক এআই ক্যামেরাগুলো চুরি করে নিয়ে যাচ্ছে একটি মহল।
এটি ঢাকার ৩০০ ফিট সড়কের একটি ক্যামেরার দৃশ্য। পুরো সিস্টেম খুলে নিয়ে গেছে। pic.twitter.com/KMFsyF9OOL
— Voice of Gen-Z (@VoGen_Z) May 11, 2026
Certaines personnes démontent et emportent les caméras IA dernier cri installées à travers le pays. Voici ce que montre une caméra située sur une route de 100 mètres à Dhaka. Le système entier a été emporté.
Il s'est avéré par la suite que la caméra n'avait pas du tout été volée, mais qu'elle était tombée et s'était brisée sous l'effet de vents violents. L'objet en question était d'ailleurs un feu de signalisation, et non une caméra IA.
Rickshaws électriques : la question à laquelle l'IA ne peut répondre

Les rickshaws sont une cause majeure d'embouteillages dans l'agglomération de Dhaka. Image via Wikimedia Commons par Towhidul. CC BY-SA 4.0.
Le plus grand défi pour les caméras IA à Dhaka n'est peut-être pas les conducteurs qui ne respectent pas les règles, mais les véhicules que le système est tout simplement incapable de voir.
En savoir plus : Comment empêcher les rickshaws à batterie de poser de nouveaux problèmes sur les routes de Dhaka
Des rickshaws manuels ou électriques non immatriculés envahissent les voies et les routes principales de la ville en grand nombre, agissant totalement en dehors de la légalité, sans immatriculation ni plaque. Le fonctionnement même du système de caméras IA dépend de la lecture des plaques et leur comparaison avec la base de données de la BRTA. Un véhicule dépourvu de plaque est, en pratique, invisible pour ce système.
La DMP et le gouvernement n'ont pas encore fourni d'explication claire sur la manière dont ces véhicules seront traités dans le cadre du nouveau système. La question revient régulièrement dans les groupes Facebook consacrés à la circulation et jusqu'ici, elle reste sans réponse.
Le professeur B M Mainul Hossain, directeur de l'Institut des technologies de l'information (IIT) à l'Université de Dhaka, a déclaré à Global Voices par téléphone :
Le succès de cette initiative dépendra de quelques facteurs clés : la transparence du système, le droit de recours, et surtout, une politique claire concernant les véhicules non immatriculés. Les caméras IA constituent sans aucun doute une piste à explorer pour rétablir l'ordre sur les routes de Dhaka. Mais la technologie seule ne suffit pas. Il faut également une réforme globale de tout le système de gestion des transports.
Les routes de Dhaka sont désormais sous la surveillance de l'IA. La véritable question est de savoir si cette surveillance sera juste et si elle s'appliquera à tout le monde de la même manière.






