Le gouvernement malaisien remplace le terme « LGBT » par « culture déviante »

Malaysia march with Pride flag

Un participant à une marche publique brandissant un drapeau de la Fierté en Malaisie. Photo : ARTICLE 19, CC BY-NC-SA 2.5

Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

Un responsable malaisien a annoncé que le gouvernement cesserait d'utiliser le terme « LGBT » pour le remplacer par « budaya songsang », qui signifie « culture déviante » en malais, reflétant ainsi l'intensification de la discrimination que subissent les personnes LGBTQ+ dans le pays.

Lors d'une session parlementaire en février, Marhamah Rosli, vice-ministre auprès du Premier ministre (chargée des affaires religieuses), a déclaré que l'abandon de ce terme influencerait les algorithmes en ligne et empêcherait ainsi la « normalisation » de la culture LGBTQ+.

« Plus nous le prononçons, l'écrivons ou l'évoquons [le terme LGBT], plus les contenus qui y sont liés surgissent. Sans nous en rendre compte, nous en faisons la promotion », a-t-elle affirmé.

Bien que sa population soit majoritairement musulmane, la Malaisie est réputée pour son approche modérée dans l'application des lois islamiques. Cependant, ces dernières années, des musulmans radicaux ont fait pression avec insistance pour une application stricte et une intégration des enseignements islamiques dans la gouvernance.

Cette situation a entraîné de fréquentes attaques visant la communauté LGBTQ+. Justice for Sisters a rapporté qu'en 2025 seulement, environ 307 personnes LGBTQ+ ont été arrêtées en vertu de lois fédérales et étatiques. Un rapport d'Amnesty International a révélé qu'entre 2020 et mai 2025, 13 publications abordant des thèmes ou des contenus LGBTQ+ avaient été interdites. Le rapport souligne également que près de 48 % des personnes LGBTQ+ interrogées avaient déclaré devoir modérer leurs propos ou s'autocensurer par crainte pour leur sécurité.

Un programme de bien-être destiné aux personnes LGBTQ+ a été contraint d'annuler une activité en janvier après avoir été signalé à la police et aux autorités pour une prétendue promotion de « comportements sexuels déviants ». Le même mois, le sultan de Selangor a banni toutes les « activités LGBTQ+ ».

Dans un communiqué, Justice for Sisters a critiqué la décision de remplacer le terme LGBTQ+, la qualifiant d'« escalade dangereuse de désinformation et d'hostilité sponsorisées par l'État à l'encontre des personnes LGBT ».

Le terme budaya songsang déshumanise les personnes LGBT, alimente la désinformation et renforce la croyance dangereuse selon laquelle des personnes devraient être « corrigées ». Il contribue directement à la violence, à la discrimination ainsi qu'aux atteintes à la dignité et à l'égalité, en violation des articles 5 et 8 de la Constitution fédérale.

Qistina Johari, militante au sein d'Amnesty International Malaisie, a averti que ce nouveau terme risquait de légitimer et d'amplifier la haine et la discrimination à l'encontre de la communauté LGBTQ+.

Nous condamnons fermement cette décision consternante du gouvernement. Lorsque des représentants de l'État qualifient les personnes LGBTI de « déviantes », ils ne défendent pas la moralité — ils légitiment la haine et la discrimination envers un groupe extrêmement vulnérable. Les paroles des dirigeants ont du poids et des conséquences bien réelles.

Dans un article rédigé pour l'East Asia Forum, Vilashini Somiah, maître de conférences au programme d'études sur le genre de l'université de Malaya, a souligné que le Premier ministre Anwar Ibrahim cherchait peut-être à « apaiser ses partenaires de coalition islamistes conservateurs en amont des élections législatives ».

Son gouvernement évolue dans un environnement complexe où la consolidation de sa base politique peut primer sur les engagements en matière de droits humains. Les pressions ethno-religieuses ont détourné sa fragile coalition de la voie des réformes, et ont fait de la communauté queer un bouc émissaire à faible coût électoral, qui sert de diversion ou de démonstration d'autorité morale.

Anwar, ancien chef de l'opposition, a accédé au pouvoir en proposant un programme de réformes, mais ses détracteurs ont exprimé leur déception face à son incapacité à tenir ses promesses électorales.

Sur le réseau social X, l'utilisatrice Elsie Low a souligné l'attention disproportionnée portée au contrôle des identités plutôt qu'à la lutte contre la corruption au sein de l'administration.

Ainsi, la Malaisie remplace officiellement le terme « LGBT » par « culture déviante » pour « empêcher la normalisation ». Bizarre que cette même énergie ne soit pas déployée contre la corruption. Depuis quand la corruption fait-elle partie de notre culture «normale » alors que l'identité est qualifiée de « déviante » ?

Channel News Asia a interviewé Mitch Yusof, membre de SEED, une organisation dédiée à la communauté transgenre, sur la manière dont ils s'adaptent à la surveillance accrue et aux menaces émanant du gouvernement et de ses partisans conservateurs.

Nous réfléchissons davantage à notre façon de dire les choses… qu'il s'agisse de la façon dont nous présentons publiquement les programmes, du langage que nous utilisons sur les réseaux sociaux ou de la manière dont nous partageons des informations sensibles.

Cela nous permet de garder le contrôle et d'éviter les risques inutiles. Nous mettons plus l'accent sur la sensibilisation aux risques auprès du personnel et des membres de la communauté, afin que chacun comprenne le contexte dans lequel nous évoluons.

Malgré les inquiétudes soulevées par les organisations de défense des droits humains, les autorités ont continué de mener des raids ciblant la communauté LGBTQ+. En mai, la police a interpellé 51 hommes lors d'un raid dans un hôtel de Kuala Lumpur, les soupçonnant d'avoir participé à une « soirée gay alimentée par la drogue ».

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.